• HLCÉ

Médecine esthétique : l'exigence d'un accompagnement sur mesure

Médecine esthétiqueSantéSoins

Martin Boonen

15 January 2026

Entre démocratisation des soins et multiplication des offres douteuses, le monde de l’esthétique médicale traverse une période charnière. En Belgique, un groupe de praticiens hospitaliers a choisi de repenser l’approche du secteur en créant Novalys, un réseau fondé sur la collégialité et l’éthique. Plongée dans les coulisses d’une médecine qui se veut à la fois accessible et rigoureuse.

Il fut un temps où la médecine esthétique demeurait la chasse gardée d’une clientèle fortunée, prête à s’envoler vers des cliniques suisses ou américaines pour quelques injections discrètes. Cette époque est révolue. En l’espace d’une décennie, les actes esthétiques non chirurgicaux se sont imposés dans le quotidien de millions d’Européens. Toxine botulique, acide hyaluronique, peelings, lasers : ces termes autrefois réservés aux initiés font désormais partie du vocabulaire courant. Cette démocratisation, a priori réjouissante, s’accompagne toutefois d’un revers moins avenant. Car si les prix ont chuté et les cabinets se sont multipliés, la qualité des prestations, elle, s’avère terriblement inégale. Entre les mains expertes d’un praticien chevronné et celles, moins assurées, d’un injecteur autoproclamé, le fossé est immense… et les conséquences parfois dramatiques.

Le prix de la banalisation

Les chiffres donnent le vertige. En Belgique, les plaintes liées à des interventions esthétiques illégales ont connu une hausse significative ces dernières années. La Société Royale Belge de Chirurgie Plastique évoque sans détour une “jungle illégale” qui prospère dans l’ombre des réseaux sociaux, entre promotions alléchantes et influenceurs peu scrupuleux. Des “botox parties” organisées dans des appartements privés aux injections pratiquées dans des salons de beauté, le secteur est devenu un far west où le meilleur côtoie le pire. Les conséquences ne se limitent pas à des résultats décevants. Des nécroses cutanées aux atteintes vasculaires pouvant conduire à la cécité, en passant par des cas de botulisme et au moins deux décès recensés en Belgique, le bilan humain de ces pratiques sauvages est lourd. « Nous voyons arriver dans nos cabinets des patientes aux tissus nécrosés, venues réparer les erreurs d’injecteurs incapables de gérer leurs propres complications », témoigne le Dr Hadrien Amiel, chirurgien plasticien formé à l’UCLouvain.

Dr Hadrien Amiel, chirurgien plasticien, co-fondateur du réseau Novalys © DR/Novalys

L’hôpital comme modèle

C’est précisément ce constat alarmant qui a conduit le Dr Amiel et son confrère le Dr Maxime Servaes à imaginer une autre voie. Tous deux issus du même creuset universitaire, partageant une conception exigeante de leur métier, ils ont fondé Novalys avec une ambition claire : transposer à la pratique privée les protocoles qui font leurs preuves en milieu hospitalier. « À l’hôpital, lorsqu’une patiente présente un cancer du sein, son dossier est systématiquement discuté en concertation multidisciplinaire, explique le Dr Amiel. Le gynécologue, le plasticien, le radiothérapeute… tous les spécialistes concernés se réunissent pour établir un plan de traitement personnalisé. Cette collégialité, qui fait partie de notre quotidien hospitalier, était singulièrement absente du monde de l’esthétique privée. »

Le réseau Novalys réunit aujourd’hui cinq praticiens aux compétences complémentaires : deux chirurgiens plasticiens, un dermatologue, une médecin spécialisée en médecine esthétique et une infirmière experte en traitements laser. Installés principalement au centre médical CM1325 à Chaumont-Gistoux, dans le Brabant wallon, et à Rhode-Saint-Genèse, ils fonctionnent comme un véritable service hospitalier décentralisé.

L’art de la nuance

Derrière cette organisation se dessine une philosophie qui tranche avec les codes dominants du secteur. Là où certains multiplient les actes pour maximiser leur chiffre d’affaires, les praticiens de Novalys revendiquent le droit de dire non, ou de réorienter vers un confrère mieux placé pour répondre à une demande spécifique. « Lorsque j’opère une paupière et qu’un traitement laser serait ensuite bénéfique pour améliorer la qualité de la peau, je pourrais techniquement le réaliser moi-même, confie le Dr Amiel. Mais ma collègue maîtrise ces techniques avec une expertise supérieure à la mienne. L’adresser à elle, c’est offrir à la patiente un meilleur résultat. » Une logique qui suppose d’accepter de partager les honoraires et de placer l’intérêt du patient avant les considérations économiques.

