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Nutchel, le confort retrouvé de la sobriété

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Martin Boonen

09 April 2026

Au cœur de la forêt d’Anlier, les cabanes Nutchel proposent une expérience singulière : celle d’un glamping radical où l’absence d’électricité, de Wi-Fi et de superflu ouvre la voie à une reconnexion intime avec la nature, les proches et soi-même. Délicat assemblage des philosophies slow tourisme et du hygge scandinave, ce séjour en Ardenne questionne, mine de rien, notre rapport contemporain au confort et au luxe.

Il existe, à Martelange, à la frontière belgo-luxembourgeoise, un ancien camping municipal nommé Le Ranch, abandonné depuis près de vingt ans, que la nature avait lentement reconquis. C’est précisément là, au bord de la Sûre, dans l’un des plus grands massifs forestiers de Belgique, que Clémence Rousseau-Dumarcet et Bernard Van Laethem ont choisi d’implanter, en 2020, leur village forestier Nutchel Les Ardennes. Trente cabanes en bois, épurées et silencieuses, nichées dans un domaine que le Parc naturel de la Forêt d’Anlier enveloppe de ses sept mille hectares de hêtres.

Nutchel

Le projet Nutchel, né en 2018 d’abord sous forme de franchise en Flandre, repose sur un concept que ses fondateurs qualifient de « glamping radical« . Là où le glamping classique conserve le confort technologique dans un écrin de nature (yourtes connectées, bulles transparentes dotées du Wi-Fi, lodges safari équipés d’écrans), Nutchel opère un choix délibéré de soustraction. Pas d’électricité (ou presque) dans les cabanes. Pas de réfrigérateur, (remplacé par une glacière en bois alimentée d’accumulateurs de froid). Pas de Wi-Fi sur le domaine. L’éclairage se fait à la bougie et à des lampes à huile. Le chauffage repose sur un poêle à bois que les hôtes gèrent eux-mêmes. La devise de la marque, « Déconnecter pour mieux se reconnecter », résume bien l’esprit des lieux.

Nutchel

Cette approche s’inscrit dans un mouvement plus large, à la croisée du tourisme durable, de l’écotourisme et du slow tourisme. Les notions, précisons-le, ne sont pas interchangeables : le tourisme durable constitue le cadre le plus englobant, l’écotourisme y ajoute une dimension éducative et conservatoire en milieu naturel, et le slow tourisme privilégie le temps long, la mobilité douce et l’ancrage local. Nutchel emprunte à chacun de ces courants, mais s’en distingue par la radicalité de sa proposition. L’absence n’est pas vécue comme un défaut : elle est, au contraire, intentionnelle, structurelle, philosophique.

Nutchel

La démarche de l’entreprise relève par ailleurs de ce que l’on pourrait appeler un « upcycling territorial ». Nutchel identifie d’anciens sites touristiques tombés en désuétude, campings municipaux abandonnés ou villages vacances désaffectés, et les réhabilite en revégétalisant les sols et en y implantant ses constructions. Ce modèle, qui s’appuie sur des baux emphytéotiques négociés avec les collectivités locales et des financements mixtes public-privé, a permis l’ouverture de trois villages forestiers : les Ardennes belges en 2020, l’Alsace en 2021, et la Champagne, attendue pour juillet 2026, à Ervy-le-Châtel. D’autres projets européens sont en cours de développement.

Prendre le temps de ralentir

On arrive à Nutchel avec ses habitudes. On en repart avec des questions. Entre les deux, il y a une période d’adaptation que l’on n’avait pas anticipée et qui, paradoxalement, rend la suite du séjour d’autant plus savoureuse. Car c’est précisément parce qu’il faut apprivoiser les lieux que l’on finit par s’y sentir si bien.

Linds McCallb

Les cabanes sont propres, confortables, mais dépouillées de tout superflu. Tout est pensé pour être utile, tout est à sa place, rien ne déborde. Les ouvertures vitrées, surdimensionnées, offrent une immersion visuelle saisissante dans la forêt environnante : la nature y devient à la fois décor et actrice principale, spectacle permanent que l’on observe depuis l’intérieur comme depuis une loge de théâtre. En simple vitrage, ces baies laissent entrer la lumière naturelle en abondance, ce qui diminue la nécessité d’un éclairage artificiel. Elles déforcent aussi l’isolation thermique, rendant la gestion de la chaleur plus exigeante.

