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Deux amours de comédies

CinémaComédieFilm

Corinne Le Brun

03 June 2026

Une fois n’est pas coutume. Cette année, le Festival de Cannes a projeté deux comédies, hors compétition, sur une agression sexuelle et sur l’homosexualité.

Après la frénésie cannoise, deux pépites d’humour sortent en salles, ce mois de juin.

L’Objet du délit entre en scène

Il fallait oser ! Agnès Jaoui, jamais en peine d’audace et d’inventivité, s’empare d’un délit sexuel à l’heure #MeToo. Il y a de l’enthousiasme autour de la comédie sur un sujet brûlant. « C’est les noces. Cela doit être joyeux. Ça doit être léger, ça doit chuchoter. Et après ça explose ! », lance en pleine répétition Daniel Auteuil, chef d’orchestre de l’opéra bouffe Les Noces de Figaro de Mozart. Eh bien oui. Ça tempête sur les planches.

© AFB

Il y a plusieurs féminismes. Ils s’affrontent parfois avec tellement de haine qu’ils en oublieraient le véritable danger. C’est ce que nous dit et nous montre avec apaisement et humour Agnès Jaoui. Le baryton/Comte Almaviva est accusé d’agression sexuelle. Les réactions fusent, très différentes. Cori/Chérubin, Eye Haïdara, ne laisse rien passer. La position de la cantatrice expérimentée Hannah/Comtesse Almaviva, Agnès Jaoui chante vraiment, ndlr, est plus nuancée. Pendant ce temps, la rumeur — fondée ou pas — se propage à une allure folle. Les vieux et les jeunes s’affrontent. À côté de ça, Agnès Jaoui, l’espiègle, observe ses personnages avec amusement ; une des solistes ne sait absolument pas chanter en rythme tout simplement parce que le papa, mécène, met de l’argent dans le spectacle et donc il faut absolument la prendre ; la metteuse en scène, influenceuse issue de la mode, obsédée par son image, n’y connaît rien au métier ; le chef d’orchestre, incarné par Auteuil, vit dans la crainte constante qu’il soit nommé sur une liste d’agresseurs après les allégations anonymes… On sourit. Agnès Jaoui pose une satire en mode douceur et humour sur les projets d’une troupe qui se montent, milieu que connaît très bien la cinéaste, scénariste et chanteuse.

Côté décor, deux phallus géants, pliants (!) dominent la scène, de quoi déconstruire le patriarcat ? Tout est affaire de désir, comme l’est l’opéra bouffe de Mozart. Tout est à construire, la virilité, la nouvelle masculinité… qu’on essaie de trouver désespérément. Bref, tout le monde fait ce qu’il peut. Assurément, selon les générations, les spectateurs ne verront pas la même chose notamment vis-à-vis de cette agression. L’équilibre entre scènes drolatiques et dramatiques sonne juste. L’écriture du scénario est fine, intelligente. Tout est risible, même les choses graves. Il est important de dédramatiser ce qui peut l’être. Cela fait rire et en même temps réfléchir, sur les airs magnifiques de Mozart.

  • L’Objet du délit de et avec Agnès Jaoui. Avec : Daniel Auteuil, Eye Haïdara, Claire Chust. En salles mercredi 3 juin 2026.

Jim Queen, panique dans la communauté gay

Assister à une projection de minuit est une gageure. Pour un peu, on piquerait un petit roupillon. Sauf que là, nous voilà propulsés dans une véritable plongée déjantée dans la communauté gay, irradiante de couleurs acidulées.

© Bobbypills Umedia

Alors Jim Queen, c’est un film d’animation sur le milieu de la nuit gay parisien narrant l’histoire de Jim, le plus beau, bodybuildé, égocentrique des influenceurs gays. Il est malheureusement tombé de son podium et a perdu tous ses followers parce qu’il est atteint d’une maladie terrible, l’hétérose, qui lui fait perdre tous ses abdos, comprendre le foot et le transforme en hétérosexuel. L’horreur absolue. Et tout le monde lui tourne le dos sauf son dernier follower : Lucien, un twink, un petit puceau gay qui n’a jamais fait son coming out et qui va découvrir le milieu. Jim Queen raconte comment Jim va partir en quête de la chloroqueer, LE remède, dit-on, à cette mystérieuse maladie, susceptible d’empêcher l’extinction de l’homosexualité. Là, il sera accompagné de son fidèle Lucien. Sous le côté de la comédie, les deux réalisateurs abordent quand même des sujets qui peuvent être très touchy. Même le simple concept de l’hétérose pouvait ne pas être bien compris, sous peine d’être taxé d’hétérophobe. Sur le fil tendu de la satire et de l’autodérision, toutes les thématiques sont abordées : drogue, sexualité, manque de bienveillance dans la communauté gay… Jamais graphique, jamais frontale, la magie de l’animation opère. On se met à aimer tous les personnages, dans la bonne humeur ! On rit sans se moquer.

© Bobbypills Umedia

Le film a mis 8 ans à se monter. Un projet risqué : « les gays, c’est pas ça » pouvait-on reprocher au tandem Nguyen et Athané. Le parcours du jeune Lucien est aussi celui du long-métrage, construit sur un agrégat de références et de vécu. Réaliste, le film est avant tout une métaphore. Une satire déjantée, irrévérencieuse et tendre qui a le chic de retourner les codes pour mieux célébrer la culture queer. C’est gai, joyeux avec plein de références facétieuses à l’actualité : on y croise Lady Gaga, Christine Bayer, ministre de la Santé homophobe qui pourrait être Christine Boutin… En plus de l’humoriste Alex Ramirès dans le rôle de Jim, Jérémy Gillet, l’acteur franco-belge joue le fils d’un homosexuel dans la série Mytho, incarne ici le jeune Lucien. Le casting de voix déclenche pas mal de délires : l’humoriste Shirley Souagnon, Nina, Philippe Katerine, la prostate…

  • Jim Queen de Nicolas Athané et Marco Nguyen. Avec : Alex Ramirès, Jérémy Gillet, Philippe Katerine. En salles le 24 juin 2026.

Image de couverture : © AFB

En direct de Cannes : le rythme cannois ne faiblit pas, au contraire !

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Cette première semaine a encore réservé son lot de surprises et de grands moments

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