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KANAL-Centre Pompidou : où en est le chantier à cinq mois de l’ouverture…

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Martin Boonen

24 June 2026

Annoncé pour le 28 novembre prochain, le musée KANAL-Centre Pompidou prend forme dans l’ancien garage Citroën de la place de l’Yser, à Bruxelles. L’Éventail a parcouru le chantier début juin. À cinq mois de l’échéance, l’enveloppe du bâtiment est en place, mais les aménagements intérieurs restent à venir. On vous fait le topo ici !

Porté depuis 2017 par la Région de Bruxelles-Capitale et le Centre Pompidou, le futur musée d’art moderne et contemporain occupe les 40 000 m² de l’emblématique ancien garage Citroën. La date du 28 novembre 2026 a été fixée par le directeur général Yves Goldstein en mai 2025, lors d’une visite de presse. Il s’agissait de la première échéance précise communiquée après plusieurs reports. Et on le sait, depuis, Goldstein a décidé de quitter le navire après l’inauguration…

© Camille Misson de Saint-Gilles

Une décennie de gestation

Tout part de décembre 2017 et d’une convention de partenariat conclue pour dix ans entre le Centre Pompidou, la Région et la Fondation Kanal. En 2018, l’opération Kanal Brut ouvre brièvement le lieu au public, dans son état d’origine, avant sa fermeture pour travaux. Le permis d’urbanisme est délivré en décembre 2020 et le chantier démarre en 2021. La conception a été confiée à l’Atelier KANAL, qui réunit le bureau bruxellois noAarchitecten, le suisse EM2N et le londonien Sergison Bates, l’entreprise générale étant l’association momentanée BPC – CIT Blaton. Leur projet, intitulé A Stage for Brussels, insère trois volumes au sein de la halle existante : l’un abritera le musée, un autre le CIVA, le Centre bruxellois de l’architecture, désormais rebaptisé Kanal Architecture, tandis que près de 20 000 m² resteront en accès libre, avec une bibliothèque, des ateliers et des espaces de rencontre.

Une ville dans la ville

Pensé comme une ville dans la ville, l’ensemble doit offrir des espaces où s’installer librement, sans billet. Outre le musée et Kanal Architecture, le bâtiment réunira une boulangerie, un restaurant gastronomique baptisé Jeanne, une brasserie nommée Carrosserie en écho au passé automobile des lieux, un bar en rooftop, une imprimerie, un espace dédié aux performances, une bibliothèque avec salle de lecture, une plaine de jeux pour enfants et une boutique.

Le chantier, début juin 2026

© Camille Misson de Saint-Gilles

Côté place de l’Yser, la grande verrière courbe de l’ancien hall d’exposition a retrouvé son vitrage. À l’intérieur, des échafaudages d’accès, une nacelle araignée et plusieurs élévateurs occupent encore le sol, où s’alignent caisses de matériaux et plaques de protection, pendant que des ouvriers interviennent sur la façade. Sous la verrière en dents de scie de la nef centrale, la structure métallique et les coursives superposées sont en place, mais le sol demeure en béton brut et les réseaux techniques apparaissent à nu. Des gaines de ventilation, des palettes et des cloisons en plaques de plâtre en cours de pose s’étagent à chaque niveau, le long des parois de brique des volumes insérés. Le jour de notre visite, un groupe en casque et gilet fluorescent parcourait les passerelles. L’enveloppe et le gros œuvre paraissent aboutis, mais les installations techniques et les finitions restent en chantier dans une large part du bâtiment.

Une facture de 230 millions

© Camille Misson de Saint-Gilles

C’est un fait aujourd’hui, le budget initial des travaux a fortement augmenté. Estimé au départ à 150 millions d’euros hors TVA, il atteignait 197 millions fin 2024 et s’établit désormais autour de 230 millions (et on parle même de 300 millions). La Région bruxelloise, seul bailleur de fonds, avait engagé 185 millions, déjà versés à 95 %. En mai 2026, le gouvernement bruxellois a accordé à la Fondation Kanal un prêt de 60 millions destiné à régler les factures des entrepreneurs et à achever les travaux d’infrastructure, assorti de 18,6 millions de subventions de fonctionnement pour l’année.


En janvier 2026, Yves Goldstein écartait les doutes sur l’aboutissement du projet : « Ce projet se fera. Ce lieu ne pourra être que le musée que l’on a construit depuis maintenant neuf ans. »

Cinq mois pour tenir la date

L’échéance du 28 novembre 2026 reste la première à avoir été annoncée fermement, après une série de reports. En novembre 2025, la RTBF relevait un retard de trois ans et demi sur le calendrier initial. En mai 2025, la direction estimait le chantier achevé à 85%. Le recours, un an plus tard, à un prêt destiné à payer les entrepreneurs et à terminer les ouvrages situe la dernière ligne droite sur le terrain financier autant que technique. L’état observé début juin, où coexistent une enveloppe terminée et des espaces intérieurs encore loin de leur livraison, laisse ouverte la question des délais. La Ville de Bruxelles a par ailleurs promis que le réaménagement du square Sainctelette, attenant au bâtiment, serait achevé pour l’ouverture.

L’enjeu du calendrier tient aussi au contexte parisien. Le Centre Pompidou de Beaubourg a fermé le 22 septembre 2025 pour cinq ans de rénovation, et ses collections circulent pendant les travaux, notamment vers Bruxelles ; la convention avec la Fondation Kanal court jusqu’en 2031. Dévoilée en janvier 2026, la programmation inaugurale réunit dix expositions. La principale, A Truly Immense Journey (28 novembre 2026 au 10 janvier 2028), rassemblera plus de 350 œuvres autour de la migration et du mouvement, parmi lesquelles des pièces de Matisse, Giacometti, Sonia Delaunay et Wifredo Lam, aux côtés d’artistes contemporains comme Sammy Baloji ou Edith Dekyndt.

Un nouveau business plan doit être présenté en septembre 2026 pour définir le fonctionnement du musée à partir de 2029. D’ici l’ouverture, la Fondation Kanal poursuit ses activités à K1, l’espace temporaire installé avenue du Port, en face du chantier, de l’autre côté du canal.

Photo de couverture : © Camille Misson de Saint-Gilles

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