Stéphane Lémeret
21 April 2026
Je ne présumerai pas de l’état d’esprit des autres membres de la rédaction de L’Éventail. Mais n’est-il pas raisonnable d’affirmer que votre serviteur, qui passe la moitié de sa carrière à piloter des voitures de course, l’autre à écrire sur les voitures, est celui qui a le plus conservé son âme d’enfant ? Aussi, quand a été confirmé le thème de ce numéro, le temps était venu d’aborder un sujet tenu au chaud depuis longtemps. Voici l’histoire de The Little Car Company, une entreprise britannique qui conçoit et construit de façon artisanale des modèles réduits de voitures de légende, que l’on peut vraiment conduire.
Tout commence voici juste cent ans, en Alsace. En 1926, un émigré italien, qui produit des automobiles très réputées, imagine un cadeau spécial pour le quatrième anniversaire de son fils Roland. L’homme s’appelle Ettore Bugatti, et le cadeau est une réplique à l’échelle 1:2 de la Type 35, à l’époque reine incontestée des circuits. Quand on s’appelle Bugatti, on ne se contente pas d’une voiture à pédales… La Bugatti Baby, son nom officieux, dispose d’un moteur électrique (déjà) capable d’emmener la voiture à quelque 20 km/h. Roland passe évidemment des heures à piloter sa machine dans la cour de l’usine, pour le plus grand bonheur des clients, qui réclament bientôt d’acheter une voiture similaire pour leurs enfants. La petite Bugatti, nommée Type 52, sera effectivement commercialisée pendant quelques années, à environ 500 exemplaires. Avance rapide… jusqu’en 2019. Cette année-là, Bugatti célèbre ses 110 ans d’existence et veut, pour l’occasion, recréer la Bugatti Baby. L’homme à qui la tâche est confiée est Ben Hedley, un ingénieur britannique passionné d’automobiles et de machines raffinées. Le projet initial est, une fois encore, de produire une voiture à l’échelle 1:2, mais Hedley pense qu’une miniature pouvant être conduite aussi par des adultes est une meilleure idée. La nouvelle Bugatti Baby sera donc une reproduction à l’échelle 3:4 de la Type 35. Et bien sûr, elle roulera. Elle reçoit un moteur électrique de 10 kW, pèse 270 kilos, et peut atteindre 64 km/h si on la “débride” au moyen de la Speed Key.
Cette collaboration ne donne pas seulement naissance à 500 nouveaux exemplaires de la Bugatti miniature, mais à une nouvelle entreprise, la Little Car Company !
L’idée est géniale, et la réalisation fait preuve d’un tel souci du détail que le public (évidemment fortuné) offre rapidement à la Little Car Company le succès qu’elle mérite. Dans la foulée, l’entreprise, bientôt rebaptisée Hedley Studios, lance donc son deuxième modèle en 2020 : une magnifique reproduction à l’échelle 2:3 de l’Aston Martin DB5. Électrique également, la DB5 Junior peut pointer à 75 km/h mais, comme la Bugatti, elle peut être limitée pour permettre à un enfant de s’éclater sur les graviers d’une généreuse propriété ou sur un circuit privatisé. L’Aston Martin DB5 ayant été, par définition, plus luxueuse que la Bugatti des années 1920, la Junior a évidemment suivi la tendance. Cuir de grande qualité, compteurs reproduits comme à l’origine, sublimes jantes à rayons… La reproduction fait honneur à son illustre modèle et les Hedley Studios vont plus loin. Qui dit Aston Martin dit James Bond, et à l’occasion de la sortie du film No Time To Die, les Hedley Studios développent un kit d’options comprenant, par exemple, un dispositif écran de fumée et des mitraillettes. Factices, évidemment !
En 2021, les Hedley Studios regardent au-delà de la Manche, et même des Alpes. La nouvelle venue au catalogue se nomme Testarossa J, une reproduction à l’échelle 3:4 de la sublimissime Ferrari 250 Testarossa. Près de 20 chevaux, jusqu’à 80 km/h en pointe, c’est la plus performante (Ferrari oblige) des productions Hedley. Cette fois encore, une option sera proposée : le Pacco Gara ou pack de compétition en italien. La puissance passe à 22,5 chevaux et la voiture reçoit un arceau et deux projecteurs additionnels, entre autres. Seuls 299 exemplaires seront produits, il n’y en aura donc pas pour tout le monde. En guise de consolation, les Hedley Studios mettront en vente dix-neuf exemplaires de la coque nue de la Testarossa J (en aluminium, bien entendu), à exposer sur les murs d’une belle demeure.
© Aston Martin
La dernière idée en date des Hedley Studios va plus loin, puisqu’elle est homologuée pour la route, au même titre qu’un quadricycle lourd de la catégorie L7e. Mais à choisir, préférez-vous une balade dans une Microlino ou dans la reproduction à 85 %… d’une Bentley Blower de 1929 ? Son moteur de 24 chevaux emmènera deux passagers à 75 km/h, mais avec un style vintage irrésistible !
Vous vous dites peut-être que nous nous sommes égarés et qu’au lieu de parler d’enfants, nous parlons de jouets pour grands enfants. Nous répondrons que, petit ou grand, un enfant est un enfant et que, oui, toutes ces “petites voitures” peuvent être aisément bridées pour permettre à un bambin de s’amuser. Mais ce bambin a tout intérêt à être très, très sage, car le cadeau est très, très beau. En effet, si une DB5 Junior démarre à quelque 50 000 euros, la personnalisation et les packs No Time To Die peuvent plus que doubler la facture. Idem pour la Testarossa J, dont la version Pacco Gara atteint 180 000 euros. Quant à la Bentley, elle ne sera pas à vous pour moins de 110 000 euros.
Mais rappelez-vous aussi que ces objets sont produits en quantités très limités. Ce sont des pièces de collection, au même titre – ou presque – que leurs inspirations respectives. Déjà, lors de certaines ventes aux enchères, on constate que la valeur des productions Hedley Studios suit la même direction : vers le haut.
bentleyblowerjnr.com
bugatti-type52.com
db5junior.com
hedleystudios.millermotorcars.com
testarossaj.com
Publicité