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Keith Haring, retour en Belgique à la BRAFA

ArtBelgiqueBrafaBrussels ExpoFoire

Christophe Dosogne

23 January 2026

Dans le cadre de la BRAFA, la galerie new-yorkaise Martos, nouvelle venue à la foire, consacre une exposition personnelle sous forme d’hommage au travail du talentueux Keith Haring. L’occasion de se replonger dans la singulière histoire qui lie étroitement ce grand artiste américain à la Belgique.

En quelques étés, à la fin des années 1980, la Belgique s’est transformée en laboratoire à ciel ouvert pour ce jeune artiste même pas trentenaire. Et c’est à Knokke que tout a débuté. À la fin du mois de juin 1987, le casino de la cité balnéaire accueille une exposition de Keith Haring (1958-1990), un Américain en baskets qui préfère le mur nu à la cimaise protocolaire. Débarqué quelques semaines plus tôt sans arsenal d’atelier, il travaille in situ, comme s’il rebranchait directement la prise de la culture de rue sur cette enclave huppée, injectant dans le décor balnéaire l’urgence graphique de Big Apple. Ainsi, sur la plage, le geste se radicalise. Un simple container du club de surf Channel, utilisé pour stocker planches et combinaisons, devient un totem moderne recouvert en une journée de figures propulsées vers une gueule monstrueuse, moitié vague, moitié idole maritime. Plus au nord, via une poignée de galeristes obstinés et de collectionneurs, qui flairent l’énergie contagieuse de son dessin, Anvers repère l’intérêt de cette ligne fluide, qui parle à la fois aux clubbers et aux flâneurs. Au musée d’art contemporain de la ville d’Anvers, le fameux M HKA, qu’on inaugure cette même année, l’artiste s’empare de la cafétéria comme d’une page neuve et, en quelques heures, bascule l’espace du côté de la fête permanente, signant une de ces interventions qui transforment les lieux les plus neutres en piste de danse murale. À Bruxelles, la rencontre avec le public se fait encore plus directe avec l’ouverture d’un Pop Shop, qui court-circuite la mainmise des galeries. T-shirts, badges et affiches y jouent le rôle de chevaux de Troie, l’artiste infiltrant les vitrines de la société de consommation tout en les sabotant de l’intérieur avec ses bébés rayonnants à prix doux, assumant pleinement le paradoxe pop et militant de son entreprise.

L’entregent des Nellens

Si Keith Haring a d’abord débarqué à Knokke-Heist, c’est parce que le casino n’y est alors pas qu’une simple machine à sous mais le centre névralgique d’une dynastie de mécènes, fondée par Gustave Nellens, qui a déjà convié Magritte, Delvaux, Niki de Saint Phalle ou Tinguely à secouer la station balnéaire. Frère de Jacques Nellens, le gestionnaire du casino, l’artiste Roger Nellens, également collectionneur passionné et directeur artistique du lieu, cherche une relève aux géants de l’après-guerre et trouve en Keith Haring l’incarnation d’une nouvelle génération urbaine, capable d’ancrer Knokke dans l’actualité artistique internationale sans renoncer au geste audacieux des commandes familiales. Pour ce faire, l’artiste suisse Jean Tinguely a joué le rôle de passeur en recommandant le New-yorkais à son ami, après sa propre exposition au casino en 1986, prolongeant ainsi un dialogue intergénérationnel entre artistes invités. De son côté, Jacques Nellens, en tant qu’héritier de cette vision et relais local, contribue à maintenir ce climat d’hospitalité où l’on reçoit l’artiste comme un invité plus que comme une star sous contrat. De là découle non seulement la fresque du container du club de surf et l’exposition de l’été 1987 au casino, mais aussi une ambiance très peu protocolaire : Roger Nellens l’accueille dans la villa familiale et lui offre notamment le refuge insolite du Dragon de Niki de Saint Phalle, installé dans le jardin. Niki ayant donné son accord, Haring, Tinguely et Nellens taguent l’intérieur de cette sculpture-habitation, transformant la propriété en terrain de jeu où l’artiste peut expérimenter librement, sur des supports aussi divers que les grandes vasques de terre cuite du jardin de Roger ou la Harley-Davidson de Jacques. Cette ambiance familiale et décontractée explique en partie pourquoi l’artiste écrira plus tard qu’il se sentait “comme chez lui” à Knokke, y revenant plusieurs étés entre 1987 et 1990.

