Camille Misson de Saint-Gilles
21 December 2025
Nichée à 1224 mètres d’altitude, au cœur des Dolomites, Cortina d’Ampezzo fut longtemps un monde à part. Avant de devenir un symbole du chic italien alpin, la vallée était peuplée de communautés ladines, parlant un dialecte ancien issu du latin, mêlé de celte et de germanique. Son appartenance passée à l’Empire austro-hongrois, jusqu’en 1918, lui a laissé un héritage singulier, à mi-chemin entre la rigueur tyrolienne et la douceur vénitienne.
Les traditions y sont restées vivantes : architecture en bois sculpté, folklore, fêtes religieuses, et ces chants polyphoniques typiques de la région d’Ampezzo. À la fin du XIXᵉ siècle, l’arrivée des premiers alpinistes britanniques et voyageurs romantiques – fascinés par les Dolomites aux reflets roses – fit basculer la vallée dans une nouvelle ère : celle du tourisme d’altitude. Dès le tournant du XXᵉ siècle, Cortina devint une villégiature recherchée. En 1901, le Grand Hotel Savoia, un palace de légende, ouvrait ses portes, fréquenté par la noblesse viennoise et les grandes familles italiennes. L’élégance montagnarde était née.
© DOLOMITI REVIEW
Depuis les Jeux olympiques de 1956 – et bientôt à nouveau en 2026 – Cortina incarne une idée du luxe à l’italienne, à la fois élégant, naturel et sportif. Si Saint-Moritz est feutrée et Gstaad un brin austère, Cortina reste vibrante, authentique, presque bohème dans son raffinement. Sur les pistes, on croise autant des familles élégantes de Milan et Venise que les aventuriers venus pour la poudreuse vierge.
Le domaine skiable, intégré au vaste Dolomiti Superski – réseau de douze stations de sports d’hiver non reliées, comptabilisant plus de 1200 kilomètres de pistes accessibles avec un pass unique – déploie plus de 120 kilomètres de pistes autour des massifs de Tofana, Faloria et Cristallo. À chaque virage, la vue s’ouvre sur un décor de carte postale : des forêts d’épicéas, des falaises rosées et des refuges où crépite le feu. L’expérience se poursuit à la Capanna Tondi, pour un déjeuner ensoleillé à 2300 mètres d’altitude, ou sur la terrasse du Rifugio Averau, temple de la gastronomie alpine, où les pâtes à la truffe rivalisent avec le panorama.
Le clocher de l’église de Cortina qui domine l’artère principale.
Quand la lumière décline et que les montagnes s’embrasent d’un rose poudré, Cortina change de tempo. Le ski cède la place à la flânerie, la conversation et la fête discrète. Le Corso Italia, promenade élégante qui traverse la ville, devient le théâtre d’un ballet chic : dames emmitouflées dans leur manteau Max Mara, messieurs chaussés de bottines en daim, familles savourant une glace artisanale malgré le froid. Les vitrines scintillent : Louis Vuitton, Moncler, Golden Goose, Franz Knaler (Gucci, Fendi, Saint Laurent, Dior…) ou encore la joaillerie locale Giulio Veronesi donnent le ton. À côté des grandes maisons, des boutiques familiales perpétuent un savoir faire plus discret : artisans du cuir, chapeliers, décorateurs et antiquaires racontent l’histoire d’une montagne habitée depuis des siècles.
Pour une pause sympa, on s’attable au Bar Sport, institution depuis 1911, où l’espresso se déguste face à l’église paroissiale, ou au LP26, plus contemporain. L’heure de l’aperitivo venue, la ville bruisse : on se retrouve à l’Enoteca Cortina pour un verre de vin local et une sélection de fromages et charcuteries du coin.
Le pic Ra Gusela, silhouette emblématique dominant le col du Giau, veille sur Cortina d’Ampezzo comme une sentinelle minérale, un sommet majestueux qui enflamme le ciel au coucher du soleil.
