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Malte la parenthèse enchantée d'Élizabeth et Philip

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Thomas de Bergeyck

16 April 2026

Dans sa vie, la reine Élizabeth II n’aura connu que deux havres de paix : son cher yacht royal, le Britannia. Et Malte, le lieu de toutes les insouciances, où elle vu s’épanouir son amour avec Philip, entre leur mariage et son accession au trône. Deux ans à La Valette durant lesquels elle n’était ni reine, ni héritière.

1949. Philip Mountbatten est officier de la Royal Navy, d’abord premier lieutenant à bord du HMS Chequers, avant de prendre le commandement du HMS Magpie basé à Malte. Elizabeth, son épouse âgée de vingt-trois ans, le rejoint sur cette île encore sous administration britannique. La jeune femme n’est pas encore reine. Elle sait que cela viendra. Mais le destin accepte d’attendre. Durant ces années maltaises, Elizabeth est libre. Elle conduit seule, fait son marché, choisit ses robes sans avis officiel, sort et reçoit des amis sans protocole. Elle observe son mari exercer son métier, commander des hommes, être reconnu pour ses compétences, et non pour son rang d’“époux de”. À Malte, le couple fête Noël, séjourne chez les Mountbatten, participe à des jeux de gymkhana, fréquente les lieux à la mode comme le Saddle Club et assiste à des matchs de polo. Quelques mois d’une insouciance presque irréelle.

Un palais au soleil

Leur refuge porte un nom discret, la Villa Guardamangia. Transmise au couple par Louis Mountbatten, l’oncle de Philip, la demeure est louée d’abord par le vice-roi des Indes pour sa proximité avec le golf et l’hippodrome de Marsa. C’est là qu’Elizabeth célèbre son deuxième anniversaire de mariage en 1949, puis son vingt-quatrième anniversaire l’année suivante. C’est là aussi que Philip, posant devant l’objectif, lève deux doigts pour annoncer l’arrivée d’un deuxième enfant. Huit semaines plus tard naîtra la princesse Anne. À la Guardamangia, la vie est simple : dîners improvisés, soirées dansantes au son d’un gramophone, éclats de rire jusque tard dans la nuit. Pas de “red box” (la boîte ministérielle), pas de correspondance à honorer, pas de colloques singuliers. Rien d’autre que le quotidien d’un jeune couple à la découverte de la vie conjugale. La Reine avouera y avoir “passé les années les plus heureuses de son existence”.

Lorsque l’aventure maltaise prend fin en 1951, la villa devient pour Élizabeth un lieu de mémoire, un ancien repère dans une vie désormais très différente : celle, austère, d’une souveraine à la carrure internationale. Retournant régulièrement à Malte, la Reine demandera chaque fois à s’y rendre. La dernière sera en 2005 car, deux ans plus tard, les nouveaux propriétaires… lui refusent l’accès à la maison.

Renaissance

Longtemps laissée à l’état de ruine, la Villa ou Casa Guardamangia (autrefois connue sous le nom de Casa Medina) fait aujourd’hui l’objet d’un vaste projet de restauration. Près de douze millions d’euros, trois ans de travaux pour consolider le bâti, restaurer les statues, le mobilier et le jardin, et même les appareils ménagers présents qui avaient servi durant la période Windsor. Une fois ces travaux achevés, la maison de dix-huit pièces et 1486 m2, dotée d’écuries et d’un abri anti-bombes ouvrira enfin au public. Car y persiste le souvenir d’une reine qui, un jour, fut simplement une jeune femme amoureuse.

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