Au sud, on peut commencer par une petite leçon d’architecture devant l’église Saint-Nicolas de Westkapelle qui, après un incendie ravageur, affronte à nouveau les vents côtiers, totalement restaurée. Moderne mais respectueux, l’intérieur vaut assurément le détour pour son clocher habilement ajouré, une concession à une contemporanéité de bon goût ! Mais la réserve naturelle Sint-Donaaspolder (polder Saint-Donatien), aux confins du territoire knokkois, nous attend. Pour y accéder, nombre de voies ont conservé le nom de la digue qu’elles remplacent. Il est vrai que ce territoire d’anciennes schorres, autrefois régulièrement inondées par l’onde saline, est désormais occupé par un réseau de pâturages habilement drainés depuis le XIIe siècle. Au cœur d’un paysage de polders où les puits d’argile de l’ancien fort Saint-Donatien voisinent avec des prairies humides aux mares ourlées de roseaux, une réserve naturelle de plus de vingt hectares sert d’aéroport et de zones de transit à de nombreuses espèces de passage.
L’église Saint-Nicolas de Westkapelle, restaurée après un incendie en 2013. © DR
Un belvédère dominant le fort permet d’embrasser l’ensemble du site dont les bunkers sont désormais devenus des refuges pour de nombreuses espèces de chauves-souris (murin à moustaches, noctule commune, oreillard roux ou gris…) qui y passent l’hiver. Le polder est très prisé des bernaches nonnettes qui le choisissent comme dernière halte migratoire avant leur départ vers le nord. La barge à queue noire, le butor étoilé, le busard des roseaux et le tadorne de Belon profitent de sa quiétude pour y nicher. De juin à septembre, on peut même marcher jusqu’à la passerelle au milieu des vaches. Dans ce paysage dégagé et humide où croissent la lavande mer et la véronique des ruisseaux, les oiseaux des champs virevoltent et les lièvres courent à perdre haleine. Au loin, les hautes silhouettes des peupliers bordant le canal de Damme d’un côté et, de l’autre, des haies mariant aubépine, prunellier, églantier et mûrier ont été plantées pour servir d’habitat à la rainette versicolore, espèce en voie d’extinction.
Bernache nonette (Branta leucopsis). © DR
Peupliers se reflétant dans le canal de Damme. © SSUCHAI WORRAAMORNCHOT
L’église Notre-Dame, à Damme, dont les origines remontent à 1225. © PATRICK COOLS
Entre les digues des anciennes carrières d’argile, la réserve bénéficie d’un microclimat particulier, nettement plus chaud que les autres polders tout proches. Outre les échassiers et les canards, on observe nombre d’amphibiens comme les tritons crêtés, ponctués (glabres) ou alpestres, alors que l’on entend crapauds et grenouilles rousses. Avant de suivre la ligne de Cantelmo (Cantelmolinie), une petite incursion s’impose dans la campagne de Sluis en direction du domaine de Kruisdijkschans et sa demeure cossue qui fut édifiée par la famille Hennequin en 1762 sur les vestiges d’une ancienne forteresse. Toujours visibles, les fossés intérieur et extérieur délimitent la propriété aujourd’hui gérée par la fondation Het Zeeuwse Landschap. Elle l’a non seulement restaurée, mais elle s’efforce de lui redonner vie en y organisant nombre d’activités.
Mais revenons au fort Saint-Donatien dont on aperçoit encore la queue d’hirondelle de ses redoutes. Il fut érigé par les Espagnols en 1605, alors que la ligne de Cantelmo vit le jour en 1632, le reliant au fort Isabella. Elle fut ainsi baptisée d’après le général, gouverneur espagnol des Flandres, qui la fit rénover en 1640. Ponctuée par sept redans (forteresses à deux côtés inclinés), elle se distingue encore clairement dans le paysage et prolonge la promenade champêtre, à la lisière de la frontière néerlandaise. Quelques fermes aux façades blanches ont traversé les siècles, comme l’imposante Hof ter Reigersvliet dont la grange à l’impressionnante charpente accueille aujourd’hui des réceptions.
Vestiges de fort et de bunkers sur le site du Hazegras, à Retranchement. © DR
Vue plus générale de Retranchement. © DR
À la sortie d’Oosthoek, d’antiques systèmes défensifs se signalent, annonçant les fortifications du modeste village de Retranchement. Elles datent, elles aussi, de la guerre de Quatre-Vingts Ans (1568-1648), mais elles doivent leur construction au prince Maurice de Nassau dans le but de défendre le détroit de Zwingeul et ses marais salants contre les Espagnols. S’ils susciteront l’intérêt des amateurs de poliorcétique (l’art et la technique de mener le siège d’une place forte – NDLR), ces vestiges ont durablement façonné le paysage et ont contribué indirectement à le rendre changeant à souhait. Avec ses digues, ses prairies, ses haies d’aubépine, ses saules têtards, ses vergers et ses puits, le parcours pédestre se révèle on ne peut plus pittoresque. Un inventaire majeur datant de 1999 recense pas moins de 293 espèces différentes de plantes sauvages, parmi lesquelles quatre espèces rares de trèfle qui y poussent : le nain, le sauvage, le noueux et le souterrain.
Chouette chevèche. © Sandy Vergara
Côté insectes, des libellules aux couleurs vives voltigent le long des berges, tandis qu’abeilles et guêpes fouisseuses nichent dans les coteaux sablonneux. Ne manque que le hululement de la chouette chevêche qui résonne lors des soirées brumeuses du printemps. On ne manquera pas de revenir sur Oosthoek pour une gaufre réconfortante chez Moeder Siska, une institution depuis… 1880 !
Photo de couverture : Paysage bucolique à Ramskapelle. © DR