Martin Boonen
11 June 2026
On connaît La Boverie pour ses grandes expositions estivales, qui ont attiré plus de 1,3 million de visiteurs en une décennie. Pour souffler ses dix bougies, le musée liégeois a pourtant choisi un sujet inattendu : lui-même. Intitulée Les coulisses d’une Collection, l’exposition présentée du 29 mai au 23 août 2026 dans la galerie haute invite le public à découvrir ce qui se joue habituellement loin des cimaises, dans les réserves, les ateliers de restauration et les laboratoires.
© La Boverie/Ville de Liège
Un musée ne montre qu’une fraction de ce qu’il conserve. À La Boverie, jusqu’à 90 % des œuvres reposent dans des réserves où température, lumière et hygrométrie sont surveillées de près. C’est là que commence le parcours, avant de suivre le cheminement d’une œuvre à travers les métiers qui la prennent en charge : restaurateurs, conservateurs, régisseurs, scientifiques et médiateurs. Chaque section éclaire une étape, de la restauration aux analyses physico-chimiques, de la constitution des collections à la recherche, jusqu’à la promenade finale dans le jardin de sculptures installé sous la verrière.
© La Boverie/Ville de Liège
Le clou de la visite tient sans doute dans deux tableaux qui cachaient un secret. Grâce au Centre Européen d’Archéométrie de l’Université de Liège, l’examen à l’infrarouge de La Violoniste de Kees Van Dongen a mis au jour un portrait de femme dissimulé sous la peinture visible, proche des effigies que l’artiste réalisait à l’époque où il était un portraitiste recherché. Un second tableau cachait lui aussi une histoire. Lors de sa restauration en 1995, une nature morte attribuée à Pieter Claesz a révélé que le homard et le bouquet de persil posés sur le plat d’étain étaient des ajouts tardifs, étrangers à la composition d’origine. Leur retrait a rendu à la scène sa sobriété première, et quelques modestes olives.
Riche de 41 000 pièces, dont 5 500 peintures et 35 000 dessins et estampes, la collection liégeoise s’est aussi bâtie sur des décisions courageuses. En 1939, à la veille de la guerre, une délégation de la Ville se rend à Lucerne, où le régime nazi liquide un ensemble d’œuvres qualifiées d’« art dégénéré ». Liège y acquiert plusieurs pièces majeures, parmi lesquelles des Picasso, Gauguin et Chagall qui occupent aujourd’hui une place centrale dans le fonds. L’exposition revient sur cet épisode et sur les dons, legs et acquisitions qui ont façonné un patrimoine couvrant cinq siècles.
© La Boverie/Ville de Liège
Autour de l’exposition, La Boverie déploie un programme nourri. Le coup d’envoi est donné les 30 et 31 mai avec une Nuit bleue inspirée de la période bleue de Picasso, suivie d’une journée en famille. Tout l’été, les nocturnes Une œuvre sous la loupe réunissent un commissaire, un restaurateur et un scientifique autour d’une même pièce. En collaboration avec l’ASBL La Lumière, trois dispositifs ont été pensés pour les visiteurs en situation de handicap visuel, autour du Vieux Jardinier d’Émile Claus, d’une toile d’Henri Evenepoel et d’un portrait de Marie Laurencin. Un troisième volume du catalogue, Dix ans d’acquisitions (2016-2026), accompagne l’événement (208 pages, 39 €).
Exposition
Les coulisses d’une Collection
Adresse
La Boverie
Parc de La Boverie, 3
4020 Liège
Dates & heures
Du 29 mai au 23 août 2026, du mardi au dimanche de 10h à 18h.
Billetterie
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Sur internet