Agnès Zamboni
15 August 2026
Positionnée de manière stratégique à l’avant du pont principal, la passerelle permet une visibilité dégagée pour le capitaine et l’équipage, tout en laissant une vue entièrement ouverte à l’armateur et aux invités, situés sur le pont supérieur. © Eric Laignel
Kenshō déploie une longueur de plus de 75 mètres et une coque en acier. Pour sa construction, c’est le chantier Admiral (appartenant à The Italian Sea Group) qui a été choisi. La hauteur de tête des ponts, culminant à 2,7 mètres, est une particularité de ce yacht. © Giuliano Sargentini
“Ce chantier d’exception a mobilisé notre énergie pendant trois années complètes”, révèlent les architectes et designers Patrick Jouin et Sanijt Manku. L’équipe de conception a aussi intégré les compétences d’Azure Yacht Design et archineers.berlin, accompagnés sur les aspects techniques par Technical Marine UK et Trappmann Consulting. Pour passer du rêve, quasi utopique, à la réalité, le dépassement des limites techniques s’est conjugué à un esprit de conception, capable de réinventer une nouvelle vision du yacht de luxe. Le propriétaire souhaitait exprimer “un sentiment d’apaisement, d’élévation de l’âme pour communier avec les éléments naturels et la mer”.
Ken Shō, littéralement en japonais “voir la nature”, se traduit ici par éveil, illumination ou conscience de soi, accomplissement de sa propre nature. “Conçu comme la doublure d’un costume sur mesure : une combinaison de forme, de fonction et de sensualité”, ce bateau, tel un écrin délicat, protège un espace modulable et ouvert, où chaque pièce possède son identité, tout en dessinant un ensemble harmonieux. C’est “un bateau unique allant au-delà des standards de l’industrie et des pratiques habituelles, afin d’offrir une expérience maritime en mouvement”, précisent Patrick Jouin et Sanijt Manku.
Hauteur sous plafond de 2,7 mètres, timonerie positionnée plus bas pour libérer de précieuses vues vers l’avant et les ponts supérieurs, Kenshō donne la priorité à l’espace et aux perspectives, offrant des vues à couper le souffle qui vont de l’horizon, à l’arrière, à travers toute la largeur du bateau et jusqu’au pont avant. C’est à ce niveau que se déploient les salons, arrière et avant, qui bénéficient également de vues sur bâbord et tribord. Les ponts extérieurs fusionnent avec l’intérieur, formant trois espaces communicants, comme un tout, esquissant une expérience spatiale inédite. Le pont principal accueille un salon pleine largeur et une suite principale dotée de larges ouvertures. Le mobilier flexible permet d’adapter les volumes aux occupants et à leurs multiples activités.
La salle à manger se compose de deux tables que l’on peut utiliser séparément ou réunir pour accueillir jusqu’à douze convives. Au plafond, un lustre cristallin mêle tous les états du verre et ses transparences, aspect dépoli et bullé © Eric Laignel
L’ensemble du pont supérieur a été conçu comme un grand espace ouvert divisé en trois chapitres : le salon à une extrémité, le séjour à l’autre, et une galerie qui les relie. Au plafond, un décor abstrait, en relief, évoquant les cartes de navigation. Au sol, une moquette en soie décline la même idée. © Eric Laignel
Au niveau du pont inférieur, le salon principal de 85 m2 s’ouvre entièrement sur le pont arrière, formant un volume en enfilade et une continuité pour se déplacer librement sur toute la largeur du bateau. Le pont avant est accessible depuis le niveau inférieur. Le généreux salon est relié à la salle à manger, située à l’arrière du pont principal, par une vaste galerie. Elle s’ouvre directement sur le pont extérieur permettant de prolonger les moments de réception. Dotée notamment d’une bibliothèque et de cabinets de curiosité, cette pièce se transforme en espace polyvalent en journée. Dans des armoires vitrées, une collection de souvenirs de voyage, des pièces d’art, des objets d’histoire allant d’un ancien instrument de navigation à un vase d’archéologie sous-marine, trésor d’épave, en passant par une sculpture en verre signée Daum, évoquant un corail.
