Rédaction
14 October 2026
Le livre s’ouvre au pied du Palais de Justice. Francis Metzger a grandi dans les Marolles, dont une partie a été rasée au XIXe siècle pour élever le monument de Joseph Poelaert. « Depuis, dans les Marolles, le mot “architecte” est une insulte. C’est avec cela que j’ai commencé », écrit-il. Son père lui apprend les échecs à quatre ans ; il en a gardé l’habitude de voir plusieurs coups à l’avance et de distinguer la pièce essentielle de celle que l’on peut sacrifier. L’ouvrage est dédié à sa grand-mère, « qui n’y croyait pas ». Francis Metzger dirige aujourd’hui l’agence MA², a été en 2010 le premier doyen de la Faculté d’architecture de l’ULB et siège à la Commission royale des Monuments et des Sites.
Un palimpseste est un manuscrit dont on a gratté la première écriture pour réutiliser le parchemin, sans jamais l’effacer tout à fait. Francis Metzger transpose la notion au bâtiment : l’architecte entre toujours dans une histoire commencée sans lui. « Le projet commence là : lorsque la page blanche cesse d’être une croyance possible », écrit-il. Il récuse avec la même fermeté la sanctuarisation de tout ce qui existe et la table rase, et décrit six gestes qui structurent le livre : lire, hiérarchiser, décider, écrire, laisser ouvert, transmettre.
Cette méthode est née au début des années 1990 à la Bibliothèque Solvay, un bâtiment alors muré, squatté et incendié de l’intérieur. L’architecte y a croisé archives, analyses des couches de peinture et diagnostic technique, une démarche qu’il résume d’une phrase : « On ne peut pas intervenir sur ce qu’on ne connaît pas. »
À l’Astoria, construit par Henri Van Dievoet pour l’Exposition universelle de 1910, une verrière haute de deux étages avait disparu en 1947. L’équipe de MA² l’a reconstituée à partir des archives et des vitraux restés intacts aux autres étages. « Sans elle, l’Astoria n’était plus compréhensible », écrit l’architecte. Derrière la façade classée, l’intérieur a été entièrement redistribué et les suites de prestige ont quitté le premier étage pour la toiture. Dix-sept ans ont séparé la première mission de l’ouverture du Corinthia Grand Hotel Astoria, en décembre 2024. Le premier propriétaire doutait de la rentabilité de l’opération, avant que Corinthia ne reprenne le projet en 2016 avec l’ambition d’en faire un palace ouvert sur la ville.
La villa Empain, offerte à la Belgique dès 1937 puis occupée par l’armée allemande, l’ambassade soviétique et RTL, montre qu’un édifice peut traverser des usages successifs sans perdre son identité ; la Fondation Boghossian en a confié la restauration à Francis Metzger en 2007.
Au château Tournay-Solvay, dont la toiture avait brûlé en 1982, l’agence a restitué les ardoises à l’avant et coiffé l’arrière d’un volume de verre émaillé noir, un choix dont l’auteur avoue avoir encore douté une fois le chantier achevé.
À propos de la Royale Belge, reconvertie avec Caruso St John, Bovenbouw et DDS+, il résume sa démarche : « Hiérarchiser, ce n’est donc pas conserver davantage : c’est conserver mieux. »
Le chapitre sur la transmission mène au Jardin d’hiver des Serres royales de Laeken, dont la restauration lui a été confiée avec François Chatillon et le bureau d’ingénieurs Greisch. Alphonse Balat y a conçu pour Léopold II un édifice presque sans précédent, auprès duquel le jeune Victor Horta a fait ses armes. Les mémoires que Horta rédige en 1939, alors qu’il voit son œuvre se défaire, occupent une place singulière : « J’ai relu ce passage plusieurs fois. Il me hante », confie l’auteur.
Le chapitre Décentrer confronte ensuite la méthode à Kinshasa, où l’on transforme et réemploie sans cesse, ainsi qu’aux œuvres de Francis Kéré, Wang Shu et Balkrishna Doshi. L’épilogue évoque la Dixième Boule, un centre de congrès imaginé sous l’Atomium et jamais construit, dont la maquette se trouve toujours à l’agence.
Daniel Fügenschuh, président du Conseil des architectes d’Europe, signe la préface. Le livre se clôt sur un entretien avec Elizabeth et Christian de Portzamparc ; ce dernier y rappelle que « le durable, c’est le transformable ». Les photographies de Marie-Françoise Plissart et de Serge Brison accompagnent le texte.
LIvre
L’Architecture palimpseste
Auteur
Francis Metzger
Éditeur
Les Impressions Nouvelles, collection « Réflexions faites »
Parution
Octobre 2026
Sur internet
https://lesimpressionsnouvelles.com/livre/larchitecture-palimpseste/