Nutchel

Car en hiver et en automne, le chauffage constitue le premier enjeu du séjour. Le petit poêle à bois fonctionne bien, mais son gabarit modeste ne lui confère pas une grande autonomie : il faut garder un œil dessus, le recharger régulièrement, et accepter que les matins de cœur d’hiver puissent piquer si l’on n’a pas sacrifié quelques minutes de sommeil pour l’alimenter. Ce n’est qu’ensuite que se pose la question de la lumière. Deux lampes à huile, une lanterne électrique portable, des guirlandes LED qui contribuent davantage à l’ambiance qu’à l’éclairage. On découvre avec une certaine admiration que des crochets ont été prévus à chaque endroit stratégique (cuisine, salle de bain) pour suspendre la lanterne. L’ingéniosité du design révèle à quel point l’expérience a été pensée dans ses moindres détails.

Nutchel

Mais voilà : une fois que l’on a compris le fonctionnement du poêle, trouvé son rythme avec les lampes à huile, organisé la glacière et repéré où accrocher la lanterne, quelque chose bascule : les contraintes deviennent des atouts. Le soir, la lumière tamisée des lampes à huile et des guirlandes enveloppe la cabane d’une douceur que n’offrira jamais un plafonnier. La chaleur du poêle, lorsqu’on l’a bien alimenté, irradie l’espace d’une tiédeur enveloppante qui invite à ralentir, à s’asseoir, à rester. La literie, confortable, fait le reste. On se surprend à ne plus chercher l’interrupteur.

Nutchel

Le bain nordique, maintenu à 38 degrés à toute heure du jour et de la nuit, achève de transformer l’adaptation en plaisir. On s’y glisse le matin dans la brume, le soir sous les étoiles ardennaises, et cette immersion en pleine nature, à la fois simple et intensément sensorielle, donne la mesure de ce que Nutchel propose. Il ne s’agit pas de renoncer au plaisir, mais de l’envisager différemment. Le confort est là, mais il n’est plus celui auquel on est accoutumé. Il est plus lent, plus tactile, plus conscient.

Laten we gaan Mijn liefde

Le catering, à base de produits locaux, se révèle très bon, avec notamment un ingénieux système de raclette à la bougie qui fonctionne remarquablement. On cuisine pour soi et les siens sur la gazinière, on dresse la table à la lumière douce, et le repas, aussi simple soit-il, a une autre saveur. Le pack expérience pour les enfants, qui permet de griller des marshmallows sur les braises du poêle, est un succès. D’une manière générale, les enfants trouvent leur compte dans ce cadre où l’activité principale reste la nature elle-même. Et l’on mesure, en les regardant jouer dehors sans écran, à quel point l’absence de distraction numérique libère une énergie que l’on croyait disparue.

Nutchel

On a tout ce dont on a besoin : allume-feu, bois d’allumage, bois de chauffage, accumulateurs de froid pour la glacière. On n’a jamais peur de manquer, et c’est sans doute cette certitude qui permet au confort de s’installer durablement. Le séjour minimum de deux nuits, imposé par Nutchel, prend alors tout son sens : la première nuit est celle de l’apprivoisement ; la seconde, celle où l’on profite vraiment. On comprend que la marque a calibré cette durée avec précision, pour que chaque hôte ait le temps de franchir le seuil entre l’inconfort initial et le bien-être qui suit.

Nutchel

Une nuance saisonnière s’impose toutefois. Au printemps et en été, la gestion de la température et de la lumière se fait plus douce, les journées s’allongent, et l’abondance de la végétation forme des barrières naturelles entre les cabanes, renforçant le sentiment d’isolement forestier. En automne et en hiver, cette végétation disparaît, les voisins deviennent plus visibles, et la proximité entre certaines cabanes (voire avec la route, en Ardenne) peut surprendre au regard de l’imaginaire de solitude que l’on s’était construit.

Nutchel et le hygge : une parenté intentionnelle

Le rapprochement avec le hygge danois s’impose de lui-même. Ce mot, issu de l’ancien norvégien, désigne un état d’esprit positif lié à une atmosphère intime et conviviale : bougies, poêle, matériaux naturels, déconnexion des écrans, repas simple partagé avec les proches, nature à la porte. Meik Wiking, directeur de l’Institut de recherche sur le bonheur à Copenhague, rappelle que sept Danois sur dix affirment que le bonheur se trouve dans leur foyer. Or, la liste des éléments d’une cabane Nutchel constitue une correspondance quasi terme à terme. Poêle à bois géré par les hôtes, éclairage aux bougies et lampes à huile, absence d’écrans et de Wi-Fi, matériaux bois et lin, cuisine préparée soi-même sur gazinière, bain nordique sous les étoiles, forêt à la porte. On ne peut pas allumer la télévision, on ne peut pas scroller, on est amené à se retrouver autour du poêle, à cuisiner ensemble, à jouer aux cartes.

