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50 ans du métro : le musée souterrain de Bruxelles

ArtArt en plein airArt publicBruxelles

Martin Boonen

18 September 2026

Le 20 septembre 1976, le roi Baudouin inaugurait la première ligne de métro de Bruxelles. Un demi-siècle plus tard, les 69 stations de métro et de prémétro abritent plus de 100 œuvres, formant une spectaculaire galerie d’art souterraine que des dizaines de milliers de voyageurs traversent chaque jour sans toujours la voir.

Il y a cinquante ans, Bruxelles descendait sous terre. C’était un lundi de septembre, et la fête était grande : seize stations inaugurées le même jour, l’accès gratuit jusqu’à minuit, du théâtre de rue aux abords des bouches de métro, et Toots Thielemans qui avait composé pour l’occasion une chanson intitulée Metro. Le roi Baudouin, premier passager officiel, prit place à De Brouckère en direction de Beaulieu, s’arrêtant à chaque commune pour saluer les bourgmestres. À Hankar, la rame s’immobilisa plus longuement : Roger Somville y travaillait encore à sa fresque.

1968- VISITE TRAVAUX DU METRO PLACE MADOU

Notre Temps — c’est le titre de l’œuvre — court sur les murs latéraux, remonte vers le plafond, traverse le grand mur-pont tendu au-dessus du passage des voitures. Réalisée à l’acrylique sur béton avec l’aide de six élèves, elle déploie une vision du monde en tension entre aspiration à la paix et aptitude à la violence. Un motard évoque la vitesse, une trouée orange centrale matérialise physiquement l’arrivée des rames, des zones bleues rejettent des créatures enflammées dans un espace pictural d’une dynamique saisissante. Somville, cofondateur du groupe Forces Murales en 1947, posait là les fondations d’un projet culturel qui ne se démentira jamais.

Dès 1969, une décision politique

L’idée ne naquit pas en 1976. C’est Alfred Bertrand, ministre des Communications, qui avant même l’inauguration du prémétro en décembre 1969, avait posé le principe : les stations accueilleraient des œuvres permanentes. Conscients que ces infrastructures souterraines pouvaient vite virer au sinistre, les décideurs misèrent sur des matériaux nobles — marbre, céramiques colorées — et sur l’art vivant. L’objectif était double : offrir à des artistes belges une visibilité exceptionnelle et permettre à des dizaines de milliers de voyageurs de côtoyer l’art contemporain sans franchir les portes d’un musée.

01/1968- TRAVAUX METRO ET TUNNEL RUE DE LA LOI ET CINQUANTENAIRE

Pour piloter cette politique, une commission artistique fut constituée avant même l’ouverture du premier tunnel. Sans statut figé ni mandat limité dans le temps, elle réunissait des représentants de la STIB, un délégué du ministre, des spécialistes de l’art contemporain et des membres du Service Spécial d’Études. Les deux premiers contrats, signés en 1972, allèrent à Roger Dudant et Marc Mendelson pour la station Parc, dont les installations furent achevées en 1974. L’institution a évolué avec les réformes institutionnelles : la Commission Artistique des Infrastructures de Déplacement lui succéda en 1990, avant qu’un pôle d’expertise « Art dans l’espace public » ne prenne le relais en 2008. Depuis 2015, la Cellule Art & Architecture de Bruxelles Mobilité et de la STIB assure la sélection, l’installation, la promotion et la maintenance des œuvres.

Un panorama de l’art belge du XXe siècle

Ce que le réseau a constitué au fil des décennies tient du tour de force. Plus de 100 œuvres pérennes décorent aujourd’hui quais, salles de guichets et couloirs. Peinture, sculpture, photographie, vitraux : tous les médiums y sont représentés, de la toile au bronze, du bois au verre sérigraphié. Chaque station offre une ambiance distincte, parfois radicalement étrangère à celle du couloir précédent.

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À la Bourse, Pol Bury a suspendu en 1976 soixante-quinze cylindres en acier inoxydable au plafond : ils se meuvent lentement, changeant d’aspect selon l’angle et la lumière. Deux ans plus tard, Paul Delvaux y ajouta ses Nos Vieux Trams Bruxellois, trams du passé traversant l’espace mental du peintre surréaliste. À Comte de Flandre, Paul Van Hoeydonck a transformé le plafond en planétarium en y suspendant seize mannequins de bronze — 16 x Icarus, 1981. À Roodebeek, Luc Peire joue sur la géométrie avec l’inox et le verre sérigraphié. À Alma, Lucien et Simone Kroll ont conçu en 1982 une station-œuvre totale, forêt de colonnes et de souvenirs surréalistes. À Aumale, Jean-Paul Laenen a tapissé 600 mètres carrés de noir et blanc photographique sur la vie du quartier.

