Christophe Vachaudez
24 September 2026
Née Jeanne-Marie de Maillé de La Tour-Landry, fille de Gilles, 5e duc de Maillé, et de la princesse Anna Radziwiłł, elle intègre une autre grande maison française en épousant le prince Guy de Broglie à Châteauneuf-sur-Cher le 25 septembre 1949. Le couple aura deux enfants, Antoine et Laure, mais divorce en 1962. Descendante des plus illustres lignées de l’aristocratie européenne, la princesse souhaite pourtant trouver une activité professionnelle, chose encore peu courante à l’époque. Qu’elle puisse toucher de près le monde de l’art serait idéal.
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Son vœu se voit finalement exaucé en 1968 puisqu’on lui confie le soin d’ouvrir le bureau de Christie’s France dont elle prend les rênes avec un enthousiasme non déguisé. Aujourd’hui, on peut dire qu’elle a donné à la maison de ventes une impulsion décisive, l’orientant vers l’ouverture et l’internationalisation. Elle réitère en inaugurant l’antenne de Bruxelles en 1976. Comme l’évoque un communiqué annonçant la vente de sa collection à Paris le 30 septembre, Jeanne-Marie de Broglie est « considérée comme une figure majeure du marché de l’art européen, dont l’influence a largement dépassé le cadre de Christie’s pour marquer durablement artistes, galeristes et collectionneurs. Par son engagement précoce auprès des acteurs du marché, elle a contribué à façonner le paysage artistique en pleine mutation de l’Europe d’après-guerre ».
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Figure du Tout-Paris, elle rencontre et échange avec les personnalités les plus en vue, d’Yves Saint Laurent à Man Ray, de Diego Giacometti qui lui imagine une table baptisée Berceau inspirée de Séraphine, la chienne de Jeanne-Marie, à Jean Dubuffet avec qui elle se lie d’amitié et dont elle achète La physique du sol (Texturologie XXIII), une peinture datée de 1958. Comme on peut le constater, elle n’a pas attendu d’intégrer Christie’s pour s’intéresser à ses contemporains.
Au fil des 150 lots de cette dispersion organisée par Christie’s, on découvre l’univers de cette femme cultivée dont l’œil averti a compris bien avant beaucoup d’amateurs, artistes et collectionneurs. Entourée dès sa plus jeune enfance de beaux objets, elle incarne « avec une intensité rare l’alliance d’une tradition profondément ancrée et d’une modernité résolument assumée ».
Un service en porcelaine de Limoges issu de la manufacture du comte d’Artois, un médailler de style Louis XVI estampillé Joseph Feuerstein, une broche en diamants figurant une croix de Malte, un service de 145 pièces en porcelaine de la manufacture hongroise de Herend, un bureau de pente peint du plus beau rococo italien ou une paire de flambeaux d’époque Charles X figurant des putti chevauchant des crocodiles, une bobèche en forme de corne d’abondance sur la tête, renvoient directement aux illustres origines aristocratiques de Jeanne-Marie de Broglie tout comme, d’ailleurs, un somptueux ensemble en vermeil de trente pièces portant le chiffre de la princesse Louise de Prusse, lointaine ancêtre de l’intéressée par les princes Radziwiłł.
Un nécessaire de Cartier en lapis-lazuli, saphirs et diamants, un poudrier piqueté de perles, de cabochons de pierres de lune et de diamants et un collier de perles retenant une émeraude gravée aux armes des Radziwiłł, ces deux bijoux signés René Boivin, évoquent le raffinement d’une princesse qui sait aussi apprécier le talent de Claude Lalanne en lui achetant une Structure végétale devenue lustre.
Changement de décor quand soudain des céramiques de Picasso côtoient des œuvres de Marc Chagall, David Hockney, Dorothea Tanning, Léon Spilliaert, Paul-César Helleu, Anders Zorn, Miodrag Dado, Edgar Degas et Eugène Delacroix. Un univers se dévoile et s’estompe peu à peu avec leur propriétaire qui, elle, restera à jamais dans les mémoires.
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Quant à moi, elle fut la première à m’aider, m’envoyant à ma grande surprise de pleines caisses de catalogues. J’ai pu la remercier de vive voix, bien des années plus tard, lors d’une réception à Buckingham Palace, alors qu’elle conversait avec Hélène David-Weill. Cette fois, c’est elle qui fut surprise, mais ce bref échange au cœur de ce lieu si particulier fait assurément partie de mes plus beaux souvenirs.
Photo de couverture : © Photonews