Manok Dedoncker
07 March 2026
L’Éventail – Quel rituel vous permet de commencer à travailler dans votre atelier ?
Sharon Van Overmeiren – C’est, en effet, un véritable rituel : je marche littéralement en rond, en observant où je me suis arrêtée la veille. Je bois un café, je refais quelques tours, puis je prends un autre café.
– Y a t il dans l’atelier un objet qui raconte quelque chose de votre manière de procéder ?
– Mon atelier est relativement vide. Il y a peu d’objets ou de sources d’inspiration visibles. Je garde délibérément cet espace exempt d’images directes, car mon principal outil est la mémoire. Je crois qu’une image gagne en force lorsqu’elle est filtrée par le souvenir. Je pense souvent à des moments dans l’histoire où des moines, une fois capturés, redessinaient leur monastère de mémoire sur les murs de leur cellule. Cet isolement provoque une transformation : l’image est retravaillée, jusqu’à atteindre son essence. L’absence d’objets m’oblige à travailler depuis ce souvenir. C’est là que naissent les formes les plus sincères.
– Votre travail convoque des références très diverses et plusieurs matériaux. Comment ces influences se rencontrent elles ?
– Je trouve libérateur de retirer aux objets et aux symboles leur signification première, pour les utiliser comme quelque chose de nouveau, comme des matrices ouvertes. À une époque où tout peut être immédiatement expliqué en un seul clic, j’ai envie de réactiver l’intuition, l’imaginaire. La céramique est, pour moi, le matériau idéal pour capturer le langage visuel éphémère d’aujourd’hui. Je suis fascinée par son processus de transformation, de l’état liquide à ce que j’appelle un “moment pétrifié”.
© DR
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– D’où vient l’humour présent dans votre travail ?
– Je me sens souvent submergée par la vitesse et la complexité du monde actuel. Je trouve alors refuge dans les cartoons et les dessins animés qui mettent en scène des animaux, comme les Silly Symphonies de Walt Disney. Les émotions y sont à la fois pures, touchantes et drôles. La dimension ludique de mon travail est une forme de résistance à la vitesse, une invitation à regarder le monde avec un regard ouvert, presque enfantin, et à retrouver l’honnêteté dans cette simplicité.
– Comment votre collaboration avec Studio LOHO nourrit elle votre processus créatif ?
– Dans le cadre de cette collaboration, j’ai travaillé directement dans les ateliers de Studio LOHO, un studio de design qui fabrique également des créations en céramique. Être immergée dans un environnement collectif, où plusieurs personnes œuvrent autour d’une même vision, est stimulant. Observer de près le savoir faire artisanal qui se cache derrière leurs formes minimalistes en céramique m’a apporté beaucoup d’énergie et de nouvelles perspectives.
– Si vous deviez créer une œuvre ailleurs dans le monde, quel lieu choisiriez vous ?
– La Chine. Je suis fascinée par la culture des souvenirs, mais aussi des répliques et des reprises de chansons. Lorsqu’une image est produite en masse puis déplacée dans un autre contexte, une forme merveilleuse d’absurdité apparaît.
– Dans quel lieu aimeriez vous pouvoir installer une œuvre en toute liberté ?
– Je peux vous répondre que j’aimerais choisir un lieu inattendu. Un centre commercial ou le hall d’entrée d’un aéroport.
– Si vous invitiez quelqu’un à dîner dans votre atelier, qui serait ce ?
– Pluto et Satanas. Ils souffrent d’une mauvaise réputation, alors qu’ils doivent être très sympathiques. Je leur préparerais une pile d’os bouillis, décorée avec de jolis petits rubans, sur une table conçue par Studio LOHO.
– Que présenterez vous à la foire Collectible avec Studio LOHO ?
– Pour cette édition, je présenterai avec le studio une collaboration à partir de formes en céramique issues de leurs archives. Je me les suis appropriées de manière très libre, presque sauvage.
Photo de couverture : © DR
Foire
Collectible
Du 12 au 15 mars 2026
Espace Vanderborght, Bruxelles – collectible.design
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