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Joy de Rohan Chabot La  nature  sublimée

Éric Jansen

24 April 2026

A l’occasion de la publication d’une monographie, la galeriste Aline Chastel présente les dernières créations de Joy de Rohan Chabot au PAD Paris et dans son show-room, de l’autre côté de la rue de Rivoli.

C’est un livre qu’elle a eu du mal à concevoir et à finaliser. Joy de Rohan Chabot est une artiste rêveuse, dont le plus grand plaisir est d’être dans son atelier à créer de nouvelles pièces, tordre le fer, peindre le verre, sculpter la cire, avant de filer à la fonderie voisine, pour donner vie à son œuvre. Et quand elle prend le temps de souffler, c’est pour marcher dans la forêt autour de son château de Jozerand, en Auvergne, et ramasser des branches qui, transformées ensuite en bronze, lui serviront pour de nouvelles pièces… Alors plonger dans les albums photos, renouer avec le passé, prendre du temps pour établir une chronologie, tout cela l’ennuyait un peu. Mais tout de même, l’envie de montrer à un public, qui la découvre aujourd’hui, cinquante ans de création l’a emporté.

© Marina Gusina

© Eric Jansen

Déambulation poétique

Le livre qu’elle publie finalement est à son image : une déambulation poétique rythmée par une évocation des techniques et des matériaux qui ont jalonné sa démarche artistique. Il y eut tout d’abord la peinture, dans ce qu’elle a de plus classique, portraits de proches, de chats, évocation d’un univers un rien surréaliste, un peu Leonor Fini, un peu Francis Picabia, puis la touche devint hyperréaliste et les trompe-l’œil firent leur apparition sur des paravents en bois, des tables basses, des consoles, et sous forme de fresques murales. En 1990, une exposition dans l’orangerie du château de Bagatelle intitulée La Maison des illusions mit à l’honneur ce talent et consacra Joy comme l’artiste qui réenchantait les intérieurs.

À côté de la fausse baignoire, le visiteur découvrait aussi les premières chaises en fer forgé, début timide de Joy dans l’univers du métal. Peu à peu, elle se familiarisa avec ce travail autrement plus physique que la peinture, et la naissance de la chaise Pensée fut une étape importante. Plébiscitée, elle devint iconique de son style : une célébration de la nature dans les objets du quotidien. Pieds de table couverts de papillons, lanternes habitées de hiboux, miroirs ornés de lézards, une flore et une faune attachantes entraient dans la maison. Quand elle n’avait pas recours au fer forgé ou au fer battu, Joy utilisait des plaques de tôle qu’elle découpait en forme de feuilles et qu’elle peignait pour en habiller des consoles, des lampadaires, des rampes d’escalier.

Parallèlement, elle commença à peindre sur le verre et l’art de la table en fut transformé.

Assiettes, verres, vases, carafes, sa main les couvrait avec légèreté de rinceaux et de fleurs. Cette démarche artisanale et luxueuse n’échappa pas à la maison Dior : pendant des années, Joy enchaîna les services de table, mais aussi des photophores et des miroirs, pièces uniques qui étaient immédiatement vendues aux quatre coins du monde. Il n’était plus question de tableaux classiques, encore que… Quelques collectionneurs avisés lui commandaient de grands paravents, cette fois en verre, sur lesquels elle peignait des paysages enneigés, des sous-bois d’automne. Et encore récemment, elle livrait pour une salle à manger à Singapour vingt-huit panneaux représentant une forêt enchantée.

© Marina Gusina

© Noël Manalilin

Filiation baroque

Cette commande spéciale illustre parfaitement la particularité de Joy, qui flirte avec les arts décoratifs, mais les personnalise de sa démarche d’artiste. Une spécificité que la galeriste Aline Chastel a décidé en 2019 de soutenir. Pour la grande spécialiste de Line Vautrin, Jean-Charles Moreux ou encore Serge Roche, il y avait comme une filiation baroque dans le travail de Joy. En lui proposant de s’occuper d’elle, elle a redynamisé son inspiration et lui a donné plus de crédit en produisant ses pièces en bronze. Numérotées, quand elles ne sont pas pièces uniques, elles sont devenues “collectible” et dès la première exposition, consoles, miroirs, appliques s’envolaient chez des collectionneurs principalement américains.

Aujourd’hui, sur son stand du PADAline Chastel présente les dernières créations de Joy, dont une étonnante méridienne ornée d’un ciel de branches. Une pièce féerique, qui dialogue harmonieusement avec une table de Gilbert Poillerat et un miroir d’Emilio Terry. Pour ceux qui souhaiteraient en voir plus, il suffit de traverser la rue de Rivoli et de sonner à la porte de l’espace privé d’Aline Chastel. Là, tables basses, miroirs et lustres de Joy sont disséminés au fil des pièces de l’appartement. Un conseil : ne pas attendre trop longtemps si l’on a un coup de cœur. Et à défaut d’avoir le budget conséquent, on pourra toujours repartir avec le livre.

joyderohanchabot.com

description de l’image

Actualités

• À lire
Joy de Rohan Chabot, de la réalité au rêve
Éd. Gourcuff Gradenigo, avril 2026, 288 p., 65 €

• PAD Paris
Du 08 au 12.04
Jardin des Tuileries, Paris 1er
padesignart.com

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5 rue Bonaparte, Paris 6e
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