François Didisheim
02 June 2026
Monaco tient sur deux kilomètres carrés, soit la surface d’un grand parc d’affaires. La Principauté y accueille trente-huit mille résidents de cent quarante nationalités, dont un sur trois est millionnaire. Sur le Rocher, l’offre foncière est saturée : il n’y reste littéralement plus un mètre carré à vendre. Sur terre, du moins. Car Monaco a toujours répondu à la rareté par la même solution : l’extension sur la mer. Depuis le début du XXe siècle, un quart du territoire monégasque a été arraché à la Méditerranée. Le port Hercule, le front de mer ou le quartier de Fontvieille, lancé dans les années 1960 sous le prince Rainier III, occupent aujourd’hui des étendues où nageaient autrefois les poissons.
Entre les plages de Larvotto (coeur balnéaire de la principauté) et le Port de Monaco, un projet unique a vu le jour entre mer et terre, avec résidences exclusives, espaces verts et port. © DR
Le dernier épisode de cette conquête marine s’appelle Mareterra, contraction de mare et terra. Inauguré en décembre 2024 entre les plages du Larvotto et le port de Monaco, le projet a mobilisé deux milliards d’euros pour faire émerger six hectares de territoire nouveau. Le quartier réunit une centaine d’appartements, dix villas particulièrement exclusives, un port de plaisance, des commerces et trois hectares d’espaces verts. Aucun logement ne descend sous quatre cents mètres carrés et le prix au mètre carré atteint cent mille euros. Certaines transactions ont été conclues à ce tarif avant même l’achèvement des travaux.
Sur le plan technique, le chantier impressionne. Dix-huit caissons géants en béton, ancrés à quarante-cinq mètres de profondeur, ont redessiné la ligne de côte tout en intégrant les projections de montée des eaux et les normes antisismiques les plus strictes. L’ambition environnementale accompagne la prouesse : panneaux solaires, bornes de recharge électrique, huit cents arbres plantés et quatre cents mètres carrés de végétation marine protégée transplantés deux cents mètres plus loin. Les posidonies, plantes endémiques de la Méditerranée, ont ainsi été déplacées avant la pose des fondations.
La Principauté de Monaco, connue pour son luxe et son audace architecturale, compte un nouveau quartier spectaculaire : Mareterra, une extension de 6 hectares sur la Méditerranée © DR
Au-delà du segment ultra-luxe qu’il dessert, Mareterra retient l’attention comme laboratoire. De Singapour à Rotterdam, plusieurs villes côtières observent la démarche monégasque avec intérêt. Les techniques mobilisées pour gagner du terrain sur la mer, anticiper l’élévation du niveau marin ou transplanter des écosystèmes pourraient nourrir des projets de plus grande utilité publique. À Monaco, la pression foncière a obligé à inventer ; ailleurs, c’est la montée des eaux qui pourrait imposer les mêmes réflexes. Mareterra n’est sans doute pas un modèle universel, mais ses solutions techniques et écologiques entrent durablement dans la boîte à outils de l’urbanisme littoral contemporain.
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Article inspiré par la newsletter de Lobby du 29 mai 2026 écrite par Françoise Wallyn et François Didisheim, fondateur de Lobby. Retrouvez la revue des cercles du pouvoir, ici
Photo de couverture : À Monaco, la piscine privative du complexe résidentiel Renzo, nommé d’après son architecte Renzo Piano, séduit par ses parois vitrées offrant une vue spectaculaire sur la grande bleue. © DR