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SCHEIN Françoise $

La liste est longue, et elle continue de s’écrire. En 1988, le Studio Hergé inaugurait à Stockel, terminus est de la ligne 1, une fresque représentant plus de 140 personnages des Aventures de Tintin. Les esquisses avaient été réalisées par l’auteur lui-même, juste avant sa mort. La station est devenue un lieu de pèlerinage pour les amateurs de bande dessinée du monde entier. En 1993, Françoise Schein incrustait au Parvis de Saint-Gilles la Déclaration universelle des Droits de l’Homme en céramique. La même année, François Schuiten faisait surgir à la Porte de Hal une ville futuriste intégrant de vrais fragments de trams d’époque.

Maelbeek, 9 h 11

Le 22 mars 2016, à 9 h 11, une bombe explose dans une rame quittant la station Maelbeek. L’attentat, coordonné avec le double attentat de l’aéroport de Zaventem survenu un peu plus d’une heure plus tôt, fait 32 morts et plus de 340 blessés. Seize personnes meurent pour le seul métro. Une partie de la décoration de Benoît Van Innis disparaît dans le souffle de l’explosion. L’artiste revient en 2016 et remplace ce qui fut détruit par un grand olivier, symbole de paix, accompagné d’un poème de Federico García Lorca. Chaque année, la station ferme temporairement le temps des commémorations.

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Le 22 mars 2016, à 9 h 11, une bombe explose dans une rame quittant la station Maelbeek. L’attentat, coordonné avec le double attentat de l’aéroport de Zaventem survenu un peu plus d’une heure plus tôt, fait 32 morts et plus de 340 blessés. Seize personnes meurent pour le seul métro. Une partie de la décoration de Benoît Van Innis disparaît dans le souffle de l’explosion. L’artiste revient en 2016 et remplace ce qui fut détruit par un grand olivier, symbole de paix, accompagné d’un poème de Federico García Lorca. Chaque année, la station ferme temporairement le temps des commémorations.

Cinquante ans, et une semaine pour fêter

Pour marquer le jubilé, la STIB et Bruxelles Mobilité organisent une semaine d’animations du 14 au 20 septembre 2026. Le réseau sera gratuit toute la journée du 20 septembre, qui coïncide cette année avec la Journée sans voiture — faisant de Bruxelles la plus grande zone sans voiture d’Europe le temps de la journée. Le programme associe opéra avec le Théâtre royal de La Monnaie, street art, live painting et concerts à bord des rames.

SCHUITEN François $

Trois expositions, accessibles gratuitement jusqu’au 31 décembre, retracent l’histoire du réseau et ses œuvres : onze panneaux à Botanique, cinquante photographies dans dix-huit stations, et à l’Espace QARTIER de la Bourse, une exposition d’archives incluant les lauréats d’un appel à créations autour du « métro imaginaire ». Des visites guidées consacrées aux œuvres d’art des stations seront proposées dans le cadre des Journées du Patrimoine des 19 et 20 septembre, au départ de Schuman et de la Bourse. Le dépôt Jacques Brel, à Molenbeek, ouvrira exceptionnellement ses portes le 20 septembre, permettant de découvrir les coulisses de l’exploitation et de s’installer aux commandes d’une rame.

Le matin du 20 septembre, une plaque commémorative sera inaugurée à la station De Brouckère, là même d’où le roi Baudouin était parti il y a cinquante ans. Une cérémonie permettra également de revivre une partie du trajet inaugural de 1976. Une manière de renouer avec le geste fondateur d’un musée que la ville n’a jamais tout à fait fini de construire.

Marek Halter : « L’antisémitisme ne va vraiment jamais disparaître »

Livres

Le prolifique Marek Halter compare son 39e livre à une parabole. « Le Juif, c’est l’histoire de Jean-David Dupuis qui n’était pas juif. Sauf que, enfant, il a été circoncis pour raisons médicales. » Depuis l’école, bien que de confession catholique, Jean-David devient juif malgré lui, par le regard des autres. Le malentendu lui colle à la peau. Adulte, il dirige la cellule « Europe de l’Est » du ministère des Affaires étrangères. Comme on l’accuse d’être juif, on lui dérobe dans le train une valise contenant des documents secrets… Marek Halter, jamais en peine d’imagination, mêle à cette quête d’identité une affaire d’espionnage sur fond de terrorisme. Rencontre.

Advertentie

Dans l'atelier de Sharon Van Overmeiren

Foires & Expositions

L’artiste anversoise nous reçoit dans son atelier à Zaventem. En croisant des références issues de la culture populaire et de l’histoire des formes, elle interroge la manière dont les images se chargent de sens, et comment ce sens évolue selon les cultures et le temps. À l’occasion de Collectible Brussels, plateforme dédiée à la découverte du meilleur du design contemporain à collectionner, Sharon Van Overmeiren sera présentée par Studio LOHO, avec une collaboration autour de formes en céramique sorties de leurs archives.

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