Cortina est aussi une destination gastronomique, où la cuisine de montagne s’élève au rang d’art. Au sommet, le chef Graziano Prest, à la barre du restaurant étoilé Tivoli, réinvente la tradition ampezzane : risotto à la truffe, gibier sublimé, raviolis au potiron et beurre noisette, desserts aux saveurs boisées… tout y célèbre la montagne avec goût. Autre adresse d’initiés : Baita Fraina, une ancienne ferme transformée en restaurant romantique, où les vins rivalisent de prestige avec les plats.
Pour une atmosphère plus chaleureuse, direction El Brite de Larieto, ferme-auberge bio où les produits viennent directement du potager et des pâturages environnants. Là encore, la magie opère : tout est simple, sincère, mais d’une perfection désarmante.
Joyau caché des Dolomites, le Lago di Sorapis dévoile son eau d’un bleu saphir envoûtant — un spectacle inaccessible en hiver, mais d’une beauté à couper le souffle en été. ©
Cortina cultive aussi l’art du ressourcement. Le mythique Cristallo, A Luxury Collection Resort & Spa, joyau Belle Époque suspendu face aux montagnes, est le lieu idéal pour se régénérer. Les suites s’ouvrent sur les Dolomites, le spa mêle bois, pierre et lumière, et les soins associent produits alpins et techniques holistiques. À quelques pas du centre, le Rosapetra Spa Resort offre une version plus contemporaine du luxe, avec piscine intérieure, sauna panoramique et soins personnalisés signés Comfort Zone, marque italienne de soins corps et visage, Certified B.
Entre deux journées de ski, on s’offre une parenthèse : une balade en raquettes au clair de lune, un tour en traîneau tiré par des huskys, ou simplement un chocolat chaud pris en terrasse, enveloppé d’une couverture. Ici, chaque instant invite à calmer le rythme.
© ALBERTO TONDO
Cortina est aussi riche d’une histoire : celle d’un village de montagnards devenu symbole de l’élégance italienne. Dans les années 1950, la station était le refuge d’Audrey Hepburn, de Clark Gable et des aristocrates européens. L’esprit de la dolce vita plane encore sur ses rues, entre modernité et tradition. Les chalets, restaurés avec goût, conservent leurs balcons sculptés ; les hôtels affichent un charme d’antan mêlé à la technologie la plus contemporaine ; les habitants, fiers de leur vallée, partagent leur hospitalité avec une générosité intacte.
Aujourd’hui, Cortina prépare les Jeux olympiques d’hiver 2026, et l’effervescence se fait sentir. Malgré les aménagements et la polémique liée à la piste de bobsleigh, la ville reste fidèle à son âme : un lieu où la beauté se vit à chaque pas, où le luxe se confond avec la lumière et la lenteur.
la nuit, Cortina d’Ampezzo, parée de mille lumières, dévoile le charme feutré d’une station élégante où l’esprit des Dolomites se mêle à la douceur italienne.
Lorsque la nuit tombe, que les flocons se posent sur les toits et que les cloches résonnent dans la vallée, Cortina révèle sa part la plus précieuse : son silence. Ce calme ouaté, enveloppant, que seuls rompent les pas dans la neige ou le crépitement d’un feu. C’est cela, sans doute, le vrai luxe : se sentir à la fois ailleurs et profondément ancré.
Au cœur des Dolomites, Cortina d’Ampezzo n’est pas seulement une station de ski : c’est un monde à part, où l’hiver devient une expérience sensorielle, esthétique et intime. Une parenthèse suspendue, entre ciel et neige, entre élégance et authenticité – entre rêve et réalité.

Les traces humaines les plus anciennes dans la vallée de l’Ampezzo remontent au Mésolithique, vers 6000 av. J.-C. On a retrouvé un corps momifié, dit Uomo di Mondeval, témoignant d’une occupation humaine très ancienne de ces montagnes.
Photo de couverture : Les sommets majestueux des Dolomites veillent sur Cortina d’Ampezzo, reine incontestée des Alpes italiennes. © LU MIKHAYLOVA, SHUTTERSTOCK.COM
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