Martin Boonen
23 October 2026
Diagnostiquée d’une sclérose en plaques en 2022, à vingt-cinq ans, Charline d’Oultremont s’est vu annoncer un fauteuil roulant. Refusant ce verdict, elle se met à consigner pendant plusieurs années son quotidien : alimentation, sommeil, stress, cycle hormonal. “J’ai commencé, avec l’aide de l’IA, à repérer des schémas récurrents dans mes données et à les relier entre eux”, résume-t-elle. Elle se dit aujourd’hui en rémission totale depuis trois ans. De cette expérience est née BuddyRise, cofondée avec son amie Céleste Cockmartin, ancienne des Nations unies devenue directrice technique après avoir appris seule à coder.
L’application repose sur un assistant conversationnel, Buddy, avec lequel l’utilisateur échange chaque jour, par la voix ou par écrit. “Tu dis ‘j’ai mal à la tête’, ou ‘mes amis m’ont stressée’, et Buddy l’enregistre comme un symptôme”, explique la fondatrice. Ces informations, croisées avec celles des objets connectés, permettent de repérer des facteurs déclenchants et d’anticiper les poussées de la maladie et d’adapter son comportement ou son alimentation pour en atténuer les effets. L’outil couvre plus de 90 pathologies et a déjà donné lieu à plus de 50 000 conversations. Sur une première cohorte, restreinte, l’entreprise avance des résultats préliminaires : 68 % des participants ont rapporté moins de symptômes après quatre semaines et 70 %, un regain d’énergie après deux mois, une majorité se disant moins seule et plus encline à agir.
Lancée à Gand, BuddyRise approche les 6 000 utilisateurs répartis dans douze pays, dont 62 % aux États-Unis, sa priorité. L’Inde suit, portée par le récit que la fondatrice partage sur les réseaux. Une première étude clinique, portant sur 300 patients atteints de lupus, est en discussion avec l’UZ Gent. Le modèle économique reposera, à terme, sur les assureurs et les employeurs, l’accès à la communauté demeurant gratuit. Charline d’Oultremont prépare un tour de table de 2,5 millions d’euros et s’installe temporairement à San Francisco. “L’accès au marché européen est déjà terrifiant : autant de langues différentes ! Les assureurs y ont dix ans de retard sur les États-Unis”, observe-t-elle.
Photo de couverture : © BuddyRise
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