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Baroque et contemporain

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Éric Jansen

14 April 2026

Basé à Londres, l’architecte d’intérieur Francis Sultana est né à Malte et a toujours gardé pour son île une tendresse particulière. Non seulement il y a restauré un palais du XVIe siècle, au cœur de La Valette, mais il en est devenu l’ambassadeur pour la culture.

On l’avait quitté à Capri il y a deux ans, lors de l’inauguration de l’hôtel La Palma qu’il avait entièrement redécoré. Un hymne à la dolce vita, en blanc et bleu, avec une touche de vert amande, et des œuvres commandées spécialement pour le lieu, comme ces magnifiques consoles émaillées de Giuseppe Ducrot ou ces fresques de Roberto Ruspoli. On le retrouve aujourd’hui sur une autre île, la sienne, car Francis Sultana y est né : Malte. “J’ai connu une enfance et une adolescence très heureuses à Gozo, la deuxième plus grande île de l’archipel maltais.” Ce qui ne l’empêchait pas de rêver d’être un jour décorateur, en feuilletant tous les mois le magazine The World of Interiors… À dix-neuf ans, il débarque à Londres et pousse la porte d’un galeriste, qui change son destin : David Gill a ouvert en 1987, à Chelsea, et il soutient de futurs grands noms des arts décoratifs, comme Garouste & Bonetti, Donald Judd, André Dubreuil ou encore Zaha Hadid.

© Rachel Smith

Auprès de ce pionnier du design “collectible”, dont il devient le partenaire à la ville, Francis Sultana se fait l’œil, s’enthousiasme à son tour pour la création contemporaine, tisse des relations privilégiées avec les designers et les clients. Au fil des années, il devient le directeur artistique de la galerie, puis son PDG. Mais il ne s’arrête pas là. En 2009, son expérience et sa créativité le poussent à fonder son studio, afin de réaliser ses propres chantiers de décoration. Son style se fait tout de suite remarquer. Francis Sultana ose les associations audacieuses, dans les couleurs, comme dans les formes ou les époques, et accorde une grande place aux œuvres d’art contemporain, un positionnement qui lui est naturel après avoir côtoyé à la galerie beaucoup de collectionneurs à la forte personnalité, comme la flamboyante Pauline Karpidas. Le résultat est souvent baroque, toujours fort et dynamique. Le minimalisme blanc et beige n’est pas sa cup of tea. Très naturellement, il en vient à concevoir ses propres meubles, souvent en bronze, qui eux non plus ne passent pas inaperçus : “Ils doivent être fabuleux à voir, surprenant au toucher, mais aussi fonctionnels”. Sa carrière décolle et les projets sont de plus en plus importants : maison historique dans la campagne anglaise, villa sur la Côte d’Azur, townhouse à New York, propriété au Moyen-Orient, ou encore le fameux hôtel à Capri.

Petit salon avec une touche orientale et une toile d’Aldo Mondino.

© Rachael Smith

Coup de foudre pour un palais inoccupé

Mais le décorateur, qui a fait de Londres son port d’attache, n’a jamais oublié ses racines maltaises et il est régulièrement revenu sur son île. “Nous avons visité beaucoup de choses avec David, et un jour de 2006 – je n’étais pas avec lui car j’étais en voyage – il m’a appelé pour me dire qu’il avait enfin trouvé quelque chose d’exceptionnel et qu’il avait fait une offre ! Je l’ai rejoint, un peu inquiet, mais j’ai eu aussi un coup de foudre. Le palais était resté inoccupé depuis la Seconde Guerre mondiale. La ville avait alors connu de nombreux bombardements. Il y avait beaucoup de travaux à prévoir, mais j’ai vu immédiatement ce que j’allais en faire.” À un détail près : il ignorait qu’il lui faudrait cinq ans pour mener ce projet à son terme…

Au-dessus du canapé dessiné par Francis Sultana, de grandes lithographies de Francis Bacon dynamisent la pièce. La paire de lampes est de Garouste & Bonetti. © Rachael Smith

© Rachael Smith

Le palais du xvie siècle a une belle origine, il a été la demeure du chevalier Francesco de Torres, dont les armoiries ornent toujours le puits dans la cour de l’entrée. Francis Sultana l’a bien sûr restauré avec soin, retrouvant la beauté des volumes, la couleur de cette pierre si particulière, refaisant les sols et des éléments décoratifs rongés par le temps, mais il a aussi des envies de modification et la chose n’est pas aisée. “La Valette est classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1980.” Il s’entoure d’un architecte et d’artisans locaux pour montrer sa bonne volonté et faire les choses dans les règles. “L’idée était de trouver le juste équilibre entre tradition et modernité.”

Console de Mattia Bonetti, miroirs d’Oriel Harwood et toile de Secundino Hernandez.

© Rachael Smith

On s’en rend compte immédiatement la porte franchie. Pas de portrait de chevaliers de l’ordre de Malte ici, mais des œuvres d’art contemporain qui électrisent les lieux, à l’exemple de la sculpture lumineuse de Jason Rhoades. “Quand on reçoit à dîner, cela ne manque jamais d’animer la soirée…” Les tableaux sont aussi très présents, comme ces toiles d’Aldo Mondino, Secundino Hernández, Djordje Ozbolt, Francesco Clemente ou ces grandes lithographies de Francis Bacon. Pour le mobilier, Francis Sultana a privilégié un designer de la galerie qu’il aime particulièrement : Mattia Bonetti. La maison rassemble une vingtaine de ses pièces, dont la plupart ont été spécialement commandées pour l’endroit. Elles dialoguent harmonieusement, dans un même esprit baroque avec d’autres, signées André Dubreuil, Oriel Harwood ou encore Jorge Pardo, mais aussi et surtout avec ses propres créations : consoles, canapé, tables basses, lampes, chevets, lit… Francis Sultana a mis un peu de lui à chaque étage. Ces pièces de design cohabitent avec des banquettes recouvertes d’ikats, une touche orientaliste, qui rappelle le passé et le brassage de cultures qu’a connu Malte.

© Rachael Smith

© Rachael Smith

Dialogue entre histoire et modernité

Un escalier majestueux conduit aux salons, à la salle à manger et à la bibliothèque, tandis qu’un autre, en colimaçon, plus confidentiel, mène à des suites, rappelant la façon de vivre du chevalier… “Ces palais étaient des garçonnières conçues pour une seule personne et son personnel.” Au fil des étages, on retrouve partout cette volonté de faire dialoguer bâti- ment historique et modernité. Ici, une installation lumineuse d’Olafur Eliasson, là des poutres anciennes transformées en œuvre in situ de Daniel Buren… Ce qui n’empêche pas Francis Sultana de décorer les murs de sa salle à manger de croix et de tours maltaises dorées sur fond bleu. “L’idée m’est venue en voyant l’architrave de la porte en calcaire sculpté. Je me suis inspiré d’un mur de la co-cathédrale Saint-Jean.”

On imagine que la restauration et l’aménagement du palais de Francis Sultana ont dû faire parler la société maltaise, mais cet exercice de style a apparemment convaincu, car l’homme était nommé en 2018 ambassadeur culturel de Malte. Il faut dire qu’il a parallèlement œuvré pendant huit ans pour la création d’un musée d’art contemporain, le premier à Malte. Baptisé Micas, il a été inauguré en octobre 2024. “Je suis très heureux de voir Malte se projeter vers l’avenir et exister à présent sur la carte de l’art contemporain. Et la Biennale va renforcer cette image.”

francissultana.com

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