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Noël dans les Dolomites

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Éric Jansen

20 December 2025

En février prochain, Cortina d’Ampezzo accueillera une partie des compétitions des Jeux olympiques d’hiver. L’occasion d’en savoir plus sur la station de ski italienne, à laquelle Servane Giol a consacré un magnifique ouvrage. Pour en parler, elle nous a reçus sur place.

Depuis son mariage avec Giovanni Giol en 1999 et leur installation dans le magnifique palais familial sur le Grand Canal, Servane n’a de cesse de promouvoir son pays d’adoption. Après avoir vanté dans un très beau livre la beauté des intérieurs vénitiens, le savoir-faire encore vivant des artisans de la lagune et un art de vivre préservé malgré les hordes de touristes, elle a enchaîné avec un second ouvrage dédié cette fois à Cortina d’Ampezzo, la station de ski où se rendent tous les Vénitiens chics dès les premiers frimas et où elle a aussi une maison avec son mari. “Nous en avons hérité à la mort de sa grand-mère, il y a huit ans, et nous l’avons entièrement redécorée. Nous adorons venir ici avec nos quatre enfants.” Il faut dire que le village niché au creux du cirque des Dolomites a beaucoup de charme. “Ce n’est pas Gstaad ou Saint-Moritz, mais ici a été préservée une douceur de vivre et, je dois dire, une certaine élégance sans ostentation.”

Clin d’oeil au passé de Cortina, Servane a installé dans le jardin une ancienne télécabine. © Éric Jansen

On en a la confirmation en feuilletant son livre où chaque page donne une envie immédiate de faire le voyage. “L’histoire de Cortina commence à la fin du XIXe et au début du XXe siècle avec l’arrivée du gotha et de l’aristocratie, explique Servane. Parmi les figures emblématiques, il y a le roi Albert Ier des Belges qui était un passionné d’alpinisme. Il venait régulièrement à Cortina et sa fille Marie-José épousera en 1930 le prince Umberto de Savoie… La villa Regina Margarita, le refuge Duca d’Aosta, l’hôtel Savoia témoignent encore de cette époque.” La guerre met, bien sûr, entre parenthèses le prestige de la station mais dans les années 1950, Cortina est à nouveau la destination à la mode.

© Éric Jansen

© Éric Jansen

© Éric Jansen

© Éric Jansen

“La grande bourgeoisie arrive, avec les entrepreneurs italiens qui font fortune, et un événement majeur qui va bouleverser l’architecture du village : les Jeux olympiques de 1956. Avant, les maisons empruntaient au style tyrolien – il ne faut pas oublier que l’Autriche a occupé cette région jusqu’en 1915 – mais les Jeux font souffler un vent de modernité. De grands hôtels ouvrent, comme le Miramonti et le Cristallo, où Blake Edwards tournera La Panthère rose en 1963. Des acteurs, des figures de la jet set deviennent des habitués. Les chalets laissent la place à des villas plus confortables, où se mêlent ciment et bois.” La maison que Servane occupe avec sa famille en est un exemple parfait. “Mon premier désir a été de modifier la façade, de la recouvrir de bois pour qu’elle ait un aspect plus rustique, mais impossible ! Ce style est rigoureusement protégé car il reflète une époque.”

© Éric Jansen

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Une époque qui appartient à présent à l’histoire de Cortina et qui trouve un écho avec l’arrivée, 70 ans plus tard, de nouveaux Jeux olympiques d’hiver. “Pour être précis, les compétitions sont réparties dans différents lieux : Milano, Bormio, Tesero, Predazzo… À Cortina, nous aurons les épreuves de bobsleigh, le curling, la descente de ski féminin”, précise celle qui est devenue très officiellement ambassadrice de la station. “Les organisateurs ont nommé vingt ambassadeurs pour promouvoir Cortina dans le monde. Je suis avec des anciens champions olympiques, des chefs étoilés… C’est assez impressionnant.” Mais totalement justifié quand on parcourt son livre, qui, comme celui consacré à Venise, met à l’honneur l’histoire, l’authenticité et le style de Cortina d’Ampezzo. “Sauf qu’à la différence de Venise, ici, il n’y avait pas vraiment d’archives, j’ai interviewé des dizaines de personnes âgées pour enregistrer cette mémoire vivante.” Depuis la publication de l’ouvrage, Servane a enchaîné les signatures dans toutes les grandes villes d’Italie et, avec la version anglaise, elle se prépare à le présenter à Londres et New York. “On parle aussi d’une version en allemand car le Tyrol est à une vingtaine de kilomètres…” Une ambassadrice hors pair, donc, qui sera aux premières loges dans sa maison face aux montagnes. “Je vois la piste de bobsleigh depuis ma terrasse !”

Si la demeure n’a pas l’allure d’un vieux chalet patiné, elle a pour elle d’autres atouts : cette grande terrasse, de larges baies vitrées et un ensoleillement qui donne de la gaieté aux pièces. Obligé de respecter la façade, le couple a, en revanche, pu modifier l’intérieur. “Pour cela, nous avons fait appel à l’architecte Alberto Torsello, que nous connaissions de Venise. Avec lui, nous avons repensé la circulation et la disposition des pièces, afin que ce soit confortable, fluide, facile à vivre.” Pour la décoration, Servane et son mari optent pour un style contemporain, mais subtilement mâtiné de références aux années 1950-1960 : porte en bois dans l’esprit de ce que faisait Carlo Scarpa, table basse de Gio Ponti, meuble-bar de Paolo Buffa… Des clins d’œil pour initiés que le visiteur remarque, confortablement installé dans un long canapé façon Kagan, face à la cheminée dessinée par Alberto Torsello.

