Virginie Draelants
15 April 2026
Les Crayères séduisent aussi pour leur table renommée. À ne pas manquer : la dégustation d’une flûte de champagne au bar de la Rotonde, superbe avec ses allures de jardin d’hiver et son charme tout britannique (tartan et velours rouge). On se dirige ensuite vers Le Parc, le restaurant gastronomique (**) mené par le chef Christophe Moret. Le menu signature aligne les propositions de haut vol : araignée de mer et caviar ; Chawanmushi (une recette japonaise de flan salé) avec sa délicate royale de seiche et truffe noire ; Saint-Jacques normande, butternut et sabayon au vin jaune, veau fermier ; Langres fermier (un fromage aop), coulis de chlorophylle de nos maraîchers ; figues noires de Solliès, infusées de verjus et réglisse. Les associations sont parfaites, l’influence parfois japonaise. “La cuisine française a toujours été à la croisée de tous les chemins. Il faut garder une curiosité, il faut l’entretenir en cuisine”, souligne le chef originaire d’Orléans.
La table mérite amplement ses deux étoiles. L’accompagnement des vins répond à la gourmandise des plats : le sommelier met aussi la Champagne à l’honneur par ses autres expressions, dont des vins “tranquilles”, tel ce Coteaux champenois (vignes de Mizzy) qui souligne l’iode de la première entrée, ou ce ratafia Sadi Malot (mélange de moût de raisin frais et de marc de Champagne), parfait pour le dessert.
Le lendemain, des Crayères (l’hôtel) aux crayères (les caves voisines), il n’y a qu’une avenue à descendre. On jette son dévolu sur le domaine Vranken-Pommery réputé pour sa mise en scène arty. Galeries de craie riment ici avec galerie d’art : 30 mètres sous terre, on déambule entre les rangs de bouteilles, les sculptures, les tableaux et les installations d’artistes contemporains.
© DOMAINE LES CRAYÈRES
À la Villa Demoiselle, juste en face, on quitte l’atmosphère des caves pour découvrir une demeure Art nouveau, magnifiquement restaurée. Construite de 1904 à 1908, la villa Cochet fut rachetée par la famille Vranken en 2004 et rénovée par les meilleurs artisans. Il a fallu cinq ans pour lui redonner son lustre. Le mobilier et la décoration plongent le visiteur dans un décor début de siècle, majestueux, que rehaussent des œuvres prêtées par le musée des Beaux-Arts de Reims.
De retour au château des Crayères, on découvre la deuxième table de l’hôtel, Le Jardin, qui joue la carte brasserie. Mais attention, l’excellence y est aussi recherchée et l’établissement peut se targuer d’un Bib gourmand (le seul de Reims). On y déguste des plats canailles : harengs marinés, œufs à la florentine, velouté de pois cassés ; magret de canard, carbonade flamande ou daurade en matelote champenoise.
En quelques décennies, Reims a fait sa mue : arrivée du tram, rénovation des quartiers et riche passé magnifié. La cathédrale mérite la visite – mention aux vitraux de Chagall – mais ce n’est pas la seul atout de la ville. L’Art déco y a fleuri après 1918, alors qu’il fallait reconstruire de nombreux quartiers dévastés. Nous avons poussé les portes de la bibliothèque Carnegie (sur la place éponyme), joyau qui brille par ses vitraux de Jacques Gruber, ses ferronneries et ses mosaïques de l’entre-deux-guerres. Le Cellier (rue de Mars), ancien entrepôt viticole du début XXᵉ, est devenu un lieu culturel. Admirable aussi, la façade de l’ancien cinéma Opéra, rue de Thillois – artère intéressante pour ses boutiques et l’antiquaire Au bon coin. L’Office du Tourisme propose des visites guidées thématiques Art nouveau / Art déco de la ville, à pied ou à vélo.
Les Halles du Boulingrin abritent un marché et attirent de bonnes maisons de bouche aux alentours. On s’est régalé à l’ExtrA (rue du Temple), un restaurant inclusif, à la cuisine inventive et généreuse. Design dans la déco comme dans l’assiette. Parfait pour goûter l’atmosphère du quartier, le Bistrot des Halles le temps d’un café/croissant.
© DOMAINE LES CRAYÈRES
© DOMAINE LES CRAYÈRES
À Épernay, l’avenue de Champagne voit se côtoyer de grandes maisons, de Moët et Chandon à Perrier-Jouet, en passant par Pol Roger, mais aussi le musée du vin de Champagne & d’archéologie régionale où l’on découvre le lien entre passé et présent, avec la craie pour trait d’union. Voici 90 millions d’années, la mer recouvrait la région avant de se retirer, laissant un sous-sol crayeux, terroir idéal pour le champagne. On peut prolonger la visite dans de nombreux bars à vin qui proposent des dégustations. Chut ! ne répétez pas cette bonne adresse (il faut réserver longtemps à l’avance) : la Grillade gourmande. Le chef Christophe Bernard, passé par Bocuse et Ducasse, a voulu un restaurant simple et convivial. Référencé tout de même au Michelin… La cuisine y est excellente et l’accueil aussi chaleureux que le grill en action.
Cap sur Aÿ-Champagne. Le directeur des Crayères nous a recommandé la visite de Pressoria. L’endroit ne manque pas de majesté : le pressurage des raisins de la maison Pommery était réalisé autrefois dans ce bâtiment industriel à l’architecture anglo-saxonne, construit fin XIXe siècle, au pied de coteaux historiques. Aujourd’hui, c’est un centre d’interprétation sensoriel autour du champagne, passionnant avec son parcours immersif ! Le visiteur écoute la nature qui nourrit la vigne, observe les saisons qui défilent sur les vignobles, sent les arômes des cépages (chardonnay, meunier, pinot noir) et compose ses propres assemblages. À la sortie, une dégustation de deux champagnes conclut l’expérience.
Hautvillers porte bien son nom : le village domine les vignobles dans le Parc naturel régional de la Montagne de Reims. Il offre une vue panoramique sur la Vallée de la Marne. Dom Pérignon fut cellérier (responsable de l’intedance et du cellier) à l’abbaye Saint-Pierre et y perfectionna l’art de l’effervescence, sans lequel nos coupes et flûtes seraient bien tristes. Ce berceau du champagne ne manque pas de charme avec ses bars à vin et ses échoppes. Le concept-store “Les Pétillants” (rue Dom Pérignon) propose les créations d’artisans de la région.
Difficile de quitter la Champagne sans remplir le coffre de la voiture… Pour nous, ce seront des bouteilles de la maison Mandois, dont on avait découvert les bulles dans un Relais & Châteaux. Cette maison indépendante et familiale – la 9e génération ! – a été une des premières à prendre le virage du bio. Après une visite de son nouveau chai, à Pierry, et une dégustation, on repart avec le blanc de blancs 2022. De quoi prolonger chez soi la magie des bulles !
Adresse
LES CRAYÈRES
64 boulevard Henry
Vasnier, 51100 Reims
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