François Didisheim
21 April 2026
Pendant plus d’un siècle, le Memlinc a incarné une certaine idée de Knokke-Heist. Une élégance naturelle et sans prétention, une fidélité presque inébranlable au lieu, et ce supplément d’âme qui lui permettait de traverser les décennies sans rien perdre de son charme. Le bâtiment de style anglo-normand, situé sur la place « M’as-tu-vu », faisait partie intégrante du patrimoine affectif et architectural de la station balnéaire. Car le Memlinc, ce n’était pas seulement des chambres. C’était une ambiance, un point de rencontre chaleureux. On y croisait des artistes, des familles installées depuis des générations, des habitués qui semblaient ici chez eux. Et parfois des noms qui dépassaient largement la digue : le millionnaire américain John D. Rockefeller, le chanteur britannique Tom Jones, Édith Piaf, Joséphine Baker ou encore l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le bâtiment avait été réquisitionné par les nazis et transformé en hôpital militaire. À travers toutes ces périodes, il était resté entre les mains de la famille Deklerck.
En 2025, après cent deux ans de présence, la troisième génération tourne la page. La fermeture de l’hôtel provoque un véritable choc à Knokke-Heist. Le bien est vendu à un promoteur gantois pour une somme difficile à refuser, avec un projet ambitieux : transformer l’institution en un ensemble résidentiel haut de gamme composé de dix-sept appartements, deux espaces commerciaux et un parking de plus de cent places. L’idée affichée était de préserver l’empreinte du lieu, classé tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, tout en commercialisant des appartements à des prix avoisinant les trente mille euros le mètre carré. Transformer sans dénaturer : un défi de taille. Et comme souvent, la réalité résiste aux intentions.
Les travaux de démolition sont à l’arrêt depuis le début du mois de janvier. Cette suspension a été ordonnée par la commune après la constatation d’une infraction majeure aux permis de construire. © DR
Le bâtiment bénéficie d’une protection patrimoniale partielle mais suffisante pour imposer des règles strictes. La façade, les éléments structurels, la mémoire visible constituaient autant de lignes rouges à ne pas franchir. Pourtant, dès le lancement du chantier, certaines démolitions ont dépassé le cadre autorisé. Trop vite, trop loin. La commune de Knokke-Heist a ordonné l’arrêt immédiat des travaux au début du mois de janvier, exigeant la reconstruction à l’identique des parties détruites à tort. Le promoteur reconnaît une « erreur de jugement ». Depuis, le dossier est suspendu. Experts, juristes et autorités s’activent autour d’une question simple en apparence mais redoutable dans les faits : que faut-il reconstruire pour rester fidèle à ce qui a été détruit ? Peut-on réparer une mémoire à coups de permis et de plans techniques ?
Le Memlinc se retrouve dans un entre-deux fascinant. Ni tout à fait passé, ni encore futur. Un chantier à l’arrêt, mais toujours un symbole en mouvement. Derrière ce dossier se joue une tension très contemporaine : faut-il préserver ou optimiser ? Faut-il garder l’esprit originel ou maximiser la valeur ? Les deux objectifs avancent rarement au même rythme. Le Memlinc, lui, attend. Silencieux, mais toujours au centre du jeu. Une chose est sûre : à Knokke-Heist, même les chantiers savent se faire remarquer. Certains, visiblement, n’ont jamais quitté la « Place m’as-tu-vu ».
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Article inspiré par la newsletter de Lobby du 17 avril 2026 écrite par Françoise Wallyn et François Didisheim, fondateur de Lobby. Retrouvez la revue des cercles du pouvoir, ici
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