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Dans l'atelier de Xie Lei

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Manok Dedoncker

23 January 2026

Lauréat du prix Marcel-Duchamp 2025, Xie Lei (°1983) sera présenté par la galerie Meessen lors de la BRAFA. Dans son atelier parisien, le peintre français mêle héritage chinois et influences occidentales, créant des œuvres où le visible et l’invisible se superposent, avec des couleurs délicates et une force silencieuse qui saisit le regard et l’émotion.

L’Éventail – Quand on entre dans votre atelier, on ressent une atmosphère. Dans quelle ambiance aimez-vous créer ?
Xie Lei – J’ai besoin de calme absolu, de solitude. Et de la nature, toujours ! Quand je me suis installé ici il y a quinze ans, j’ai immédiatement voulu créer un jardin. Je le vois à travers une baie vitrée pendant que je travaille. J’y ai planté des bambous Moso, qui étendent maintenant leurs rhizomes, des pivoines, des arbousiers et des agapanthes. À chaque saison ou presque, je change les plantes vivaces pour alterner les couleurs.

– Quel est votre premier geste en arrivant, avant même de toucher une toile ?
 Je prépare un thé, en général un thé vert. Ma région natale, l’Anhui en Chine, est connue pour ses thés verts, notamment le Houkui, aux grandes feuilles aplaties et nervurées. Ce thé est aussi porteur de belles légendes. Ce moment est essentiel : je m’assieds devant la toile, je respire, je réfléchis aux prochaines étapes.

– Existe-t-il un rituel que vous faites dans votre atelier, uniquement pour le plaisir ?
 Le mot “rituel” me parle beaucoup, alors que j’utilise très peu le mot “inspiration”. Il y en a deux : la corde à sauter, d’une part. J’aime cette sensation qui m’épuise, me fait tourner, presque m’envoler, comme en flamenco. Elle me donne de la force pour aborder la peinture. Et le jardinage : un moment de silence, comme dans la peinture, qui me détache et m’éloigne de tout.

– Dans votre atelier, y a-t-il un objet qui vous accompagne depuis longtemps, auquel vous ne pourriez renoncer ?
 Oui, un petit tableau que j’ai peint à New York, en 2009, pendant mon échange à Hunter College. Pour moi, c’est un tableau raté. Il y a beaucoup de doutes, mais aussi un rappel : il contient des potentialités, des ouvertures. C’est pour cela qu’il est toujours là, dans un coin de l’atelier.

– Quelle forme d’art nourrit également votre travail ?
 Je vais encore évoquer la danse flamenco, que j’apprends depuis quatre ans. Ce n’est pas le pathos qui m’attire, mais la tension, la sensation de lévitation dans les mouvements. Ce sont toujours des moments intenses, cristallisés.

– Votre œuvre semble se situer entre deux mondes. Comment vivez-vous cette tension dans votre quotidien créatif ?
 Je n’ai jamais réfléchi à cette question… Cela se glisse dans des fragments du quotidien. Je suis à la fois très conscient de tout cela et, en même temps, habité par une profonde interrogation silencieuse sur la peinture.

– Quels artistes aimeriez-vous inviter dans votre atelier ? Et autour de quel repas ?
 Les peintres Diego Velázquez et Francisco de Zurbarán. Je leur préparerais une fondue chinoise bien épicée, comme je l’apprécie. J’aimerais bien la partager, surtout avec eux.

– Quel est le moment où vous savez qu’une toile est véritablement terminée ?
 C’est une grande question, difficile à définir. C’est la toile, elle seule, qui peut me le dire. Il s’agit d’une relation très intime, sincère, presque comme avec une personne. C’est elle, ou lui, c’est nous qui pouvons dire que tout est accompli – Alles ist vollbracht.

– Vous serez présenté à la BRAFA avec la galerie Meessen. Quel sentiment aimeriez-vous provoquer chez celles et ceux qui découvriront votre travail ?
 J’ai un très beau souvenir de la BRAFA : Olivier Meessen y avait présenté ma première tapisserie. Les collectionneurs qui l’ont acquise sont devenus des amis, et ils me soutiennent toujours, notamment pour le prix Marcel-Duchamp. Ensuite, quand l’œuvre est achevée et exposée, c’est elle qui parle. C’est elle qui crée une émotion, un dialogue avec les spectateurs.

– Quelle question aimeriez-vous que l’on vous pose, et que l’on ne vous pose jamais ?
 Aucune. C’est plutôt moi qui me pose des questions…

Photos : © Esmire & Erwan. Courtesy of Semiose, Paris

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