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Affaires de famille

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Patrick Weber

30 December 2025

histoires de famille

La sordide affaire Andrew a placé Charles III et la “firme” Windsor dans une situation de crise. En Norvège, le procès de Marius, le fils de la Princesse héritière fait trembler la couronne. Ces ouragans mettent-ils les trônes en danger ? Comme souvent, l’histoire nous apporte de précieuses leçons.

Il faut avant tout parler du concept monarchique. Dans “famille royale”, il y a d’abord le mot “famille”. Or, l’arbre généalogique peut se révéler une question délicate pour les dynasties. Au lendemain de la Révolution de 1789, Louis-Philippe d’Orléans, dit “Philippe Égalité”, l’ancêtre de l’actuel comte de Paris, vota la mort de son cousin le roi Louis XVI. On pourrait parler aussi des trahisons du frère de Louis XIII ou des complots de Marie de Médicis. L’histoire regorge de querelles familiales. On gagne toujours à envisager l’histoire dans son contexte et à ne pas juger le passé avec notre regard contemporain. En Belgique, l’exemple de Léopold II, dont on ne finit plus de débattre du bien-fondé de la présence de la statue dans l’espace public, est le plus parlant. Pour rappel, on a célébré en 1965 les cent ans de la disparition du Souverain, puis, en 2009, les cent ans de de l’accession au trône d’Albert Ier, mais un silence assourdissant a accompagné le souvenir du deuxième roi des Belges. S’agit-il de gêne ou d’oubli ?

De son vivant, Léopold II n’a jamais été très populaire. Le Souverain a été craint, admiré mais rarement aimé, que ce fût par sa famille ou son peuple. Pour autant, si le Roi a fait l’objet de nombreuses attaques, il a aussi suscité des ouvrages beaucoup plus laudateurs. Longtemps, son image a été associée à l’âge d’or du royaume. Au premier plan de ses réalisation apparaissait le Congo, qui avait offert un empire colonial africain au petit royaume européen qu’est la Belgique. Au tournant des années 1960, quand sonna l’heure des indépendances, Léopold ne fut considéré ni comme le premier coupable, ni comme le premier accusé. Dans les années qui suivirent, le récit royal fit passer l’image du colonisateur au second plan. On louait le bâtisseur, l’homme qui avait changé le visage de son royaume à la faveur de la révolution industrielle et de la grande prospérité qui en découla. Ce n’est qu’après le 100e anniversaire de sa mort que les polémiques ont pris de l’ampleur.

Dans son parcours conquérant, Léopold II peut être comparé à d’autres dirigeants et chefs d’État de son époque : la reine Victoria, Napoléon III et ses successeurs de la Troisième République ou encore l’Allemand Otto von Bismarck, pour ne citer qu’eux. Mais alors, pourquoi la reine Victoria échappe-t-elle au jugement sévère de l’histoire, alors que son règne correspond à des exactions coloniales sans précédent ? Assurément parce que la Souveraine apparaissait au second plan en terme d’action, derrière son personnel politique. Son cousin Léopold II a bâti son empire africain contre tous (ou presque) et par sa seule volonté. Sa politique, son ambition, son jeu personnel de souverain d’une jeune nation au sein d’une Europe dominante, et son absence de scrupules ont été jugés de manière de plus en plus sévère. Ainsi l’opinion publique est-elle passée d’un extrême à l’autre. Du roi génial au roi “génocidaire”, les termes sont forts et, comme souvent, excessifs. Léopold II ni fut ni un saint ni un monstre. En faire un condensé de tous les dictateurs les plus sanguinaires de l’histoire se révèle intellectuellement malhonnête. Il faut remettre le personnage dans son contexte et sortir des affrontements réducteurs. Et oser un mot qui devient de plus en plus inaudible dans notre monde régi par les algorithmes : la nuance.

Photo de couverture : © DR

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