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Géraldine Nakache : « Une histoire d’amour ne peut pas marcher quand il y a l'idée de la possession absolue »

CinémaFilmInterview

Corinne Le Brun

07 October 2026

Dans son quatrième film, la réalisatrice suit le schéma insidieux de l’emprise. « Si tu penses » bien bascule vite au thriller suffocant. Et Monia Chokri et Niels Schneider sont impeccables. Clémentine Célarié épate en maman super. Dans son quatrième long-métrage, Géraldine Nakache désosse avec brio la mécanique de l’emprise. Rencontre.

Entre deux bains de purification (les mikvés, utilisés dans le judaïsme), Gil s’entend répéter par son mari, Jacques, et par leur rabbin bienveillant : « Si tu penses bien, il ne t’arrivera que du bien. » Très vite, il apparaît que l’époux, sous des dehors charmants et charmeurs, a tout du conjoint toxique.

L’Eventail – Ce qui vous a motivée à raconter le drame de Gil ?
Géraldine Nakache – On n’avait peut-être pas envie de me voir là forcément. Cela dit, depuis Tout ce qui brille (2009), je questionne quand même le féminin. C’était avec une comédie mais ces jeunes femmes décidaient quand même de se départir d’où elles venaient. Et puis là, 17 ans après, je suis devenue maman. Je questionne la femme toujours autant, mais d’une façon différente. Et puis surtout, je pense que je sais désormais que réaliser un film, c’est mettre en lumière certains sujets. Et que j’ai la chance qu’on m’ait donné assez confiance dans ma vie pour pouvoir me dire que je pouvais écrire et dire des choses qui seraient publiquement encore plus mises dans la lumière. Alors, si je peux aider des gens aussi à leur dire qu’il faut avoir confiance, tant mieux. En tout cas, moi, je suis très reconnaissante qu’on me laisse l’espace et la place pour dire des choses. Donc, peut-être aujourd’hui, à l’âge que j’ai, en étant maman, j’ai besoin de laisser une trace qui est peut-être un peu différente. J’avais envie de raconter cette histoire d’emprise.

© Liaison Cinematographique

— Cette histoire est un drame où la comédie est totalement absente
— Je me suis dit, je ne vais pas me travestir et faire une comédie sur un drame. Certains y arrivent. Mais je ne le sentais pas. Le pervers narcissique, il est partout. Et en même temps, il est la première victime de ses carcans. Parce que cet homme-là, ce Jacques, il s’en fiche que le monde entier l’aime, il n’a que faire de plaire à la terre entière. Il veut plaire à sa femme. Il veut sa femme pour lui. Pas avec lui. Il veut la posséder. Il me semble que ça ne peut pas marcher quand il y a l’idée de la possession absolue. Parce que cette mise sous cloche, elle surprotège, enferme tellement d’autres personnes, les enfants, l’entourage… Cet isolement est aussi mon premier point d’entrée sur l’écriture du film. J’ai fait partie de ces gens qui étaient des témoins sans savoir vraiment qu’ils l’étaient. Et du coup, je me suis dit, il y a cinq ans, comment je fais pour raconter cet isolement qui tétanise un entourage qui n’ose pas dire, qui n’ose pas parler et qui laisse ces femmes s’effondrer derrière la porte, dans leur quotidien. C’est finalement très ordinaire tout ça. Voilà pourquoi on n’ose pas intervenir quand on est témoin. D’ailleurs, parfois, c’est très culpabilisant de se dire qu’on n’est pas au courant parce que ces violences-là, elles sont tuées, elles sont cachées.

© Tanguy Pels

— Cela dit, les parents de Gil voient quand même le drame…
— L’angoisse des parents, c’est de penser que Gil va rompre, va couper le lien et qu’ils n’auront plus accès à elle. Elle est déjà mise sous cloche, dans cette maison, loin de chez eux. Si en plus, ils osent dire quelque chose… C’est toujours très délicat de s’immiscer dans un couple. Cela prend du temps aussi.

— Pourquoi Gil ne quitte pas Jacques ?
— Justement, le sujet du film répond à des questions que ces femmes-là reçoivent souvent. « Pourquoi tu n’es pas partie ? » « Pourquoi tu as accepté ? » C’est vrai. Mais l’emprise est insidieuse. On est sur le fil. J’ai récolté pas mal de témoignages pendant l’écriture de ce film et on s’apercevait à chaque fois que des femmes nous racontaient toujours le même systématisme, tous les jours.

— D’ailleurs, il y a une scène très forte où Jacques se met à pleurer…
— Oui, Gil le réconforte comme elle consolerait son enfant parce qu’elle a de l’empathie pour lui. Et d’ailleurs, tout comme David (Lambert, coscénariste belge) et moi, nous n’avons jamais cessé d’avoir de la compassion pour Jacques à l’écriture du film. Et je pense que c’était la clé pour raconter ce monstre invisible.

— La religion occupe une place centrale dans le couple
— En fait, j’avais envie de réaliser un film aussi sur les croyances. Comment on croit en l’homme de sa vie, en la famille ? Comment on croit en Dieu, aussi ? En tout cas, quand on substitue son mari à Dieu, c’est qu’il y a un problème. Ce n’est pas le bon Dieu. Et du coup, je trouvais cette approche très cohérente dans ce film-là. Et aussi parce que la religion est un prisme que je connais bien. C’était important pour moi de raconter que la religion, quand elle est dogmatique, elle t’enferme. Alors qu’en fait, elle est censée t’élever. Comme ton couple est censé t’élever.

— Les petites phrases que vous insérez proviennent du Talmud ?
— Oui, absolument. C’est important, parce qu’elles chapitrent le film, elles le jalonnent pour rappeler qu’il ne s’agit pas d’interprétation de mots. C’est très intime, la foi. L’interprétation tue les croyances. Je pense qu’il ne faut pas se tromper dans l’interprétation de ces mots-là. On est tous entourés de gens qui peuvent se tromper à cet endroit-là. C’était important pour moi de raconter que la religion peut nous amener la lumière. Mais qu’elle peut aussi nous enfermer. Jacques utilise la religion. C’est sa façon d’exercer son pouvoir sur Gil. Tous les moyens sont bons. Il me semble qu’il coche toutes les cases.

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Extra informatie

Film

Réalisation

Géraldine Nakache

Distribution

Monia Chokri, Niels Schneider, Clémentine Célarié

Sortie

En salles le 7 octobre 2026

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