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Pablo Andres : « On a besoin de rire et de se retrouver ensemble »

HumourSpectacle

Martin Boonen

05 November 2026

Le lundi 23 novembre, l’humoriste bruxellois sera sur la scène de la Brasserie de Rochehaut pour un dîner-spectacle qui n’aura lieu qu’une fois, avec l’agent Verhaegen annoncé à ses côtés. Joint à Londres, il nous a parlé de matière nouvelle, d’improvisation, de belgitude et du besoin de rire ensemble.

Né en 1979 à Woluwe-Saint-Lambert, Pablo Andres a fait ses débuts dans le rap avant de se faire connaître sur Radio Contact et par ses vidéos sur les réseaux sociaux, jusqu’à remplir Forest National en 2017. Ont suivi Démasqué, puis Gamin, lancé en 2023, son spectacle le plus autobiographique.

Eventail.be — Comment est née cette date à Rochehaut, et qu’allez-vous y jouer : Démasqué, Gamin, un mélange des deux ou quelque chose de nouveau ?
Pablo Andres — On m’a invité, tout simplement, et j’ai accepté l’invitation avec grande joie et grand plaisir. Mais ce ne sera pas du tout le spectacle existant, qui a d’ailleurs déjà évolué depuis un petit temps. C’est un mélange de nouvelles choses que je suis en train de préparer : j’explore de plus en plus, et je fais aussi de plus en plus d’impro. Il y aura plein de nouvelles matières, de petites choses. Comme c’est aussi un événement un peu privé, je me permets de tester de nouvelles choses, d’être au plus proche du public et des gens sur place, et de faire du sur-mesure.

— Une forme de rodage, alors ?
— Non, ce n’est pas du rodage non plus. C’est un spectacle unique, qui n’aura lieu que ce jour-là, à cet endroit-là. Personne ne l’aura vu et il ne se reproduira plus. Ça, c’est cool : il y a un truc vraiment spécial. Tant pis pour eux.

— Vous vous êtes fait connaître avec des personnages devenus iconiques mais qui se sont peu à peu effacés derrière Pablo Andres lui-même. Les personnages ont longtemps eu une image un peu has-been face au stand-up. Avez-vous encore envie de les garder ?
— Ce que les gens pensent ne m’intéresse pas trop. Ce côté has-been, ringard, au contraire, je l’adore. Tous mes personnages sont très kitsch et ringards, et c’est justement ce qui me fait rire. La bêtise me fait rire, les gens qui se prennent trop au sérieux me font rire, et ceux qui pensent être au top de leur game alors qu’ils ne le sont pas du tout me font particulièrement rire. J’ai toujours fait des personnages, non pas parce que c’était bien ou pas has-been, mais parce que c’est ce qui m’amuse, et à cause de mes références : j’adore la caricature, la bêtise humaine, les mangas, et j’adore forcer le trait. C’est volontaire.

— Vous avez pourtant exploré le stand-up dans vos derniers spectacles. Par suivre la tendance ?
— Non, justement. J’essaie toujours de me faire plaisir et d’apprendre de nouvelles choses. J’ai exploré les personnages pendant des années, puis j’ai voulu explorer davantage le stand-up pour amener un peu plus de sincérité, parce que j’en avais envie et que je ne l’avais jamais fait. Pas en pensant au public ou à ce que les gens allaient penser : vraiment parce que j’avais envie d’explorer des choses. Je l’ai fait. Et aujourd’hui, pour le coup, je reviens de plus en plus aux personnages et je m’éloigne de plus en plus du stand-up. Je ne me fie pas à ce qui se dit à l’extérieur, j’essaie toujours de me connecter à ce que moi, j’ai envie de faire. Ce n’est pas de l’égoïsme, je ne me fous pas du public, pas du tout. Je pense simplement que plus on est sincère, plus on s’amuse, plus on fait ce qu’on a envie de faire, et plus on pourra partager ça et faire marrer les gens. Le but, c’est ça. Si je passe un bon moment, les gens passeront un bon moment. Si je fais quelque chose parce que je pense que c’est mieux, le public le ressent aussi, et personne n’est gagnant.

— Des Diables Rouges à Jerem Floquet en passant par l’agent Verhaegen, il y a chez vous une très grosse dose de belgitude. Que représente pour vous cet héritage de l’humour belge ?
— Il y a en tout cas de l’autodérision. Ce qui m’amuse, c’est que l’humour nous permet aussi de nous moquer de nous-mêmes. C’est important, parce que ça tue l’ego, que ça nous donne du recul et nous évite de nous prendre trop au sérieux. Se prendre trop au sérieux, je pense que c’est un grand danger, on le voit aujourd’hui. Tous ces gens qui se prennent trop au sérieux peuvent, à un moment, devenir dangereux à plein de niveaux, parce qu’ils n’ont pas de recul, qu’ils ne se remettent pas en question, qu’ils prennent tout au premier degré. C’est assez triste. Notre boulot, à nous, c’est de sauter à pieds joints dans tout ça pour le chambouler et permettre à chacun de prendre un peu de recul, de se dire : « Ouais, est-ce que je n’ai pas été un peu con, là ? Ce n’était peut-être pas nécessaire. » Et je pense vraiment que ça fait du bien. En cela, c’est vrai que nous, les Belges, on a toujours de l’autodérision, on arrive toujours à se moquer les uns des autres. Je trouve cette démarche assez saine.

