Solange Berger
17 March 2026
Tout belge possédant un jardin, même petit, l’a constaté : les changements climatiques ont un impact qui s’y ressent. Sécheresse, chaleur, pluie et vent rendent le travail des jardiniers, amateurs ou professionnels, plus complexe. À cela s’ajoutent les menaces sur les insectes, piliers d’un bon fonctionnement des écosystèmes, et l’apparition de nouvelles espèces qui occasionnent des dégâts parfois sévères.
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Si les questions de sécheresse existent depuis toujours de par le monde – certaines régions étant plus concernées que d’autres – nos contrées y sont confrontées de façon plus intense depuis une dizaine d’années. “Récemment, les premières grandes sécheresses qui ont marqué les esprits sont celles de 2018, 2019 et 2020. On a eu trois années consécutives avec un déficit important de pluie, note Guillaume Lobet, professeur à la Faculté des Bioingénieurs de l’UCLouvain et chercheur au Earth and Life Institute (ELI). L’effet fut cumulatif. Auparavant, les périodes de sécheresse étaient compensées par des périodes pluvieuses. Depuis quelques années, ces périodes de sécheresse ont augmenté en fréquence et en intensité. Il en va de même pour les périodes d’excès d’eau. En outre, la météo est difficile à prédire. On sait qu’il y aura des périodes de sécheresse et de pluies plus intenses et plus fréquentes, mais on ne sait pas quand elles se produiront.”
C’est pour cela qu’il faut créer des écosystèmes robustes, mieux à même de résister aux chocs. “Un des éléments clés est la diversité.” Dans le choix des arbres, des arbustes, des fleurs. Une biodiversité améliore la résilience face aux changements climatiques, à l’apparition de maladies ou encore à la propagation des ravageurs. “En cas de stress, comme une sécheresse par exemple, toutes les plantes ne seront pas affectées de la même façon. Il est possible que certaines années, des plantes ne résistent pas, mais la diversité empêche que toutes les plantes meurent en une fois. Il faut aussi être conscient qu’un jardin n’est pas un espace homogène. Certains zones sont plus chaudes, plus humides ; d’autres, à l’ombre. Les sols sont différents. Il importe de veiller, par exemple, à ne pas mettre des plantes qui ont besoin de beaucoup d’eau – et c’est le cas de certaines végétaux – dans des endroits secs”, souligne Guillaume Lobet qui évoque aussi l’idée du “jardin punk”, inspirée par le paysagiste français Éric Lenoir. “Il ne faut pas essayer de faire pousser des choses là où elles ne devraient pas pousser. Sinon le jardinier est parti pour se battre sans cesse et rectifier l’environnement de la plante afin qu’elle puisse s’épanouir.” La permaculture va dans le même sens en reproduisant l’écosystème naturel.
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Favoriser la diversité végétale se fait donc en plantant des espèces locales et adaptées. Grâce à la sélection humaine, certaines variétés végétales sont désormais capables de tolérer des périodes plus ou moins prolongées sans précipitations. Cela dit, il existe naturellement, chez nous, des plantes qui parviennent à résister dans des écosystèmes plus secs. “Il n’y pleut pas moins, mais les sols retiennent moins l’eau. C’est le cas, par exemple, des prairies calcaires en bord de Meuse.”
Certains jardiniers pourraient être tentés d’opter pour des plantes tropicales, plus adaptées à la sécheresse et à la chaleur. “Le problème, c’est leur résistance au gel, avertit le professeur. Peut-être qu’un jour on n’aura plus de gelées en Belgique. Mais ce n’est pas encore le cas, et il peut encore geler pendant la nuit très tard dans l’année. Ces espèces sont, en outre, parfois invasives”, poursuit le professeur, qui constate également la progression d’espèces remontant du Midi vers nos régions où il fait de plus en plus chaud. C’est notamment le cas de la vigne. Mais, là aussi, se pose le problème de la résistance au gel.
S’il importe de favoriser les plantes locales, encore faut-il opter pour des plantes résistantes. “Cette résistance passe notamment par les racines”, indique Guillaume Lobet, qui rappelle le principe de la photosynthèse. “Une plante doit faire de la photo-synthèse pour transformer le CO2 en sucre (son énergie) et en oxygène. La plante consomme pour cela de l’eau, mais cette eau ne fait que passer par la plante. Celle-ci la rejette ensuite, rafraîchissant l’atmosphère autour d’elle. C’est pour cela que les plantes sont essentielles dans les milieux de vie et qu’il est important d’avoir de la végétation en ville pour rafraîchir l’environnement. Le CO2 est capté par les pores des feuilles que la plante laisse ouverts. Que se passe-t-il quand elle manque d’eau ? La plante se dit qu’elle doit fermer ses pores. Elle arrête ainsi de faire de la photosynthèse. Elle ne produit plus sa propre énergie et va donc dépérir. Pour résister, la plante doit s’assurer un accès à l’eau. Elle va la trouver en profondeur. Cela nécessite un système racinaire développé. On le voit bien avec le gazon. Il est le premier à jaunir en cas de sécheresse car ses racines sont très courtes.”
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Certaines plantes disposent de racines plus profondes. “Il est toujours intéressant de demander conseil à un expert ou à un pépiniériste”, suggère Guillaume Lobet, qui pointe par ailleurs plusieurs facteurs qui vont empêcher un bon développement racinaire. L’arrosage tout d’abord. Une plante que l’on arrose trop souvent va avoir tendance à ne pas développer de bonnes racines. L’eau la rend paresseuse. Il faut laisser aux plantes leur propre capacité à développer de la résistance. Une exception : lors de la plantation. “La transplantation est un stress. Il faut éviter de soumettre la plante à plusieurs stress en même temps.”
Autre conseil : ne pas tailler, ou alors au bon moment. “Quand on coupe les feuilles, c’est également un stress pour la plante. En condition optimale, ce n’est pas un problème, mais en cas de sécheresse c’est un stress supplémentaire. Couper les feuilles revient aussi à couper la partie qui lui permet d’emmagasiner de l’énergie. Or la plante a besoin d’énergie pour vivre et développer ses racines, souligne encore Guillaume Lobet qui revient sur l’exemple du gazon. “Ce n’est pas seulement un désert de biodiversité et une monoculture ; il faut savoir qu’en plus, les tontes fréquentes l’empêchent de fleurir, ce qui en fait un véritable désert pour les pollinisateurs.”
Photo de couverture : © RENE NOTENBOMER
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