Virginie Draelants

26 March 2022

29THOCTOBER - Terra Maxi - grand sac argenté - 655€ (2)

De tout temps, l’être humain s’est vêtu de peaux animales, retournées, pelées, tannées ou non. Autant pour se prémunir du  froid, que pour se protéger du rayonnement UV ou se parer, tout simplement. Ce fut sans aucun doute le premier type de vêtement. Puis sont venues les techniques de tissage – manuelles, mécaniques… qui ont permis au textile de sérieusement concurrencer le cuir. Mais celui-ci n’a jamais disparu, conservant au gré des modes son capital de séduction, en mode noir et rock ou naturel et chic.

Cuirs de récup’

Pas une pièce du vestiaire qui ne puisse être taillée dans le cuir : pantalons, jupes, robes, chemises aux impératifs écologiques et durables. On veut du cuir, certes, mais de l’éthique. Les grandes maisons, qui l’ont bien compris, multiplient les efforts pour proposer des pièces vertueuses, au tannage végétal, moins gourmand en eau et dénué de chrome. Le cuir lui-même est récupéré de l’industrie alimentaire. Mais il y a plus !

YUSO, Daphné Red bag, 399€ © DR

YUSO, Daphné Red bag, 399€ © DR

Grâce à sa résistance, le cuir peut – et doit – avoir plusieurs vies. Les grandes maisons – Hermès, Loewe, Delvaux, Vuitton… – s’y emploient. Dans leur sillage, des marques plus confidentielles, mais non moins ambitieuses, récupèrent les chutes dans les stocks d’invendus, permettant de les valoriser. C’est le cas de Gaëlle van der Haegen, fondatrice de Yuso. « Depuis toujours, je suis antigaspi ! Quand j’ai lancé ma marque de cuir, j’ai voulu le faire dans une optique durable. J’ai découvert un maroquinier qui avait d’énormes chutes qui ne servaient plus : j’avais devant moi une très belle matière disponible, autant l’utiliser ! » Petit à petit, Gaëlle a élargi ses sources d’approvisionnement, sans dévier de son approche raisonnée. « Je me suis mise à racheter les surplus des maisons de couture françaises, italiennes, allemandes… Le cuir dure quasi une vie et s’inscrit parfaitement dans une économie circulaire. Ce que j’aime, c’est la possibilité de le retailler plusieurs fois et l’idée de transmission. » C’est dans un atelier de maroquinerie bruxellois que les sacs Yuso prennent vie, sous les mains d’un artisan chevronné. Cet upcycling de haut vol, orchestré dans le respect de l’artisanat et de l’environnement, donne naissance à des modèles uniques, dont les cuirs ne sont jamais identiques.

Avec le « Surplus Project », Loewe crée des sacs uniquement à partir de chutes de cuir issues de ses précédentes collections. © LOEWE

Avec le « Surplus Project », Loewe crée des sacs uniquement à partir de chutes de cuir issues de ses précédentes collections. © LOEWE

Aujourd’hui, la plupart des maisons valorisent leurs chutes de cuir et proposent un service réfection pour prolonger la vie de leurs créations. Loewe célèbre pour son tressage de cuir dit « Intrecciato« , lance le « Surplus Project », à base de cuir recyclé, « une nouvelle façon de repenser et réutiliser les chutes ultra-qualitatives des précédentes collections ».

LOEWE, Cabas Surplus Small en cuir, 1 700 € © DR

LOEWE, Cabas Surplus Small en cuir, 1 700 € © DR

Les bandes de cuir tressées iconiques se prêtent particulièrement bien à cet exercice qui ne nécessite pas de grandes pièces de cuir. Chez Patou, le directeur artistique Guillaume Henry a puisé dans les stocks dormants de cuir de veau pour créer le sac Le Patou.