Nutchel

L’esthétique même des cabanes, bois blond, lignes épurées, minimalisme chaleureux, est explicitement scandinave. Clémence Rousseau-Dumarcet parle de « déshabituer les gens à leurs réflexes » : une fois les réflexes urbains déposés, ce qui émerge ressemble bel et bien à du hygge. Du hygge « by design », en somme, qui rend accessible à un ceux qui n’ont pas la chance de profiter d’une cheminée, ou de la forêt au bout du jardin, une philosophie de vie nordique dont il n’avait peut-être jamais fait l’expérience.

L’Ardenne de Martelange : un écrin d’activités

Nutchel n’existe pas en vase clos. Le village de Martelange et ses environs offrent un éventail d’activités qui prolongent naturellement l’esprit du séjour. À commencer par la Passerelle des Oiseaux, gratuite et incontournable : une boucle de 6,6 kilomètres menant à une impressionnante passerelle suspendue en bois de 150 mètres surplombant la Sûre, jalonnée de panneaux didactiques sur la faune locale et ponctuée d’une tour d’observation panoramique sur la vallée. Le sentier s’enfonce ensuite dans la forêt d’Anlier, ce massif de sept mille hectares constitué à 85% de hêtres, seconde hêtraie de Belgique après la forêt de Soignes, où cerfs, chevreuils et sangliers vivent en liberté.

Nutchel

Pour les familles, le village propose également une chasse au trésor Totemus (un parcours d’énigmes de 4,5 kilomètres conçu par le conseil communal des enfants), une plaine de jeux de société géants en accès libre sur le site d’Im Wohr, un labyrinthe de la biodiversité à deux pas de la Maison du Parc naturel, et la ferme pédagogique de l’Arche de Lumaya à Radelange, avec ses cent animaux et ses ateliers de câlinothérapie.

À dix minutes en voiture, côté luxembourgeois, le Musée de l’Ardoise de Haut-Martelange constitue l’attraction phare de la région. On y descend jusqu’à 42 mètres sous terre dans le parcours souterrain “Johanna” (370 marches, accessible dès quatre ans, température constante de 8 à 9 degrés), et les familles peuvent s’essayer à l’Enigmo Trail, un jeu de piste en surface. En automne, la forêt d’Anlier offre le spectacle du brame du cerf, avec des sorties guidées nocturnes organisées par l’Office du Tourisme de Martelange. La Sûre, qui longe le site, permet aussi des excursions en canoë ou en kayak, notamment au départ de Wallendorf Pont côté luxembourgeois.

Dans un rayon plus large, Houtopia à Houffalize (à quarante minutes) séduit les plus jeunes avec ses 650 mètres carrés d’expériences sensorielles, tandis que le Parc Chlorophylle à Dochamps propose une passerelle de 200 mètres à la cime des arbres et un sentier pédagogique de deux kilomètres ponctué de trente-trois installations interactives. La Maison du Parc naturel Haute-Sûre Forêt d’Anlier, à Martelange même, distribue les itinéraires de randonnée, loue des VTT et organise des sorties saisonnières qui complètent l’offre avec paniers repas locaux et paniers brunch pour les pique-niques en forêt.

Repenser le luxe, redéfinir le confort

Pour apprécier pleinement un séjour chez Nutchel, il faut accepter de bousculer ses habitudes, de revoir ses standards, de repenser sa conception du confort. Mais le plus surprenant, c’est la vitesse à laquelle le corps et l’esprit s’ajustent. En quelques heures, ce que l’on percevait comme une contrainte devient un rythme. On ne cherche plus la connexion Wi-Fi : on regarde la forêt. On ne regrette pas le thermostat : on surveille le poêle avec une attention qui ressemble à du soin. On ne subit pas l’obscurité : on goûte la pénombre.

Nutchel

Nutchel participe, à sa manière, d’un questionnement sur ce que nous appelons luxe dans nos sociétés contemporaines. Le marché mondial du glamping, estimé à 3,45 milliards de dollars en 2024, avec une projection à plus de six milliards d’ici 2030, témoigne d’une demande structurelle d’immersion dans la nature, portée par une clientèle urbaine de 25 à 45 ans en quête de sens autant que de séjour. Nutchel, avec son concept de déconnexion radicale et sa réhabilitation de friches touristiques, occupe sur ce spectre un créneau singulier : ni le camping frugal, ni le resort habillé de nature, mais un entre-deux qui commence par déstabiliser et finit par envelopper.

Nutchel

En définitive, ce que propose Nutchel n’est pas une régression, mais un déplacement. Le luxe n’y réside pas dans l’accumulation, mais dans la soustraction. Le luxe n’y réside pas dans l’accumulation, mais dans la soustraction. Le confort n’y est pas immédiat : il s’apprivoise, et c’est ce petit temps de prise en main qui lui donne sa saveur. Mais qu’on ne s’y trompe pas : une fois appréhendé, ce confort-là a quelque chose de profondément doux. On quitte la forêt d’Anlier avec l’impression, rare, d’avoir été à la fois bousculé et choyé.

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