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Knokke : inclusif ou exclusif ?

KnokkeLe Zoute

Alain Zenner & Martin Boonen

23 July 2026

« What’s in a name ? » demandait Juliette chez Shakespeare. À Knokke-Heist, la réponse tient toujours en un mot, « exclusif », qui fait vibrer les dorures du conseil communal. Un an après notre premier billet, le débat a quitté le terrain de la sémantique pour celui, plus concret, des tribunaux et de la fiscalité.

Tout est parti d’un mot, un seul, qui a fait vibrer les dorures du conseil communal : exclusif. Douze mois plus tard, la querelle n’a rien perdu de sa vivacité, bien au contraire.

D’un côté, la bourgmestre joue la carte de l’ouverture. « Je ne souhaite pas que Knokke-Heist soit une commune exclusive, au sens où personne ne devrait en être exclu », expliquait-elle lors d’une interview. Pour elle, le mot exclusif évoque le contraire de l’inclusion sociale. Traduction : personne ne doit être mis à la porte.

Première femme à ceindre l’écharpe mayorale de la station depuis 2025, l’élue N-VA aime d’ailleurs rappeler que sa communauté se veut « ouverte » et « inclusive », attachée à la langue, à la culture et à une identité qui, selon la formule néerlandaise, « binden en verbinden » : lient et relient. Elle rêve d’une commune sans barrières où le résident croise les visiteurs de tous horizons dans une parfaite harmonie, sans discrimination. Une vision généreuse qu’on ne peut qu’applaudir.

Cathy Coudyser © Philip Reynaers/Photonews

De l’autre, l’opposition sort les griffes. Pour elle, préserver le caractère exclusif de Knokke, ce n’est pas chasser l’intrus, c’est cultiver le standing. Ici, l’exclusivité n’est pas une mesure d’expulsion, mais un label de qualité : un art de vivre raffiné, des fleurs bien taillées et une culture de haut vol. « C’est ce caractère exclusif qui fait notre attractivité », plaidait un conseiller de la liste des Intérêts communaux. On le comprend tout autant, et on partage ce souhait de qualité.

Sauf que, cette année, la guerre des mots est passée à la caisse. La taxe communale sur les résidences secondaires, qui vise spécifiquement les propriétaires non domiciliés, a de nouveau été jugée illégale par la cour d’appel de Gand en 2026, au motif qu’elle rompt l’égalité entre résidents permanents et propriétaires de pied-à-terre.

Un camouflet judiciaire que la commune digère mal : elle continue de défendre la légitimité du prélèvement, envisage un pourvoi en cassation et a, dans le même temps, relevé le tarif de plus de 20 % par rapport à l’exercice précédent. À quoi s’ajoute la logiesbelasting, taxe instaurée en 2024 sur la mise à disposition d’hébergements touristiques, qui filtre un peu plus les Airbnb et autres locations de courte durée. De quoi donner au mot « exclusif » un sens nettement plus arithmétique.

Le même souci de sélection irrigue l’urbanisme et le commerce. Titulaire des portefeuilles du développement urbain, de l’environnement et du logement abordable, Cathy Coudyser pilote un Strategisch Commercieel Plan qui organise, sélectionne et accompagne enseignes et manifestations, avec une prédilection assumée pour le haut de gamme et l’expérience premium. Les grands rendez-vous de la plage, de Down by the Sea au Zoute Challenge, se réservent en ligne, à jauge maîtrisée. On accueille, oui, mais on choisit son public.

Alors, duel politique ou simple méli-mélo linguistique ? Si l’on en croit le dictionnaire, le mot est plutôt agressif : « qui a le pouvoir d’exclure », « fermé à toute pénétration extérieure », voire « intolérant ». On comprend que Cathy Coudyser tique. Mais le marketing moderne et l’influence du néerlandais ont adouci le terme. Aujourd’hui, un bien exclusif en vitrine immobilière ne signifie pas qu’il est interdit à certains passants, mais qu’il est précieux, rare… et souvent très cher.

Pour la majorité, le mot fait peur ; pour l’opposition, il fait rêver. Et si on arrêtait d’ergoter ? Vouloir une station à la fois inclusive, ouverte à tous, et exclusive, d’une qualité exceptionnelle, n’est pas un oxymore, c’est tout simplement le bon sens. On peut tout à fait accueillir tout le monde, à condition que le cadre reste impeccable.

Reste la question que les juges gantois, eux, ont tranchée cette année : jusqu’où la qualité peut-elle se payer sans devenir une barrière ? Après tout, le vrai luxe, c’est d’être sélect sans être sectaire.

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