29THOCTOBER, Camelia doré, 1575€ © DR

29THOCTOBER, Camelia doré, 1575€ © DR

Tannage végétal

La griffe familiale belge 29TH|OCTOBER, fondée en 1992, a fait sa spécialité du cuir au tannage végétal, travaillé façon seconde peau. Lucie Gulcu et son frère Benjamin ont repris le flambeau parental voici deux ans. « À la différence du tannage classique, le nôtre se fait sans métaux lourds, sur des cuirs provenant de tanneries certifiées ISO (bio & végétal) et uniquement avec des pigments naturels. Lorsque les peaux arrivent – d’Espagne ou d’Italie – tout le processus se fait en interne, dans nos ateliers, de manière artisanale », détaille Lucie. La marque crée notamment des vêtements en cuir, daim et peau lainée d’une souplesse et d’une douceur merveilleuses. Taillés façon haute couture, dans un réel souci du détail et avec deux collections par an. « Lorsque le dessin est validé, on développe le produit avec nos patronniers pour donner du volume à la pièce. Puis on confectionne une toile qui est coupée dans la matière finale. Toutes les finitions sont réalisées à la main. »

Veja, baskets Suede V-10, Rose pâle, 125€ © DR

Veja, baskets Suede V-10, Rose pâle, 125€ © DR

Côté chaussures, Veja fait figure de pionnier. Le cuir utilisé dans la fabrication de leurs sneakers est tanné selon un processus respectueux de l’environnement avec des extraits d’acacia. Le coton, 100 % bio, provient de Tauà, au Brésil. Mais certaines marques poussent le curseur plus loin et expérimentent les cuirs végétaux ou vegan, à base de fruits – ananas, citron, pomme, mangue… – ou de champignons (le « muskin »). Parfaitement écologique et biodégradable.

29THOCTOBER, manteau en cuir vegan, 945€ © DR

29THOCTOBER, manteau en cuir vegan, 945€ © DR

Si l’ADN de 29TH|OCTOBER reste le cuir véritable, la maison vient de lancer une capsule « Timeless ». « Nous voulions proposer une alternative au cuir, explique Lucie Gulcu. Nous avons choisi le cactus Nopal, qui vient de plantations pérennes au Mexique, qu’on mélange à du coton. Le travail n’a rien à voir avec celui du cuir : ici, on procède comme pour un tissu. »

Saucony, baskets shadow 6000, 169 € © DR

Saucony, baskets shadow 6000, 169 € © DR

Alter (dur à) cuir

Le cuir vegan désigne donc les alternatives non-issues d’animaux et qui ne contiennent aucun produit testé sur eux. C’est le cas de la marque française de maroquinerie Wwow, qui produits des accessoires à partir de « Piñatex » (résidus d’ananas), tout comme Camille Vegan Bags, Ashoka Paris. Le succès de Veja et des marques cruelty free a poussé Adidas, Puma, Nike et Saucony à sauter à pieds dans la tendance. Preuve que la technicité et l’écologie peuvent marcher côte-à-côte. Et que le cuir vegan n’est pas aussi fragile qu’on le dit parfois.

Stella McCartney, Cabas Stella Logo, 695 € © DR

Stella McCartney, Cabas Stella Logo, 695 € © DR

Mais dans ce domaine, la pionnière reste la fashion designer Stella McCartney. Diplômée de Central Saint Martins, elle a auparavant grandi à bonne école auprès de ses parents Paul et Linda, écologistes convaincus, installés dans leur ferme de Kintyre, en Ecosse, à une époque où personne n’était végétarien, et encore moins végétalien ! Ses sacs et souliers en alter-cuir (de champignon, notamment) ont fait sa réputation. Car proposer du faux cuir et de la fausse fourrure n’a de sens que si l’on bannit les synthétiques issus de la pétrochimie. Fidèle à ses convictions, la créatrice a réussi à bousculer les mentalités et à fédérer une partie de l’industrie de la mode.

En couverture : 29THOCTOBER, grand sac argenté, Terra Maxi, 655€

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