À Los Angeles, deux lycéens — le fan de skateboard AJ et la passionnée de surf Kristen — vont vivre une intense histoire d’amour. Avant qu’un cancer ne vienne tout briser…
– Eventail.be – Comment avez-vous pris connaissance de l’album d’AJ Dungo ?
– Phuong Mai Nguyen – Je l’ai lu à sa sortie, au Festival d’Angoulême, en 2019. L’album a fait un peu parler de lui parce qu’il a eu le prix Fnac BD-France Inter. Je venais tout juste de finir ma série d’animation Culottées, coréalisée avec Charlotte Cambon, tirée de la BD de Pénélope Bagieu. Par la suite, j’ai acheté la BD juste par curiosité parce qu’elle m’avait fait un effet un peu cathartique. Elle réveillait beaucoup d’émotions que j’avais mises sous le tapis. Je n’avais pas forcément eu l’intention de l’adapter. Ma productrice Priscille Bertin, qui avait eu les droits de la BD, m’a proposé de la réaliser. D’abord, je pensais ne pas être la bonne personne : je ne connais rien du surf, je ne suis pas américaine, mais la BD était aussi une manière d’exprimer un peu ma peur parce qu’AJ Dungo raconte beaucoup de choses intimes. Il y avait une sorte de responsabilité de l’adapter. En termes de mise en scène et d’envies artistiques, j’avais envie qu’AJ Dungo et moi soyons sur la même longueur d’onde. In Waves est aussi une histoire d’amour. J’étais aussi ravie que le récit soit coécrit par deux scénaristes, en couple dans la vie. Ils ont peut-être rajouté des choses personnelles dans le scénario.
– Avez-vous voulu être fidèle au dessin de l’illustrateur ?
– Un dessin et un graphisme étaient déjà installés. Par fainéantise, j’ai commencé par dessiner comme l’auteur. C’était compliqué parce que le style est faussement simple. Et pour capter cette simplicité-là, il fallait être AJ Dungo, il fallait être dans sa tête. Et je ne l’étais pas. Et donc, automatiquement, j’ai arrêté d’être fainéante. Du coup, j’ai commencé un peu à accomplir des choses plus complexes, qui me ressemblent plus aussi. AJ Dungo utilise beaucoup le contour de traits dessinés, les visages sont souvent très minimalistes, très simplifiés. Les personnages, souvent cadrés de dos, regardent l’océan. J’ai eu envie d’aller plutôt sur un langage assez cinématographique : on peut se permettre de se faire des close-ups sur un visage, sur une main… Quelque chose d’un peu plus animé et, surtout, plus immersif, plus sensoriel. Parce qu’on va jouer sur la matière, sur la lumière de l’eau, sur la texture des bulles…
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– Les jeunes personnages américains ont des origines différentes…
– C’est voulu. Moi-même, je suis française d’origine vietnamienne. Arrivée en France à l’âge de 15 ans, j’ai emmené le bagage culturel vietnamien avec moi. Et c’était aussi le cas d’AJ Dungo : ses parents philippins sont venus au Canada et puis aux États-Unis. Il a grandi à Los Angeles. Ma connexion avec l’auteur vient aussi du fait qu’on a un peu cette double culture très ancrée en nous. J’avais tendance à réprimer cette partie-là de moi, à effacer cette double identité. Et en fait, non. Du coup, je trouvais important de remettre cet aspect en avant parce que, en fait, on n’avait pas à avoir honte de cette double culture-là. Voir tous ces jeunes d’origines multiples est très positif. La diversité apporte des choses très créatives. Au moment où on avait commencé le film, il n’y avait pas encore l’ampleur de cette répression du gouvernement américain actuel. Tout d’un coup, parler de cela a du sens.
– Vous passez du noir et blanc à la couleur.
– En fait, la BD contient deux monochromes. La couleur sépia raconte l’historique du surf. Le bleu relate l’histoire personnelle de l’auteur. Ces deux mondes, ces deux histoires parallèles se confrontent et racontent aussi autre chose. Dans le film, j’ai pensé à une troisième temporalité, celle du deuil, avec des couleurs un peu plus ternes, un peu plus délavées, un peu plus sombres, en référence à des tableaux romantiques où l’homme est face à la nature. L’idée était que le mouvement des vagues va nous permettre de voyager à travers ce récit et à travers cette triple temporalité.
– Vous faites l’éloge du surf à travers son histoire. Pour quelles raisons ?
– In Waves rend hommage à un aspect qu’on connaît moins, qu’on n’a pas vraiment l’habitude de voir. Quand on parle de surf, on a souvent cette idée du surfeur bronzé, californien, qui est là pour du show-off, qui fait la compétition, qui montre ses muscles… Le surf, dans toute son humilité, m’intéressait davantage dans sa façon d’accueillir la nature telle qu’elle est, et d’accepter également de faire partie de cette nature-là. J’aimais aussi pouvoir retransmettre cet univers à travers le film.
– In Waves raconte l’amitié puis l’amour quand on a 17 ans. Comment avez-vous pu vous identifier aux deux jeunes héros ?
– C’est magnifique quand l’amitié devient de l’amour quand on a 17 ans. Ce sont deux jeunes gentils, en fait. Il n’y a aucune violence dans mon film. Ça m’intéresse de montrer des gens, des relations de couple non violentes. Parce que, tout simplement, c’est ce que je vis dans mon quotidien et c’est ce qu’ont réellement vécu aussi AJ Dungo et Kristen. J’ai pu observer sa façon d’être avec les gens et sa copine actuelle. En fait, ce type de relation est une force qu’on ne met pas souvent en avant. Personnellement, j’ai peut-être trop vu de films et trop écouté de podcasts sur les violences entre hommes et femmes. J’ai eu un moment de saturation de ces histoires-là et peut-être que ma rencontre avec AJ Dungo et son histoire m’a donné une petite étincelle d’espoir de choses douces dans la vie qu’on peut apprécier encore. En tout cas, cette forme de non-violence était voulue dans le film, ce qui fait que tous les personnages sont doux.
Film
In Waves
Réalisation
Phuong Mai Nguyen
Distribution
Rio Vega, Lyna Khoudri, Paul Kircher, Birane Ba, Gauthier Battoue
Sortie
En salles mercredi 1er juillet 2026