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TEFAF 2026 : de provenance royale et impériale

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Christophe Vachaudez

16 March 2026

Le phénomène n’est certes pas nouveau mais tend à se renforcer au fil des ans autant auprès des amateurs que des collectionneurs. Une provenance prestigieuse, qu’elle soit impériale, royale ou aristocratique, contribue généralement à apporter une plus-value à un objet ou à une œuvre d’art et justifie parfois une majoration des estimations. Et comme chaque année, de nombreux stands de la TEFAF exposeront des pièces uniques dont l’histoire ravira les curieux.

Ainsi la galerie Christian Franke de Bamberg qui participe pour la première fois à la Foire va présenter un important vase en forme de cratère en porcelaine de Berlin dont le corps imitant le lapis-lazuli contraste heureusement avec la base et le col abondamment dorés. Mais l’intérêt majeur du vase réside dans le profil en biscuit qui figure la princesse Louise de Prusse (1808-1870), fille du roi Frédéric-Guillaume III et de la reine Louise, née duchesse de Mecklembourg-Strelitz. Le buste de l’intéressée auréolé de fleurs en guirlande d’une grande délicatesse repose sur une aigle aux ailes éployées, symbole héraldique de la maison de Prusse. La Princesse dont le relief fut créé par le sculpteur Leonhard Posch, épousa le prince Frédéric des Pays-Bas en 1825, date de la réalisation de ce cratère commandé par son père. La pièce passa par descendance à la famille princière de Wied avant d’apparaître sur le marché.

Louise de Prusse © DR

Côté joaillerie, la Maison Wartski exposera, comme à son habitude, quelques pièces d’exception. Depuis des décennies, elle a tissé des liens étroits avec la famille royale britannique qui n’hésite pas à lui prêter des bijoux lors des expositions qu’elle organise au profit d’associations caritatives. La plus récente fut consacrée aux broches et on a pu y admirer deux exemplaires qui viendront de Londres à la TEFAF. La première broche, ornée d’une chrysoprase centrale, a appartenu à la reine Olga de Grèce (1851-1926), née grande-duchesse de Russie. Comme des rayons solaires, les diamants irradient depuis la pierre de couleur vert tendre. Signé Carl Fabergé, le bijou fut vendu à la fin des années 1930 par le prince Christophe de Grèce, fils cadet de la souveraine. La deuxième broche, parangon du style naturaliste, fut exécutée vers 1830 dans les ateliers de la maison Fossin et fit partie de l’écrin de la princesse Catherine Bagration (1783-1857) qui fut un temps dame d’honneur de la tsarine Maria Feodorovna. Elle vécut ensuite à Vienne où elle fut la maîtresse de Metternich, avant d’épouser en 1830 Sir John Hobart Caradoc, baron Howden de Howden et Grimston. Il est probable que la broche ait pu faire partie des cadeaux de noces.

Olga de Grèce © DR

Comme toujours, l’argenterie sera à l’honneur dans la galerie de l’allemande Helga Matzke qui a déniché quelques trésors comme un ensemble de douze chandeliers au décor chantourné ouvrés au milieu du XVIIIe siècle par l’orfèvre de la cour de Saxe, Christian Heinrich Ingerman. C’est le roi Auguste III (1696-1763) qui commande cent chandeliers « de style français, ornés de volutes et de feuillages » à l’occasion des fiançailles de sa fille la princesse Marie-Josèphe avec Louis, dauphin de France. Livrés le 31 décembre 1746, ils sont tous numérotés et gravés du monogramme AR3 pour Auguste Rex III. Suite à un règlement de propriété, le contenu de la chambre d’argenterie saxonne deviendra la propriété personnelle de la famille Wettin après 1918, et de nombreuses pièces seront alors vendues. Parmi elles, ces douze chandeliers rescapés qui furent un temps la propriété de Marilyn Monroe et qui peuvent être admirés à la TEFAF.

De réputation mondiale, la galerie Steinitz a notamment choisi pour Maastricht une imposante paire de vases montés, signés Moïse Jacobber. Ils procèdent de la Manufacture royale de porcelaine de Sèvres et furent offerts en 1845 par le roi Louis-Philippe à Abbas Pacha (1813-1854) qui allait bientôt devenir gouverneur d’Égypte. Ces vases de type « Cordelier », c’est-à-dire troisième grandeur, illustrent le rayonnement de Sèvres au milieu du XIXe siècle. Somptueusement ornés de guirlandes de fleurs et de fruits, les vases sont d’une forme imposante initiée à partir 1805. Leurs spectaculaires anses en bronze rehaussées de masques dionysiaques inspirés de l’Antiquité s’harmonisent à merveille avec la richesse du décor peint. Les portraits royaux ne manquent pas et la galerie Caylus accrochera celui de Marguerite de Savoie (1589-1655), quatrième fille du duc Charles-Emmanuel Ier de Savoie et de l’infante Catherine-Michelle d’Espagne. Cette petite-fille de Philippe II épousera en 1608 François IV Gonzague, duc de Mantoue et de Montferrat. Ce portrait fut peint par Jan Kraek (1550-1607) dit Giovanni Caracca, un artiste né à Haarlem qui fit carrière à Chambéry, à la cour de Savoie, à Madrid et à Turin. La Princesse qui porte une collerette en dentelles par-dessus une tenue aux tons rosés arbore de somptueux joyaux, reflets de son rang. Le tableau issu d’une collection californienne réapparait en majesté à la TEFAF.

Caroline Murat, reine de Naples © DR

Dernière petite pépite, un ravissant et délicat collier de perles et d’éclats de diamants scintillera dans l’une des vitrines du stand de Véronique Bamps. Le bijou qui est accompagné d’un document ancien fut offert par Caroline Murat (1782-1839), reine de Naples, à sa filleule, fille de Madame de Longchamp, l’une de ses dames d’honneur. Le collier est resté dans la descendance de l’intéressée avant d’être confié à la vente. Voilà une modeste sélection de ce que la TEFAF impériale et royale réservera durant cette édition qui, une fois encore, surprendra les plus blasés.

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