François Didisheim
24 February 2026
On l’a vu naître sur YouTube, webcam tremblante et imitations familiales au cordeau. Puis la vague a gonflé. Les vues se sont emballées. Et le gamin d’Erpent, près de Namur, a débarqué chez Yann Barthès, dans Quotidien, en marcel et en tongs, pour commenter l’actualité à coups de formules dont on se relève en riant… parfois jaune, souvent lucide. GuiHome, c’est l’art de sembler improviser ce qui est finement observé. Au Collège Notre-Dame de la Paix d’Erpent, il apprend le décalage social comme d’autres le latin. « Devoir s’adapter peut devenir une force », confie-t-il. Cette friction forge un personnage qui « se demande toujours ce qu’il fout là ». Bonne nouvelle : il y est très bien.
GuiHome et Angèle © Vincent Duterne/Photo News
L’hyperactivité créatrice de GuiHome se traduit par une diversification tous azimuts. Festival « Namur is a Joke », boîte de production, agence spécialisée dans l’image des entreprises sur les réseaux sociaux, comedy club, marque de textile, et même fabrication de gaufres namuroises (histoire de répondre à Liège et Bruxelles). L’entrepreneur a compris tôt que le talent est un actif volatil. Il diversifie, structure, s’entoure. « Je préfère sortir de ma zone de confort plutôt que de faire la même chose jusqu’à la fin », résume-t-il. Une stratégie plus qu’un slogan, qui lui vaut des salles pleines en Belgique, en France et au Québec.
En 2016, après les attentats de Bruxelles, une vidéo cumule neuf millions de vues. Une leçon d’humanisme, sans pathos : « On a une arme plus puissante que leurs kalachnikovs : l’humour. » La phrase claque encore. L’époque avait besoin d’un rire qui tienne debout. GuiHome l’a offert.
Il y a des créateurs qui signent des objets. Charles Kaisin, lui, signe des expériences. Architecte de formation, designer par instinct, metteur en scène par passion, il navigue entre les disciplines avec une aisance rare. Son credo : relier le luxe à l’utilité, l’esthétique à l’éthique, et la Belgique au monde.
© Bert Van Den Broucke/Photonews
Fervent admirateur de René Magritte, il revendique les strates, les décalages, les doubles lectures. Rien n’est frontal, tout est suggestion. Ses célèbres « Dîners surréalistes » en sont la démonstration la plus spectaculaire : de la Banqueting House à Londres au Palazzo Vecchio à Florence, chaque soirée devient une narration totale : scénographie, arts de la table, costumes, chef étoilé. Le couvert oscille entre mille et mille cinq cents euros par personne, certaines éditions privées dépassant ces montants. On n’achète pas seulement un dîner : on finance une scénographie proche de la production d’opéra.
Son obsession pour l’origami, apprise au Japon, dépasse la virtuosité technique. Plier, c’est structurer l’espace, accepter la contrainte pour créer la forme. On se souvient des milliers d’oiseaux suspendus dans les Galeries Saint-Hubert pendant la pandémie, des installations monumentales en soutien à l’Ukraine, des œuvres composées de milliers d’éléments assemblés à la main.
© Charles Kaisin/PhotoGallery asbl
Né à Devant-les-Bois près de Namur, formé à Saint-Luc puis au Royal College of Art de Londres, passé chez les architectes Jean Nouvel et Ron Arad, Charles Kaisin n’a jamais rompu avec ses racines. L’homme qui collabore avec Hermès ou Delvaux signe aussi des objets pour BRU, persuadé qu’un verre bien dessiné peut démocratiser l’élégance. « J’aime l’idée qu’un objet ne soit pas élitiste », confie-t-il. À cinquante-trois ans, il enseigne, transmet et expérimente. Il recycle aussi : des journaux deviennent des bancs modulaires, des magazines des fauteuils. Transformer l’éphémère en durable, c’est peut-être là sa véritable signature.
L’un plie les mots jusqu’au rire, l’autre plie le papier jusqu’à la grâce. GuiHome et Charles Kaisin incarnent deux formes de création radicalement différentes, mais animées par une même conviction : la Wallonie n’est pas périphérique, elle est laboratoire. À l’heure où l’on confond vitesse et précipitation, ces deux lauréats des Lobby Awards choisissent l’élan.
Découvrez le dernier podcast de François Didisheim, CEO de High Level Communication & L’Eventail, sur BXFM Radio :
Article inspiré par la newsletter de Lobby du 6 février 2026 écrite par Françoise Wallyn et François Didisheim, fondateur de Lobby. Retrouvez la revue des cercles du pouvoir, ici
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