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Mille ans d’influence silencieuse

Thoma de Bergeyck

15 April 2026

Fondé vers 1048, l’Ordre souverain militaire et hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte – son nom complet – est l’une des plus anciennes institutions religieuses et caritatives chrétiennes au monde. Toujours fidèle à sa devise : “Tuitio Fidei et Obsequium Pauperum” (“témoigner de la foi et servir les pauvres”).

À l’origine, il n’y a rien. Ni palais, ni diplomates. Juste un hospice modeste à Jérusalem. Vers 1050, des moines y accueillent et soignent les pèlerins chrétiens épuisés par le voyage vers la Terre sainte. De cette mission caritative naît l’Ordre souverain militaire et hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte, plus généralement appelé Ordre de Malte. Ses chevaliers vont assurer la défense des malades, mais aussi celle des routes qu’ils empruntent ensuite vers la Terre sainte, aux côtés des Templiers. Soigner ne suffit plus. Il faut défendre.

L’Ordre sera officiellement reconnu en 1113 par le pape Pascal II (pontificat de 1099 à 1118). Commence alors une histoire hors norme. Chassés de Jérusalem, puis de Rhodes, les chevaliers reçoivent en 1530 l’île de Malte des mains de Charles Quint. Ils y bâtissent une puissance maritime redoutée et entrent dans la légende lors du Grand Siège de 1565, où l’Ordre résiste à l’Empire ottoman. La croix blanche à huit pointes s’impose comme l’un des symboles les plus forts de la chrétienté européenne.

Sur la route de l’exil

Lorsque Napoléon chasse les chevaliers de Malte en 1798, beaucoup prédisent la fin de l’Ordre. C’est l’inverse qui se produit. Les chevaliers sont placés sous la protection de Paul Ier de Russie, mais ils n’ont plus de territoire, et doivent se réinventer. Aujourd’hui encore, l’Ordre de Malte jouit d’un statut unique : il est souverain, reconnu en droit international, entretient des relations diplomatiques avec plus de cent États et a son siège à Rome. Il peut émettre des timbres, faire des passeports et avoir des ambassadeurs. Il s’organise en commanderies hospitalières, placées sous la responsabilité d’un commandeur, lui-même sous la direction d’un prieur.

L’Ordre reste profondément lié à l’aristocratie européenne et à certaines grandes dynasties catholiques. Sans jamais publier de listes complètes, il a compté parmi ses membres des figures connues, comme le prince souverain Albert II, chevalier de l’Ordre, ou encore plusieurs archiducs de la maison de Habsbourg.

La sante et la foi

Mais aujourd’hui, le cœur de l’Ordre de Malte bat surtout sur le terrain humanitaire. Son réseau lui permet de réagir et d’offrir rapidement une aide en cas de crises et de catastrophes. L’Ordre intervient en Ukraine, à Gaza, au Liban et, récemment encore, en Espagne après les inondations de Valence. Ambulances, hôpitaux mobiles, centres de soins : il agit souvent loin des caméras, fidèle à sa devise millénaire : “Tuitio Fidei et Obsequium Pauperum (“Défendre la foi et servir les pauvres”). À sa tête aujourd’hui, l’avocat canadien John Timothy Dunlap, 81e Grand Maître de l’Ordre, sorte de chef d’État d’une institution devenue neutre et apolitique. Une institution qui ne cherche ni la lumière ni le pouvoir visible, mais qui, depuis près de mille ans, a fait du service à autrui sa plus sûre forme d’influence.

ordredemaltebelgique.org

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