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Le dessin, valeur refuge du marché de l'art

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François Didisheim

24 March 2026

Longtemps considéré comme une esquisse préparatoire, le dessin s’impose aujourd’hui comme un segment stratégique du marché de l’art. Entre ventes records et salons parisiens, ce médium discret affiche des performances remarquables. Décryptage d’un marché en pleine effervescence.

On l’imagine souvent relégué au rang d’esquisse sage, coincé entre deux chefs-d’œuvre peints. Le dessin avance pourtant masqué, avec une efficacité redoutable. Moins bruyant que la peinture, il séduit par sa stabilité,  une qualité devenue rare dans un monde de l’art parfois sujet aux emballements. Côté chiffres, difficile de parler de timidité. En 2021, une Tête d’ours de Léonard de Vinci s’arrachait pour près de neuf millions de livres sterling. Plus récemment, un dessin de Jean-Michel Basquiat signait une envolée à plus de quinze millions de dollars. En 2025, chez Dorotheum, un Nu accroupi d’Egon Schiele trouvait preneur à 2,7 millions d’euros. La preuve que le crayon peut être très bien valorisé.

Des points d’entrée accessibles chez les grands maîtres

La vente exceptionnelle de l’étude d’un “jeune homme nu aux bras levés”, de Pierre Paul Rubens, a été adjugée 8.2 millions de dollars en 2019 chez Sotheby’s à New-York. © DR

Inutile pour autant de disposer de moyens illimités pour entrer dans la danse. Chez Picasso ou Matisse, certaines œuvres sur papier démarrent à quelques dizaines de milliers d’euros. Une entrée en matière presque raisonnable au regard des sommets atteints par la peinture. Le segment ancien cultive ses valeurs sûres : Tiepolo, Boucher, Watteau demeurent des signatures qui franchissent allègrement les centaines de milliers d’euros. Pour les amateurs de rareté, les enchères peuvent grimper à plusieurs millions, comme ce Rubens adjugé à 8,2 millions de dollars à New York en 2019, soit plus du double de son estimation initiale. L’intérêt réside aussi dans les profils plus audacieux. Le dessinateur allemand Hans Baldung, par exemple, oscille entre 1,5 et 3 millions d’euros. Moins « bankable » que Dürer, certes, mais parfois plus excitant pour les collectionneurs avertis.

Paris, capitale mondiale du trait

e Salon du dessin se tient du 25 au 30 mars dans le magnifique Palais Brongniart, historiquement connu comme le siège de la Bourse de Paris. Il est aujourd’hui l’un des centres de congrès et d’événements les plus prestigieux de la capitale. © DR

Pendant ce temps, Paris fait son show. Ou plutôt ses shows. Un véritable marathon culturel se déploie chaque année au printemps. Le Salon du dessin, installé dans l’élégant Palais Brongniart du 25 au 30 mars, réunit trente-neuf exposants venus de sept pays. Conservateurs, collectionneurs et curieux s’y croisent dans une ambiance feutrée, où les discussions peuvent, mine de rien, valoir plusieurs millions. Ce qui frappe cette année : la diversité des supports. Papyrus, papier journal, carton, photographie… le dessin explore tous les territoires avec une liberté réjouissante. À cela s’ajoutent plus de trois cents œuvres exposées au Grand Palais et les soixante et onze galeries internationales de Drawing Now, temple du dessin contemporain, qui se tient du 26 au 29 mars. Au total, des milliers d’œuvres, plusieurs centaines d’artistes et une effervescence qui dépasse largement le cercle des initiés. Paris devient, le temps de quelques semaines, la capitale mondiale du trait.

L’art de tirer son épingle du jeu

On trouve régulièrement des signatures célèbres au Salon du dessin, comme Pablo Picasso par exemple. Ici, “Masque diurne”, 1958, papier photographique découpé, plume et ruban adhésif, 24 x 18.2 cm. © DR

Subtil, stratégique et parfois présent là où on ne l’attend pas, le dessin confirme une chose : dans un univers qui aime le spectaculaire, ce sont souvent les traits les plus discrets qui tirent leur épingle du jeu. Entre stabilité des prix, diversité des signatures accessibles et potentiel de plus-value, le médium séduit une nouvelle génération de collectionneurs, soucieux de conjuguer passion artistique et stratégie patrimoniale. Et si un simple coup de crayon peut valoir plusieurs millions, peut-être est-il temps de regarder ce segment avec une attention renouvelée.

Découvrez, sur le même sujet, le dernier podcast de Camille Misson de Saint-Gilles, rédactrice en chef de L’Eventail, sur BXFM Radio :

Article inspiré par la newsletter de Lobby du 6 mars 2026 écrite par Françoise Wallyn et François Didisheim, fondateur de Lobby. Retrouvez la revue des cercles du pouvoir, ici

Photo de couverture : Ce dessin d’Egon Schiele, “Nu accroupi, vue de dos”, 1917, gouache et crayon noir sur papier,29.5 x 45 cm, a été vendu à 2.7 millions d’euros chez Dorotheum en 2025. © DR

Olafur Eliasson Your Curious Journey

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Traversant trois décennies, le travail d’Olafur Eliasson mêle installations, peintures et sculptures où lumière, couleur et éléments naturels éveillent nos sens. Ses œuvres interactives questionnent perception, espace et climat, invitant le spectateur à co-créer l’expérience.

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