Camille Misson de Saint-Gilles
Les mots du clic
Deux cents ans après ses débuts, la photographie continue de capter l’instant, de révéler l’invisible et de nourrir nos mémoires. À la fois empreinte du réel et interprétation, preuve et fiction, elle raconte autant le monde que le regard de celui qui le saisit. À l’heure où les images défilent à une vitesse vertigineuse, où la notion de vérité visuelle est plus fragile que jamais, il devient essentiel de réapprendre à regarder, à questionner et à développer un regard critique. Car une photographie n’est jamais anodine : elle est un choix, un cadre, une intention. C’est dans cet esprit que j’ai imaginé ce numéro.
Un numéro anniversaire, à l’occasion du bicentenaire de ce médium en perpétuelle mutation, mais surtout un numéro hommage. Sans photographes, la presse n’est rien. Hommage à la photographie, dans toute sa richesse, mais aussi à celles et ceux qui, au fil du temps, ont façonné le regard de L’Éventail : Jean-Michel Clajot, Frédéric Ducout, Éric Jansen, Savina Janssen, Violaine et Constance Le Hardy, Mireille Roobaert… Certains nous accompagnent depuis longtemps, d’autres nous ont rejoints plus récemment, mais tous partagent une même exigence et une sensibilité singulière. À travers leurs images, c’est une vision qui s’exprime, à la croisée de l’esthétique, de l’instinct et de la maîtrise. Ce numéro leur est dédié.
Au fil de ces pages, la photographie se dévoile sous toutes ses formes. Institutionnelle, avec des lieux qui la préservent, la questionnent et la transmettent. La Fondation A Stichting, le musée de la Photographie de Charleroi, le FOMU ou encore Hangar, chacun à leur manière, participent à faire vivre ce médium en Belgique. Mais la photographie est aussi mouvement. C’est pourquoi nous avons choisi de pousser plus loin le regard, jusqu’à Rotterdam, où le Nederlands Fotomuseum, tout juste réinstallé dans son nouvel écrin, entame une nouvelle ère.
Autre escapade, plus buissonnière cette fois, en Bourgogne. Là-bas, le temps semble s’étirer autrement. Les paysages se dévoilent avec douceur, les couleurs changent au fil des heures – comme aux Hospices de Beaune, dont les toits vernissés se parent de nuances différentes selon le soleil – les pierres dorées racontent des siècles d’histoire. On y marche, on y goûte (surtout, on y goûte !) et on y contemple.
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