L’Éventail – Pourquoi redonner vie à Milady, ce personnage complexe et redouté d’Alexandre Dumas ?
Adélaïde de Clermont-Tonnerre – Tout d’abord à cause de ma fascination pour lui et sa trilogie des Trois Mousquetaires ; ensuite, à cause d’une très tardive indignation par rapport au sort de Milady. À l’âge de douze ans, quand je découvre cette série de livres, je n’ai aucune empathie pour elle : c’est une criminelle perverse, qui mérite ce qui lui arrive ! Mais une fois devenue femme et mère, lorsque j’ai entendu dire dans un résumé de ce livre : “Milady, cette perverse qui, à l’âge de quinze ans, a détourné un prêtre du droit chemin”, je me suis dit qu’on ne pouvait pas, aujourd’hui, tolérer encore cela ! J’ai donc voulu raconter l’histoire de ce personnage de fiction, condamné sans procès par des hommes dont deux avaient été l’amant, sans toutefois dénigrer Dumas. Car on ne peut pas juger une époque révolue à l’aune des valeurs de notre société actuelle.
– Que lui avez-vous apporté dans cette réincarnation ?
– Tout le monde connaît Milady sans la connaître. C’est la femme fatale, très belle et très attirante. Je me suis demandé comment on devient la plus célèbre “méchante” de la littérature française. Je lui ai donné une enfance, des sentiments, de la chair pour la faire sortir de la caricature et lui conférer la complexité d’une femme réelle. Je n’en fais pas une sainte, il ne s’agit pas de l’innocenter : elle est violente, commet des crimes, mais j’explique pourquoi elle en est arrivée là.
– Y voyez-vous une résonance avec ce que les femmes vivent aujourd’hui ?
– Au moment où elle est jugée par ces hommes, on se rend compte que Milady a été victime d’une première tentative de meurtre. Quand son mari, le comte de La Fère, comprend qu’elle n’est pas la jeune fille pure qu’il croyait, il la met à nu et la pend dans un accès de rage terrible. Elle survit miraculeusement à ce féminicide commis par celui qui va devenir le mousquetaire Athos. Celui-ci commet un crime de possession, furieux de savoir que sa femme avait “appartenu” à un autre. Toutefois, en écrivant ce livre, je traverse les siècles, car aujourd’hui cette situation est encore vécue dans beaucoup de pays.
– Le cardinal de Richelieu est une figure historique puissante. Que retirez-vous de l’avoir mis en scène ?
– Il a été décrit par Alexandre Dumas comme quelqu’un de retors et de mal intentionné. Or, c’était un très grand homme, le fondateur de l’État français, le créateur de l’Académie française et un grand mécène. Je suis allée chercher de nombreux éléments historiques pour restaurer un portrait qui avait été mis à mal.

Loin de la traîtresse créée sous la plume d’Alexandre Dumas, Anne de Breuil, marquée par un XVIIe siècle cruel, devient une héroïne assoiffée de liberté. Façon ouvrage de cape et épée, balayé par un souffle féministe sans excès, ce roman d’aventures mêle vengeance, émotion et style flamboyant. De la campagne française aux cours royales de France et d’Angleterre, Milady est une survivante indomptable et une mère tourmentée dans un monde d’hommes.
Par Adélaïde de Clermont-Tonnerre, Éd. Grasset, août 2025, 475 p., 24 €
Photo de couverture : © JF PAGA
Livre
Je voulais vivre
Auteur
Adélaïde de Clermont-Tonnerre
Éditeur
Grasset
Sortie
Août 2025
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