Cette approche s’inscrit dans une vision plus large de l’esthétique médicale, celle du “sublimer sans transformer” chère aux fondateurs du réseau. Loin des résultats spectaculaires qui saturent les réseaux sociaux, Novalys défend une esthétique de la discrétion, où l’intervention réussie est celle qui ne se voit pas.

La culture de l’exigence et l’accessibilité

Le parcours patient chez Novalys reflète cette philosophie. Chaque prise en charge débute par une consultation approfondie (parfois trois quarts d’heure) durant laquelle le praticien analyse la demande, évalue les attentes et expose sans fard les risques inhérents à chaque procédure. Un devis détaillé est remis, un délai de réflexion imposé. Rien de comparable avec les “coups de seringue” expéditifs proposés dans certaines officines. Pour les actes chirurgicaux lourds (ceux qui nécessitent une anesthésie générale), les interventions se déroulent exclusivement en milieu hospitalier, à la Clinique Saint-Jean de Bruxelles ou au Centre Médical de l’Alliance. Une garantie supplémentaire : en cas de complication, la chaîne de prise en charge est immédiatement disponible.

Les membres du réseau Novalys, de gauche à droite : le Dr Hadrien Amiel (chirurgien plasticien), Dr Dominique Vanden Bulcke (médecine esthétique), Dr Antoine Willemart (dermatologue), Aurélie Peret (infirmière esthétique), et le Dr Maxime Servaes (chirurgien plasticien) © DR/?Novlys

Cette rigueur a un coût, que les fondateurs ne cherchent pas à dissimuler. Novalys ne joue pas la carte du low cost. Mais ses promoteurs défendent l’idée qu’en matière d’esthétique médicale, le véritable luxe réside moins dans l’opulence des locaux que dans la compétence des praticiens et la sécurité des protocoles.

Les clés d’un choix éclairé

Face à la profusion d’offres, comment s’orienter ? Les professionnels du secteur livrent quelques repères essentiels. Premier réflexe : vérifier les qualifications du praticien via son numéro INAMI, qui permet d’identifier sa spécialisation. Celui d’un chirurgien plasticien agréé se termine invariablement par 210. La Société Royale Belge de Chirurgie Plastique publie également sur son site la liste exhaustive des spécialistes reconnus.

Autre signal d’alerte : les tarifs anormalement bas et les promotions agressives sur les réseaux sociaux. « Un acte médical n’est pas une prestation de service comme une autre, rappelle le Dr Amiel. Chaque injection engage la responsabilité du praticien et suppose un suivi. Ceux qui bradent leurs prix compensent généralement sur le volume… au détriment de la qualité et de la sécurité. »

Enfin, une consultation préalable digne de ce nom doit permettre d’exposer clairement les risques, de remettre une information écrite et de respecter un délai de réflexion. Tout praticien qui pousse à la décision immédiate ou minimise les complications potentielles devrait éveiller la méfiance.

Vers une régulation plus stricte ?

Au-delà des initiatives individuelles, c’est tout le cadre réglementaire qui est aujourd’hui questionné. La loi belge du 23 mai 2013 prévoit certes des garde-fous : les actes de chirurgie esthétique sont réservés aux médecins spécialistes agréés, l’information du patient est encadrée, des protections spécifiques existent pour les mineurs. Mais les contrôles demeurent lacunaires, particulièrement pour les structures extrahospitalières. La Société Royale Belge de Chirurgie Plastique milite pour un renforcement significatif de ce cadre : reconnaissance officielle du titre de médecin spécialiste en médecine esthétique, formation obligatoire encadrée, régulation stricte de la vente des produits injectables (dont la traçabilité reste insuffisante), et lutte active contre la publicité mensongère qui prolifère sur les réseaux sociaux.

En attendant que le législateur se saisisse du dossier, des initiatives comme Novalys dessinent les contours d’une médecine esthétique repensée. Une médecine qui ne renie pas la quête de beauté (aspiration aussi vieille que l’humanité) mais refuse de la dissocier de l’exigence de sécurité. Une médecine, en somme, qui prend le temps de regarder ses patients avant de les transformer.

histoires de famille

Affaires de famille

Chroniques royales

La sordide affaire Andrew a placé Charles III et la “firme” Windsor dans une situation de crise. En Norvège, le procès de Marius, le fils de la Princesse héritière fait trembler la couronne. Ces ouragans mettent-ils les trônes en danger ? Comme souvent, l’histoire nous apporte de précieuses leçons.

Informations supplémentaires

Sur internet

Publicité

Rose & Marius : Le Sud à fleur de peau

Beauté & Santé

Installée à Aix-en-Provence, Magali Fleurquin-Bonnard a fondé Rose & Marius, première maison de haute parfumerie dans la région. Elle y transforme ses souvenirs d’enfance en fragrances précieuses, mêlant savoir-faire d’exception et art de vivre, dans un hommage sensoriel et raffiné à sa terre natale.

Tous les articles

Publicité

Tous les articles