Un garde-manger du xviie siècle reconverti en vestiaire.

© Éric Jansen

Cette ambiance moderne a aussi permis à Servane d’accrocher aux murs des œuvres signées David MurphyUlla von BrandenburgSean Scully ou encore Günther Uecker. Un intérêt pour les artistes de notre époque qui correspond plus à son goût qu’à celui de son mari… “Giovanni n’a pas une passion pour l’art contemporain, convient-elle en riant, mais c’est un très bon pianiste, il a été le directeur du conservatoire de Venise et il a créé le prix Giol qui récompense de jeunes pianistes.” Effectivement, un magnifique Steinway trône dans un coin du salon.

Dans l’escalier, un lustre des années 1950 réalisé à Murano. Au premier plan, un élément de traîneau, en bois peint.

© Éric Jansen

Pour les chambres, la décoration renoue avec les classiques de la montagne : des murs tapissés de bois, une touche de rouge et des objets anciens, comme ces fragments peints d’un meuble tyrolien. Mais c’est surtout à l’étage inférieur, dans le stube que la tradition reprend le dessus, avec un lustre typique de Cortina que l’on appelle un “luster”, des poufs recouverts de peau de vache et, sur le bar, une collection de timbales en cuivre. “Parfaites pour boire le vin chaud ou le Moscow Mule !” Inutile de préciser que l’après-ski est ici joyeusement célébré. “C’est la pièce préférée des enfants et de leurs amis. Au moment des vacances de Noël, nous sommes souvent une bonne vingtaine dans la maison et il nous arrive de transformer le garage en discothèque !” On imagine la future fête quand la flamme olympique arrivera à Cortina

The Queen of the Dolomites, Living in Cortina d’Ampezzo

The Queen of the Dolomites, Living in Cortina d’Ampezzo

Une visite somptueuse à travers les demeures privées, les châteaux, les hôtels, les traditions et les légendes de la ville italienne connue comme le joyau des Dolomites.

Cadre de nombreux films, de La Panthère rose à Rien que pour vos yeux, refuge d’écrivains tels que Hemingway et Montanelli, et havre de paix pour les célébrités internationales, Cortina d’Ampezzo retrouve toute sa magie alors qu’elle se prépare à co-accueillir les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de 2026. Découverte par les touristes, notamment les familles royales italienne et belge, au début du XXe siècle, Cortina a vu son attrait se répandre dans le monde entier, en partie grâce à l’organisation des Jeux olympiques d’hiver de 1956.

Cet ouvrage est un récit inédit et magnifiquement illustré consacré à la “reine des Dolomites”, né d’un amour pour son style inimitable, pour son histoire et pour la protection de ses espaces. Il s’agit d’un grand tour à travers les localités les plus belles et les moins connues de la vallée d’Ampezzo, avec un guide exceptionnel, l’auteur Servane Giol, qui nous emmène à la découverte de maisons privées, de châteaux, de malgas (refuges de montagne), d’hôtels, de traditions folkloriques, de légendes anciennes, d’exemples d’excellence dans le domaine de la gastronomie et des vins, et de recettes typiques de la région.

Divisé en deux chapitres, Été et Hiver, le livre présente des photographies de certains des endroits les plus exclusifs de cette magnifique vallée, y compris les “humbles” demeures de familles italiennes célèbres. La sensibilité contemporaine se mêle aux racines rustiques. Des cabanes lambrissées aux meubles peints de fleurs, en passant par les festins faits maison et les costumes traditionnels, cette publication cultive avec richesse les images, les odeurs, les saveurs, les textures et les sons de la vie dans la principale destination montagneuse d’Italie.

The Queen of the Dolomites, Living in Cortina d’Ampezzo, par Servane Giol, photos Mattia Aquila, Éd. Marsilio Arte, décembre 2024, 304 p., 65€.

Photo de couverture : La vue de la maison embrasse les Dolomites. © Éric Jansen

« L’agent secret », un anti-héros au Brésil

Cinéma

Dans son dernier film, “L’agent secret”, Kleber Mendonça Filho suit un universitaire veuf sous la dictature brésilienne. Le réalisateur tisse un florilège d’intrigues mystérieuses où l’humour noir côtoie la violence urbaine. Un film, long, ample, sinueux, teinté de surprises hallucinantes, drolatiques, choquantes. Kleber Mendonça Filho traque son anti-héros, mêle les moments d’un passé douloureux toujours vivace et ceux d’un présent jamais serein, toujours (un peu) sur le qui-vive. Rencontre avec le cinéaste brésilien au Festival de Cannes*.

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Le Creuset : le centenaire d’une marque aux origines belges

Maison & Décoration

Fondée par deux artisans belges, la marque iconique de cocottes en fonte Le Creuset célèbre son centenaire. Dans un monde où la consommation rapide règne, son modèle artisanal, lent et durable, séduit par sa constance. Mais derrière l’image d’un patrimoine immuable, une stratégie marketing redoutablement efficace orchestre une désirabilité construite, permettant à un produit low-tech et inusable de continuer à croître sur le plan économique.

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