>Keith Haring avec l’artiste et directeur du M HKA à Anvers

Keith Haring avec l’artiste et directeur du M HKA à Anvers, Flor Bex (à droite), lors de son inauguration en 1987 © Courtesy of M HKA, Anvers/The Keith Haring Foundation, New York

Le fil rouge de la maladie

Ces étés belges, joyeux et insouciants, coïncident avec le moment où l’épidémie de sida frappe de plein fouet l’entourage de Keith Haring, donnant rétrospectivement une tonalité bien plus grave à ces vacances lumineuses. Alors qu’il réside chez les Nellens, ainsi que Roger nous l’avait naguère raconté lors d’un séjour que nous fîmes chez lui au Fort Sint-Pol, l’artiste se sent grippé, ne parvenant pas à se débarrasser d’une infection respiratoire d’apparence très banale. Aussitôt pris en charge par un médecin anversois proche de la famille et actif au sein du fameux Institut de médecine tropicale, le diagnostic tombe rapidement et l’artiste aurait donc appris en Belgique la terrible nouvelle de cette séropositivité qui devait l’emporter quelques années plus tard. Dès lors, il radicalise encore plus son engagement, comme si la fluidité de la ligne devait désormais lutter contre l’urgence du temps qui se rétrécit, abordant ces thèmes profondément humains que sont l’amour, la liberté, la justice sociale, la lutte contre le racisme et bien sûr le sida, avec une clarté et une force graphique qui parlent à tous les publics. Entre métro new-yorkais, casino de Knokke, cafétéria anversoise et Pop Shop bruxellois, un même fil fluorescent, une même ligne marquée au sceau de l’immédiateté, relie ainsi tous ces territoires : la conviction qu’un dessin tracé à main levée peut, l’espace d’un mur ou d’un objet, fabriquer une communauté provisoire. En Belgique, Keith Haring a donc trouvé le terrain idéal pour mettre à l’épreuve cette démocratie du trait ; en retour, le pays a adopté ses silhouettes vibrantes, comme si elles faisaient désormais partie de son propre humour, de sa propre nonchalance, quelque part entre ironie magrittienne et autodérision décontractée.

Photo de couverture : Les frères Jacques et Roger Nellens entourant l’artiste Keith Haring, devant sa fresque au Casino de Knokke, 1987. © Courtesy of Fonds Gustave et Jacques Nellens, Archives de l’Université Libre de Bruxelles, 2025

Un don inestimable

Chroniques royales

À l’image de nombreuses grandes familles, le landgrave Donatus de Hesse doit faire face à des contingences financières qui l’obligent à faire des choix. Ainsi, selon des révélations de la presse allemande, l’héritier d’une des plus anciennes lignées de l’Allemagne aristocratique a souhaité céder au Land de Hesse les châteaux de Friedrichshof à Kronberg et de La Fasanerie, près de Fulda. Parfaitement entretenus, ils sont bien connus des touristes qui séjournent dans l’un ou visitent l’autre.

Extra informatie

Solo Show

Keith Haring

Dates

Du 25 janvier au 1er février 2026

Adresse

BRAFA Art Fair
Brussels Expo (Palais 3 & 4)
Place de Belgique 1
1020 Bruxelles – Belgique

Martos Gallery – Stand 128

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Chiharu Shiota

Dans l'atelier de Chiharu Shiota

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Depuis son atelier berlinois, l’artiste japonaise Chiharu Shiota (°1972) parle de son travail et de son exposition The Soul Trembles présentée au MAO Museo d’Arte Orientale de Turin, en collaboration avec le Mori Art Museum de Tokyo. Elle revient sur ses souvenirs, ses choix de matières et d’objets, et sur la manière dont ses installations s’intègrent aux collections du musée.

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