— L’époque est dure. L’humoriste en devient-il plus indispensable ?
— C’est en tout cas notre rôle, et je pense qu’on en a vraiment besoin. Il n’y a qu’à regarder chez nos voisins français : c’est très tendu pour le moment, très compliqué, et il y a beaucoup trop de gens qui se prennent trop au sérieux. Ils auraient besoin qu’on leur dise : « Mec, calme-toi, tout va bien. Est-ce que tu t’entends parler ? Parce que là, ça ne va pas. » Là, pour le coup, il n’y a pas d’humour, seulement une espèce de grande cacophonie de gens qui se prennent trop au sérieux, et je pense que c’est vraiment dangereux pour toute société. Je dis ça, mais je pense que je fais la même chose dans mon métier. Parfois, je m’entends parler et j’ai envie de me mettre des gifles moi-même. Ça nous arrive à tous, on est des êtres humains. Mais ce travail me permet justement de m’en rendre compte : notre métier, c’est d’avoir du recul sur ce qui se passe, sur ce qu’on vit, sur ce qu’on est, sur les relations. Cette bêtise dont je parlais est donc nécessaire. On a besoin de bêtises, c’est comme une soupape face à tout ce qui se passe en ce moment. Ce n’est pas facile, c’est sûr.

— Est-ce cette tension qui vaut aux humoristes belges un tel succès en France ?
— En tout cas, ce n’est pas un hasard. Si autant d’artistes traversent la frontière, c’est parce que les Français aiment bien cette autodérision, cette nonchalance, cette liberté que nous, les Belges, pouvons parfois avoir. Mais c’est à double tranchant. Le côté positif des Belges, c’est qu’on est humbles, beaucoup moins arrogants, qu’on se moque de nous-mêmes, qu’on est plus sympas, qu’on ne se prend pas au sérieux, et ça, c’est génial. Mais parfois, on manque de cette arrogance, de cette ambition, et on en a besoin. C’est peut-être pour ça qu’on a perdu le match contre les Français en Coupe du monde. Ça m’énerve aussi, parce que je pense qu’il faut un peu d’arrogance, un peu d’ego, un peu d’ambition, de fierté. En Belgique, on est parfois trop dans le « Oh, ça va, calme-toi, ne t’emballe pas trop ». Du coup, les artistes sont obligés de traverser la frontière pour être reconnus, parce qu’en Belgique, pour les gens, c’est normal. Il y a le revers de la médaille, comme partout. Mais je reste très content, très fier, et puis je suis belge. Au-delà des personnages, certes belgo-belges, il y a dans ma manière de fonctionner, de réfléchir, et même dans mon travail, cette belgitude, qui est ce recul. On se moque continuellement de nous-mêmes. Et en comédie, je trouve que c’est plutôt une force.

— Le 23 novembre, vous jouez à Rochehaut. Votre galerie de personnages accueillera-t-elle un jour un Ardennais ?
— J’aime les gens, j’aime aller à leur rencontre et j’aime quand c’est différent, quand c’est autre chose. Et puis l’Ardenne, j’adore. J’y vais régulièrement faire de grandes balades. On mange bien, on boit bien, les gens sont cools, c’est une belle région : j’ai hâte. J’aime mon pays, j’aime les gens, donc je suis très content d’y aller. Côté personnages, j’ai fait des trucs : dans Démasqué, j’avais Eugène Jandrain, qui avait un côté un peu ardennais. Ce soir-là, on en rigolera très probablement. Mes personnages, eux, vont bien sûr se faire plaisir. On rigolera de tous les clichés qu’il peut y avoir.

— Vous faites de la vidéo, de la fiction, de la télé, de la radio. Que vous apporte encore la scène ?
— Je pense qu’on a besoin de rire en ce moment, et le spectacle reste un moment magique parce qu’il est unique. On peut faire plein de choses en vidéo, en fiction, en télé ou en radio, mais partager des moments comme ça sur scène, c’est toujours assez magique. J’adore ça, il se passe toujours quelque chose, et c’est assez précieux. Dans un monde où tout devient de plus en plus artificiel, avec l’intelligence artificielle, où tout se digitalise, je pense que c’est encore plus important de se réunir dans un endroit et de se marrer ensemble.

— Se retrouver et rire ensemble, c’est une chose que l’IA ne pourra jamais nous prendre.
— C’est ça : faire partie d’un groupe, ne plus être tout seul. On a ça au cinéma aussi, mais dans un spectacle vivant d’humour, où c’est vraiment interactif, c’est encore plus fort. Ça fait du bien d’oublier sa petite personne pendant un moment, de faire partie d’un groupe, de se marrer et de vivre un truc ensemble. Ce sont des moments que je trouve toujours assez forts, et ça me fait plaisir. Je vais probablement pleurer d’émotion sur scène ce jour-là. Je rigole, mais je pense vraiment tout ce que je dis.

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25/07/2026

Extra informatie

Événement

Dîner-spectacle avec Pablo Andres

Adresse

Brasserie de Rochehaut
Rue du Palis, 85
6830 Rochehaut (Bouillon)

Date & heures

Lundi 23 novembre 2026
Accueil dès 18 h 30
Spectacle à 21 h 00

Prix

119€ par personne, comprenant un repas en trois services (entrée, plat, dessert), les boissons de l’arrivée à la fin du spectacle et le spectacle

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