Christophe Vachaudez
09 March 2026
Des œuvres de Zuloaga ou de Benlliure, grands artistes espagnols, des robes haute-couture, des éventails, des photographies, des objets personnels évoquant la passion de la duchesse d’Albe pour la tauromachie et le flamenco qu’elle dansait à la perfection ont pris possession des nombreux salons jusque dans la chapelle. Le souverain ne pouvait manquer de commémorer le souvenir de cette grande d’Espagne qui avait pour parrain le roi Alphonse XIII et pour marraine la reine Victoria-Eugénie. Certains la surnommaient la duchesse hippie, d’autres montaient en épingle ses excentricités ou raillaient ses apparitions publiques ou ses déclarations à la presse, mais María del Rosario Cayetana Paloma Alfonsa Victoria Eugenia Fernanda Teresa Francisca de Paula Lourdes Antonia Josefa Fausta Rita Castor Dorotea Santa Esperanza Fitz-James Stuart y Falcó de Silva y Gurtubay s’en moquait comme d’une guigne, continuant à vivre selon son instinct, forte d’une popularité qui ne s’est jamais démentie.
© Casa de Su Majeste el Rey
Les Espagnols ont toujours eu un faible pour cette duchesse attachante et généreuse, pardonnant tout à cette descendante du roi Jacques II Stuart qui peut aligner sans crier gare 44 titres de noblesse dont nombre assorti de la grandesse d’Espagne. Si Cayetana est l’héritière d’une immense fortune, de vastes domaines, de collections d’œuvres d’art et de palais à Séville, Salamanque, Santander et Madrid comme de villas à Marbella ou à Ibiza, elle ne commence pas moins sa vie tristement puisqu’elle perd sa mère d’une tuberculose foudroyante alors qu’elle n’a que trois ans. Elle est élevée par des nourrices et par un père très attentif qui, très tôt, l’initie aux arcanes de l’art. Durant la guerre, elle vit à Londres où elle rend souvent visite à son lointain cousin, Winston Churchill. Quand elle revient en Espagne, elle maîtrise cinq langues. En 1947, son mariage de conte de fée est presque parvenu à éclipser celui de la future reine Elizabeth qui se déroula la même année, mais un mois plus tard.
Six enfants naîtront : Carlos, aujourd’hui 19e duc d’Albe, Alfonso, duc d’Aliaga, Jacobo, comte de Siruela, Fernando, marquis de San Vicente del Barco, Cayetano, comte de Salvatierra, et Eugenia, la cadette, duchesse de Montoro, très proche de sa mère. Pourtant, le malheur rattrape Cayetana qui perd son époux d’une leucémie en 1972. Il faudra du temps pour que cette femme pourtant forte retrouve son dynamisme Peu à peu, elle reprend l’équitation, participe au pèlerinage du Rocio, à la Semaine Sainte et à la Feria de Séville, en amazone sur un bey andalou, ou virevolte dans un flamenco endiablé. La duchesse d’Albe vibre à l’appel de l’Andalousie, revêtant à la moindre occasion les robes volantées des sévillanes, coiffant la mantille, assistant aux corridas. Cayetana respire l’hispanité et les espagnols ne s’y trompent pas et l’aiment pour ça.
Proche de ses compatriotes, elle tutoie aussi les grands de ce monde, visitant volontiers l’empereur du Japon, accueillant Jackie Kennedy ou s’abîmant dans une révérence parfaite devant le roi Charles III. Des cheveux rebelles, un visage lifté au regard intense et des tenues improbables n’ont pas découragé le jury du célèbre magazine Vanity Fair de la classer en 2009 pour son style rebelle et anarchique à la 27e position des femmes les mieux habillées au monde… juste derrière Lady Gaga ! Une nouvelle que la duchesse d’Albe a dû accueillir avec ce rire spontané dont elle avait le secret. En 2010, elle n’a pas craint de s’afficher avec un prétendant de 24 ans son cadet, allant même jusqu’à l’épouser l’année suivante, suscitant la polémique mais en avait-t-elle vraiment cure ? Nul doute que les Sévillans seront nombreux à venir se recueillir et revivre ces années durant lesquelles Cayetana régna avec style sur la cité andalouse.
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