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Jean-Benoît Ugeux : « Les jeunes sont de plus en plus mûrs »

CinémaFilmInterview

Corinne Le Brun

26 August 2026

On sent qu’il veut éviter le pathos. Il y parvient. Presque trop bien. Architecte apprécié, reconnu et à qui tout semble réussir, c’est un grand vivant engagé et passionné. Il rencontre Nathalie (Ruth Becquart), maman de deux adolescentes. Enthousiaste, Ludovic tombe amoureux. Il s’occupe, se rapproche des deux jeunes filles. Trop ? Nathalie s’éloigne du « beau-père ». Ludovic redoute de tout perdre : l’amour et l’attachement paternel. Premier long métrage du Belge Jean-Benoît Ugeux. Aussi vivifiant que mélancolique.

Eventail.be – Ludovic est toujours de bonne humeur. Il semble vivre dans la vie des autres…
Jean-Benoît Ugeux – Ludovic est un architecte qui avait tout construit sauf sa propre vie. C’était un peu l’idée. Je voulais quelqu’un qui était hyperactif, qui s’occupait toujours un peu de tout, qui avait beaucoup de réparties, beaucoup de bagout. Mais on se rendait compte, en fait, que, finalement, il avait fait des options de vie où il était un peu parti à côté de la réalisation de sa propre vie. Il fonce toujours vers l’avant.

– On dirait que Ludovic est aussi un grand enfant. D’où sa bonne entente avec les deux adolescentes ?
Je voulais que les deux ados soient un peu plus matures et que Ludovic le soit moins. Du coup, il y a un endroit où ils peuvent se rencontrer. Ludovic avait cultivé un peu cette espèce d’âme d’enfant. On voit qu’il s’amuse, même avec sa copine. Il est un peu dans un jeu, dans une vie surtout ludique.

L’Âge mûr est un titre ambivalent. Ludovic est un peu immature alors que les enfants sont très mûrs…
Les jeunes sont de plus en plus mûrs, quelque part. Ils sont un peu obligés dans ce monde de prendre en considération énormément de facteurs géopolitiques, économiques, écologiques… On ne peut plus être une oie blanche. Ludovic appartient un peu au vieux monde dans lequel, moi aussi, j’ai été éduqué selon certains principes : il faut être un homme, réussir sa vie sociale… Je trouvais intéressant de pouvoir confronter un peu ces deux univers.

© DR

– Ludovic dit « mais j’ai quand même bien le droit de faire des cadeaux ! » C’est touchant et étrange d’entendre cela…
Sa seule manière de communiquer, c’est soit avoir un ascendant sur les gens — comme avec son collègue de bureau —, soit absolument offrir des cadeaux. Ludovic avait une enfance assez fruste, il a grandi dans des petits quartiers sociaux. Il se dit, maintenant, au moins, avec l’argent, je vais pouvoir m’acheter des choses. Et donc il fonce dans une espèce de fuite un peu libérale. Les enfants lui disent ne pas avoir besoin de cadeaux tout le temps. En fait, ils s’en fichent, ils ont d’autres valeurs… Je voulais comparer une génération où la réussite sociale est mise en avant à celle des jeunes qui sont dans un monde, tellement en mutation, qu’ils ne peuvent plus penser comme ça.

– Peu à peu, Ludovic s’approprie la paternité. Ce sentiment est nouveau pour lui…
Au début, il ne s’entend pas très bien avec les gamines, surtout l’aînée qui n’a pas spécialement besoin d’un beau-père. Mais Ludovic va prendre un grand plaisir à la paternité et, surtout, à la passation. Il va lui confier sa passion pour l’architecture, pour les livres… Ils vont pouvoir partager des moments, se nourrir mutuellement. On sent que le lien entre Ludovic et son père n’a pas été très bon. Tout d’un coup, devenant père, il soulève le tapis et il se rend compte qu’il y avait énormément de choses qu’il n’avait pas résolues.

© DR

– C’est votre premier long métrage de fiction. Pourquoi avoir attendu si longtemps ? Était-ce évident pour vous de tenir le rôle de Ludovic ?
J’ai attendu longtemps parce que j’ai commencé la réalisation relativement tard. Avant cela, j’ai fait énormément de théâtre. En 2016, j’ai commencé la réalisation de courts métrages, de documentaires… ce qui m’a permis de mieux connaître mon travail, d’avoir une petite reconnaissance à l’étranger, de trouver un coproducteur en France… J’avais aussi envie de jouer Ludovic parce que je n’ai pas toujours les rôles que je rêve au cinéma. Ce n’est pas si difficile d’être des deux côtés de la caméra si on installe un protocole vraiment bétonné avec des gens qu’on connaît très bien.

– Énormément de scènes sont filmées dans la voiture…
Avec Julie, ma coscénariste, on voulait que Ludovic n’ait pas d’appartement, qu’il ne soit jamais chez lui. Et effectivement, la voiture est le décor principal. Ludovic n’est pas en errance. Mais par contre, il est tout le temps en mouvement, poussé dans une espèce de course effrénée. La rencontre avec les deux adolescentes sera une sorte de révélation où, d’un coup, Ludovic se dit qu’il n’a plus spécialement envie de vivre cette vie-là.

 © DR

– Nathalie dit ne plus vraiment avoir besoin d’un homme dans sa vie…
C’était très important, pour moi, de pouvoir écrire un rôle principal féminin dont le bonheur n’était pas du tout assujetti aux hommes.C’est pour ça que Nathalie est une femme indépendante. Elle accepte la relation avec Ludovic, mais quand il commence à prendre une place au quotidien, à s’occuper des enfants…, elle refuse de le voir s’installer dans sa vie à elle. Nathalie est une femme qui a trouvé sa liberté. Ludovic, lui, veut plus. Nathalie décide alors d’arrêter la relation. Je trouvais important qu’elle ne vienne pas quémander quoi que ce soit à Ludovic. C’est plutôt lui qui est en demande.

– Votre film est bilingue. C’était important pour vous ?
J’aimais bien cette idée-là. J’ai vécu à Gand pendant deux ans avec une copine flamande et on parlait vraiment d’une langue à l’autre. Ayant travaillé dans le théâtre flamand pendant longtemps, j’ai vécu ce bilinguisme. Le film était une manière de raconter une particularité belge et bruxelloise, sans être dans le cliché que les Belges sont marrants parce qu’ils disent « une fois » ou qu’ils mangent des frites. L’idée était de pouvoir montrer vraiment cette réalité bruxelloise tout à fait singulière en Belgique.

L’Âge mûr, de et avec Jean-Benoît Ugeux. Avec Ruth Becquart, Laurent Capelluto, Catherine Salée, Elyséa Garrabos et Solàn Martinez. En salles mercredi 26 août 2026.

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Extra informatie

Film

L’Âge mûr

Réalisation

Jean-Benoît Ugeux

Distribution

Jean-Benoît Ugeux, Ruth Becquart, Laurent Capelluto, Catherine Salée, Elyséa Garrabos et Solàn Martinez

Sortie

En salles mercredi 26 août 2026

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