Cette pièce à vivre et musée privé se prolonge par des armoires de rangement jumelles et s’étire jusqu’à une crédence en onyx. La suite du maître des lieux, quant à elle, est conçue comme un loft, développant une profondeur de 13 mètres, rythmé en quatre espaces interconnectés avec des vues latérales. Le dressing, espace de transition entre la salle de bains et le salon, prolonge ce dernier, grâce à des portes coulissantes qui s’escamotent et libèrent les volumes. Tandis que les cabines des invités bénéficient de généreuses fenêtres.
La salle à manger se compose de deux tables que l’on peut utiliser séparément ou réunir pour accueillir jusqu’à douze convives. Au plafond, un lustre cristallin mêle tous les états du verre et ses transparences, aspect dépoli et bullé © Eric Laignel
Le salon principal, espace multifonctions, intègre des zones de lecture et de repos. © Eric Laignel
Les matériaux nobles triomphent, comme le teck “sauvage” embelli par une finition mate, courbé par la chaleur et la pression, accentuant sa résistance et évoquant les formes fluides des arbres. La sensualité de la soie blanc cassé, le cuir à la teinte cognac fumé, mais aussi le verre et sa magie de “liquide figé”, la pierre sculptée et la pureté du marbre s’associent, en osmose. Le jeu subtil des matières, habillant le salon de la suite principale, met en relief la force du teck nautique. La douceur de la soie délicate nappe le plafond et les murs, et rencontre la magie du verre. Elle s’associe aux formes organiques arrondies d’un mobilier aux proportions parfaitement maîtrisées.
Les zones de communication ont, elles aussi, reçu un traitement de faveur. Elles sont habillées de teck sculpté et d’œuvres en cuir gravé, réalisées par l’artiste britannique Helen Amy Murray, dans une palette chromatique douce, faisant écho aux tonalités que l’on retrouve dans chacun des espaces du navire. Les poignées de portes en bronze moulé évoquent les formes sculpturales du corail. Intégrées dans un petit médaillon métallique, elles sont recouvertes d’onyx, une véritable expérience sensorielle et tactile.
Le pont supérieur compose une ode à la vie tournée vers la mer, offrant des vues inédites à la façon d’un voilier, grâce à des baies panoramiques tout hauteur. © Eric Laignel
Entre soie et bois, la chambre de la suite principale, d’inspiration zen, met en évidence un artisanat contemporain, teinté de légendes asiatiques. © Eric Laignel
Dans la salle de bains attenante à la suite principale, le veinage du marbre Borghini Carrara de la baignoire monobloc évoque les lignes sensuelles de la calligraphie japonaise. © Eric Laignel
L’influence de l’Asie se déploie à travers le yacht. Les portes coulissantes de la chambre de la suite principale présentent une composition graphique épurée évoquant l’œuvre d’Hokusai. En métal, elles sont l’œuvre de l’artiste ferronnier Steaven Richard qui utilise une technique ancienne de patine sur laiton texturé, avec un procédé de chauffe et de réactions chimiques générant les couleurs. Leur décor fait écho au motif de la tête de lit en soie, tissée sur mesure. La salle de bains attenante est personnalisée par une baignoire taillée dans un bloc de marbre, provenant de la montagne du littoral italien où le bateau a été construit.
Les plafonds restituent l’émerveillement des lanternes asiatiques. Les murs de la salle à manger habillés de maille métallique, tissée à la main par Sophie Mallebranche et enchâssée dans un verre ondulé éclairé par l’arrière, deviennent lumineux. Les tableaux ont été sélectionnés et commandés auprès d’artistes du monde entier, chaque pièce choisie spécialement pour tel ou tel espace. Les plasticiens Bernard Frize, Patricia Reinhart, Dirk De Bruycker, Michel Pérez Pollo, Jean-Baptiste Bernadet, Paul Jenkins, James Hyde et Alicia Viebrock ont contribué à affirmer la beauté intrinsèque du lieu.
Photo de couverture : © Giuliano Sargentini
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