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Japonisme et Art nouveau : le Grand Curtius célèbre les deux siècles du Val Saint-Lambert

Rédaction

10 July 2026

Du 17 avril au 27 septembre 2026, le Grand Curtius de Liège consacre une exposition à l’âge d’or des Cristalleries du Val Saint-Lambert. Rassemblant près de cent cinquante pièces, le parcours revient sur la période 1880-1914, lorsque la manufacture sérésienne s’imposa parmi les grands verriers mondiaux, portée par l’onde japonisante et par les recherches formelles de l’Art nouveau. La commissaire Isabelle Verhoeven, conservatrice du département du Verre, en signe le commissariat scientifique.

L’exposition Japonisme et Art nouveau s’inscrit dans le cadre du Bicentenaire du Val Saint-Lambert (1826-2026), célébré en réseau par plusieurs musées et institutions scientifiques belges. Au Grand Curtius, elle prend appui sur les collections liégeoises, particulièrement riches, et sur des prêts consentis par des collections privées. Peintures, affiches, mobilier et objets décoratifs issus des autres départements muséaux de la Ville de Liège complètent le propos, restituant le contexte culturel dans lequel s’est déployée la production verrière de la Belle Époque.

Un fleuron industriel et artistique belge

La manufacture est née au printemps 1826, lorsque François Kemlin et Auguste Lelièvre, anciens de la Cristallerie de Vonêche, allument le premier four sur le site d’une abbaye cistercienne désaffectée à Seraing. Les décennies suivantes voient la production se développer, portée par la mécanisation de la taille, l’adoption du four à charbon et la construction d’une cité ouvrière autour de l’usine. En 1879, la cristallerie prend son indépendance sous le nom de Société des Cristalleries du Val Saint-Lambert.

© Ville de Liege/Gran Curtius

Des années 1880 à la Grande Guerre, la manufacture emploie près de 5.000 personnes, se dote de machines à la pointe de la technologie et rayonne à travers ses comptoirs internationaux. Sa participation aux expositions universelles, notamment Anvers en 1894, Bruxelles en 1897 et Turin en 1902, contribue à asseoir sa notoriété auprès des amateurs et des marchands européens.

L’onde japonisante et la ligne Ledru

La découverte de l’art de l’Extrême-Orient, favorisée par les expositions universelles et par l’essor des magasins parisiens spécialisés, imprime dès les années 1880 sa marque sur les créations du Val Saint-Lambert. Les vases hyalites, en verre noir opaque le plus souvent, se parent de décors dorés rehaussés de peinture, où apparaissent geishas et paysages. Cette veine japonisante coexiste bientôt avec l’esthétique naissante de l’Art nouveau.

Le tournant est incarné par Léon Ledru (Paris, 1855 – Liège, 1926), engagé à la Cristallerie en 1888 et nommé chef du service des créations en 1897, poste qu’il occupera vingt-huit ans durant. Concepteur infatigable, amateur d’art oriental, il oriente la production vers des formes curvilignes et des décors floraux gravés à l’acide fluorhydrique sur cristal incolore doublé de couleur. Installé à Liège, il fréquente Armand Rassenfosse, Gustave Serrurier-Bovy, Victor Horta et Philippe Wolfers, avec lesquels il collabore pour la conception de pièces destinées à des projets d’architecture ou d’orfèvrerie. Certains de ses vases furent ainsi enchâssés dans des montures signées Wolfers à l’Exposition universelle de Bruxelles en 1897.

À ses côtés, les frères Eugène et Désiré Muller, artistes lorrains passés par l’atelier d’Émile Gallé, rejoignent le Val entre 1905 et 1908 pour y développer une ligne inspirée de Nancy. Maîtres de la fluogravure, ils y signent notamment un vase émaillé aux branches de marronnier d’1,61 mètre de hauteur, sommet technique de la production sérésienne. La taille riche dite américaine, introduite au Val vers 1894 sous l’influence du brilliant cut anglo-saxon et magistralement travaillée par le tailleur Hubert Fouarge, complète ce panorama d’une manufacture où la virtuosité artisanale répond à l’ambition esthétique.

Un parcours de cent cinquante œuvres

Environ 150 pièces jalonnent l’exposition. Certaines proviennent des réserves du Grand Curtius et n’avaient jamais été présentées au public. À leurs côtés, on découvre des spécimens de collections privées ainsi que des peintures, affiches et pièces de mobilier issues des autres musées de la Ville de Liège, dont La Parisienne japonaise d’Alfred Stevens, conservée au musée des Beaux-Arts. Le parcours embrasse également l’art de la table, les garnitures de toilette, les objets d’éclairage et de décoration, témoignant de la manière dont l’esthétique nouvelle a gagné l’ensemble des arts appliqués à la faveur de l’arrivée de l’électricité dans les intérieurs.

© Ville de Liege/Grand Curtius

Le monumental Vase des Neuf Provinces, créé par Léon Ledru pour l’Exposition universelle d’Anvers en 1894, tient lieu de pièce emblématique. Composé de 85 éléments assemblés et pesant 200 kilos, l’ensemble mobilise les techniques les plus exigeantes de la taille, de la gravure et du moulage. Il est classé Trésor de la Fédération Wallonie-Bruxelles depuis 2017 et présenté au sein des collections permanentes depuis 2011.

Un Bicentenaire en réseau

Le Grand Curtius pilote un événement plus vaste, décliné dans plusieurs institutions belges et néerlandaises. Le Château du Val Saint-Lambert, à Seraing, propose Cristal vivant du 10 avril au 6 décembre, tandis que le musée des Beaux-Arts de Charleroi accueille Art déco et modernisme du 18 avril au 27 septembre. Le Design Museum Brussels se penche sur la période 1958-2000 du 24 avril au 25 octobre, et la Maison Hannon consacre à l’automne un accrochage aux frères Muller. Le musée de Verviers, la Fondation Madeleine 7, le musée de Beauraing et le Nationaal Glasmuseum de Leerdam, aux Pays-Bas, complètent ce parcours en pointillé à travers deux siècles de verre wallon.

À Liège même, la première Semaine de l’Art nouveau se tiendra du 6 au 14 juin 2026, sous l’égide du Réseau européen d’Art nouveau. Conférences, visites et animations sont par ailleurs programmées au Grand Curtius tout au long de l’exposition. L’après-midi festive Viv(r)e la Belle Époque, prévue le 29 août, invitera notamment le public à revenir en costume dans les salles du musée.

Infos pratiques

Japonisme et Art nouveau. Bicentenaire du Val Saint-Lambert. Du 17 avril au 27 septembre 2026. Grand Curtius, Féronstrée 136, 4000 Liège. Ouvert du lundi au dimanche de 10 h à 18 h, fermé le mardi. Entrée exposition : 8 euros ; combiné avec les collections permanentes : 10 euros ; gratuit pour les moins de 26 ans et les détenteurs du MuseumPassMusées. Toutes les informations sur grandcurtius.be.

Photo de couverture : © Ville de Liege/Grand Curtius

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