Gwennaëlle Gribaumont
15 April 2026
Issu d’une famille belgo-mexicaine, élevé à Bruxelles, Diego Herman a tôt éprouvé ce sentiment d’être “entre deux mondes”. De là naît une peinture de la frontière : la limite non comme une ligne neutre, mais comme un dispositif de tri.
Ses paysages, désertés par l’homme, ne sont pas vides. C’est même tout l’inverse : ils sont saturés de présences humaines invisibles. Et s’il soustrait les corps, c’est pour faire parler ce qui les contraint. Ses toiles s’emparent d’un vocabulaire globalisé (grillages, portails, structures industrielles) et le retournent contre lui-même. Sa palette artificielle, empruntée à l’imagerie thermique, place le réel en état d’alerte : elle scrute la surveillance autant qu’elle la déjoue. Les empreintes d’aérosol et les flous rémanents – rappelant les premières photographies – troublent l’évidence : l’image ressemble à un constat plus qu’à une vue.
La clôture devient objet industriel et signe universel. Répétée, elle parle moins de protection que de contrôle, moins de propriété que d’exil ou d’exclusion. Et quand l’artiste affirme : “Ce qui m’intéresse dans l’acte de peindre ces éléments de paysage, c’est qu’en devenant le centre de l’attention, ils révèlent des faiblesses humaines”, il déplace la responsabilité. Ce que nous nommons “paysage” est souvent l’ombre portée de nos peurs.
La série Huge Coyote Problem radicalise sa grammaire. À partir d’une vidéo où un fermier américain s’équipe comme un soldat pour abattre des coyotes, il déploie une allégorie coloniale d’une limpidité glaciale : “l’indésirable” est celui qui rappelle que la terre n’appartient à personne.
© COURTESY OF THE ARTIST AND HUSK GALLERY
Proche du sol, 2026, technique mixte sur toile brute, 99 x 75 cm.
Avec Alone Together, l’artiste déplace son centre de gravité. Il traque d’abord ses “empreintes” au ras du sol : cadrages serrés, perception non humaine, presque sauvage, comme si le regard venait d’un témoin observant le monde humain sans jamais y être admis. Puis, à partir d’images réalisées lors de son dernier voyage au Mexique, il prolonge ses séries sur les êtres exotiques en captivité, vus dans des zoos et des jardins botaniques. Son attention glisse : moins d’insistance sur les barrières, davantage d’attention au sujet lui-même.
Agaves, cactus, animaux captifs : des communautés confinées, entretenues au nom de la conservation ou du divertissement. Diego Herman s’attarde sur les espèces indigènes menacées et sur le loup mexicain, maintenu en captivité dans des programmes de protection. En quittant la barrière pour l’être derrière, il fait naître une empathie politique. Le titre de l’exposition – Seuls, ensemble – résume tout le paradoxe : la barrière, la vitre ou le grillage isolent le sujet et celui qui le regarde, tout en les reliant dans une solitude partagée. En filigrane, des questions affleurent… Comment les frontières fabriquent-elles la solitude ? Et que reste-t-il au fond d’une possibilité de lien malgré la distance ou l’entrave ?
Exposition
Diego Herman
Dates
Du 15 mars au 25 avril 2026
Adresse
Husk Gallery
Chaussée de Waterloo 690,
1180 Bruxelles
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