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Delphine de Vigan notre intimité numérique

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Rédaction Eventail

17 April 2026

Romancière parmi les plus lues en France, Delphine de Vigan hante les zones sensibles de notre époque, la marque des grands écrivains. Le succès de ses romans comme No et moi ou Rien ne s’oppose à la nuit l’atteste. Et si aujourd’hui elle nous interpelle sur ce que nos téléphones disent de nous, c’est qu’elle doit avoir une excellente raison. Par Nicky Depasse

L’Éventail – À quel moment avez-vous compris que le smartphone était le journal intime de notre époque ?
Delphine de Vigan – Quand je me suis penchée sur la question de savoir comment une jeune femme de vingt-neuf ans utilisait son téléphone portable. Il n’y a évidemment aucun doute sur le fait que le gsm soit entré dans nos vies, mais ce qui me frappe, c’est toute l’intimité et les traces de nos vies qu’il contient.

– On se surprend à regarder son propre téléphone en lisant votre livre.
– C’est ce que j’ai moi-même fait avant de l’écrire. Je suis d’une génération qui a vécu dans l’avant numérique, j’ai connu une vie tout à fait déconnectée. Donc, je pense ne pas être la seule à me rendre compte de la place que nos téléphones ont pris dans notre vie, et à m’interroger.

– Cela a-t-il changé votre rapport personnel avec votre portable ?
– Cela m’a rendue plus vigilante par rapport à tous ces petits moments où on l’empoigne sans véritable raison. On a beaucoup de mal, aujourd’hui, à attendre en ne faisant rien, par exemple dans une salle d’attente ou dans les transports en commun. C’est curieux de voir les gens faire défiler un site sans y prêter vraiment attention, comme si on ne pouvait plus se regarder les uns les autres.

– Cela vous a-t-il confrontée à vos propres contradictions face au numérique ?
– J’essaie de profiter du positif que la technologie nous apporte. J’écoute beaucoup de podcasts en marchant, en voyageant. C’est une toute nouvelle façon d’apprendre, de se cultiver en bénéficiant d’une offre immense. Mais je me rends compte que l’utilisation de ce téléphone a grignoté mon temps de lecture, qu’il faut savoir se déconnecter. J’essaie de prendre de nouvelles habitudes, comme faire mes courses sans prendre mon téléphone. Il faut être capable de l’abandonner pendant une heure en se disant que ce n’est pas un drame, que nous avons vécu une époque où il n’existait pas. Cela permet aussi de prendre de la distance avec ce flux d’informations présenté de manière très anxiogène, quand ce n’est pas carrément mensonger. Être au monde, c’est aussi accepter de se mettre à l’abri.

– Pensez-vous que le numérique ait transformé notre rapport à l’intime ? Toute notre vie, notre téléphone peut révéler des secrets.
– Avant, on pouvait jeter les traces de nos relations intimes, empêcher les regards indiscrets ou non autorisés. Des traces qui pouvaient être éparpillées. Aujourd’hui, elles sont toutes concentrées dans ce petit objet et, bien souvent, nous n’avons plus conscience de leur présence. Mais lui, il les garde toutes en mémoire depuis le début.

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Je suis romane Monnier

Un soir, Romane Monnier laisse son téléphone à un inconnu rencontré dans un bar, puis disparaît. En fouillant ses mes- sages, photos et notes vocales, Thomas tente de comprendre qui elle est vraiment. Mais plus il avance, plus le portrait se brouille : souvenirs fragmentés, identités floues, indices trom- peurs… et la sensation troublante de poursuivre une ombre.
Je suis Romane Monnier, par Delphine de Vigan, Éd. Gallimard, janvier 2026, 336 p., 22€

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Réunissant plus de 200 oeuvres, dont des sculptures maniéristes inspirées de Michel-Ange ainsi que des pièces contemporaines signées Joseph Beuys, Bruce Nauman ou Giuseppe Penone, ce face-à-face au sommet des deux “divins artistes” nous offre, à quatre siècles de distance, un fantastique condensé de toute la sculpture occidentale.

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