Christophe Vachaudez
15 June 2026
Bien en amont des festivités, les souverains avaient inauguré une exposition au palais consacrée au déroulé de cette union qui a marqué le royaume… de nombreuses photos et des objets souvenirs ont ramené Silvia et Carl-Gustaf un demi-siècle plus tôt ! Et que de chemin parcouru ! Beaucoup pensent que ce mariage a sauvé la monarchie et ils n’ont pas tort. Cette bergère s’est vite imposée comme l’atout charme des Bernadotte, devenant au fil des ans une reine exemplaire, à la popularité intacte.
À l’époque, on qualifie d’éteint et de tristounet l’héritier du trône, orphelin de père et de mère, et successeur désigné de son aïeul qui règne depuis plus de trente ans. Il y a bien les princesses Margaretha, Birgitta, Désirée et Christina qui animent la vie de cour mais le pays n’a plus de reine depuis 1965. Cette rencontre s’avère donc plus qu’importante.
© Clement Morin/Kungl Hovstaterna
Mais qui est Silvia ? D’origine allemande, la jeune fille est née à Heidelberg et a suivi des cours d’interprétariat à Munich. À partir de 1971, elle intègre le comité d’accueil des Jeux Olympiques, poste qu’elle conservera jusqu’en 1973 avant d’être nommée chef du protocole à ceux d’Innsbruck. Durant l’été 1972, Silvia croise les pas de Carl-Gustaf, venu assister aux Jeux olympiques. À 26 ans, le prince a tout du jeune premier mais sa timidité le paralyse. Il franchit finalement le pas mais réalise vite les difficultés qui l’attendent. Semés d’embûches, les premiers temps semblent décourageants mais l’idylle prend forme.
Quelques mois plus tard, le roi Gustav VI Adolf, grand-père de l’intéressé, meurt le 15 septembre 1973 et la succession s’avère compliquée. La monarchie suédoise traverse une période d’incertitude. Fraîchement couronné, Carl-Gustaf n’oublie pas Silvia mais il veut s’assurer qu’elle accepte pleinement le rôle qui l’attend. Soutenu par ses quatre sœurs aînées, il se déclare enfin et les fiançailles sont annoncées officiellement le 12 mars 1976.
© Clement Morin/Kungl Hovstaterna
Le mariage est prévu le 19 juin 1976 et la cathédrale de Stockholm renoue avec les heures heureuses. Les Suédois réservent un accueil triomphal à leur nouvelle reine. Silvia a choisi une robe simplissime qui ganse sa silhouette parfaite et a coiffé le diadème aux camées, hérité de l’impératrice Joséphine. Même le groupe ABBA se joint à la liesse nationale en composant en son honneur leur célèbre titre Dancing Queen qu’il interprète devant le gotha la veille de la cérémonie.
À cette occasion, la reine Silvia fait la connaissance des souverains luxembourgeois, du roi Baudouin et de la reine Fabiola, avec qui elle sympathise instantanément. Le roi Olav de Norvège, la reine Margrethe II de Danemark, et sa mère la reine Ingrid, tante du marié, sont venus en voisins, assister à la première union d’un monarque régnant depuis 1797 ! D’emblée, Silvia conquiert tout le monde !
DD.MM. Konungen och Drottningen med den Kungl. Familjen under firandet av Kungaparets 50-åriga bröllopsdag, lördagen den 13 juni 2026.
Brillante linguiste, la reine qui possède déjà l’anglais, le français et l’espagnol parle aussi le portugais puisque sa mère Alice est brésilienne, et l’allemand, comme de bien entendu. Elle s’initie depuis des mois au suédois et ne ménage pas ses efforts pour s’adapter d’autant que les médias suivent de près ses faits et gestes.
Et rien n’a changé au fil de ces cinquante dernières années. Silvia et Carl-Gustaf bénéficient toujours d’un capital sympathie impressionnant et il semblait donc normal que les Suédois s’associent à ces noces d’or qui ont été intégralement retransmises à la télévision.
© Clement Morin/Kungl Hovstaterna
Comme souvent en Suède, le programme a débuté par un Te Deum qui avait pour cadre la chapelle du palais. On comptait certes moins d’invités royaux que pour le jubilé du roi mais on pouvait tout de même reconnaître le roi Harald et la reine Sonja de Norvège, la princesse Benedikte de Danemark, la princesse Takamado du Japon, le duc Hubertus de Saxe-Cobourg-Gotha et son épouse Kelly, le prince et la princesse Leopold de Bavière, le prince et la princesse Alexandre de Serbie, le prince et la princesse Philip de Serbie, le prince et la princesse Richard de Sayn-Wittgenstein-Berleburg, la princesse Cristina de Suède, sœur du roi, et son époux, mais aussi la princesse Margareta, sœur aînée du souverain, aujourd’hui âgée de 91 ans.
© Clement Morin/Kungl Hovstaterna
Le couple royal a ensuite embarqué à bord de la barge royale cabotant parmi les îles de l’archipel, saluant la foule massée sur le parcours, tout comme il y a cinquante ans. C’est ensuite une calèche qui accueillera Carl-Gustaf et Silvia, heureux de sillonner les rues de la capitale pavoisée, sous les vivats. Un concert en plein air ayant pour thème l’amour embrasera le Kungsträdgården de Stockholm dans l’après-midi avant que les souverains, entourés de leurs enfants et de leurs petits-enfants, soient les invités d’honneur d’une soirée à l’opéra.
© Clement Morin/Kungl Hovstaterna
On notait une seule absente de marque, la princesse Estelle, en séjour linguistique à l’étranger. Tous portaient l’insigne imaginé pour se souvenir de cette journée unique. Mais une seule personne était autorisée à épingler la médaille des Séraphins, une distinction rarissime instaurée en 1748 que le roi avait tenu à conférer à son épouse, en hommage au travail accompli durant ce demi-siècle, un témoignage de respect, d’amour et de reconnaissance de son roi à sa reine !
Photo de couverture : © Clement Morin/Kungl Hovstaterna