Guy Legrand
19 October 2026
Le 11 juin dernier, la société belge EVS Broadcast Equipment a clôturé le programme de rachat d’actions propres lancé en avril. Récolte : les 150 000 titres visés. Le spécialiste des serveurs vidéo avait alors amassé 943 518 de ses propres actions, soit 6,5 % du total. Chez Sofina, ces achats se poursuivent et le holding détenait, début septembre, 1,4 million d’actions propres, soit 3,8 % des titres existants. De tels rachats sont plus courants que naguère. Dans quel but ?
Il est fréquent qu’une entreprise cotée attribue à son personnel, en particulier de direction, des stock-options, c’est-à-dire la possibilité d’acquérir des actions de l’entreprise à un prix fixé à l’avance. Si les affaires sont florissantes, le cours grimpera et l’employé encaissera une plus-value. Comme le cours peut aussi baisser, cette dernière n’est toutefois pas garantie. Chez Sofina, quelque 38 % des options ont un prix d’exercice inférieur à 200 euros, fort en-dessous du cours actuel. Mais près de 17 % affichent un prix d’exercice supérieur à 350 euros, très au-dessus de ce cours. C’est souvent pour répondre à l’exercice de ces options qu’une entreprise fait provision d’actions propres.
Ce n’en est toutefois pas la seule finalité. Chez EVS, on déclare toutes les options ouvertes. Outre l’exercice des options, on évoque également le moyen de payer le rachat d’une entreprise en actions propres, ainsi que l’annulation de ces actions. Pour le bonheur des actionnaires ! Moins d’actions existantes, cela signifie en effet que le gâteau (l’entreprise) se partage entre un nombre inférieur de parts. Chaque part (l’action) vaut dès lors un petit peu plus. L’actionnaire encaisse donc une plus-value, du moins en théorie. Mais souvent aussi en pratique, car le cours s’apprécie généralement à l’annonce d’un rachat d’actions propres.
Alors que les investisseurs européens restent fort attachés à percevoir un dividende, les Américains sont friands de rachats d’actions. Au point que les États-Unis représentaient l’an dernier plus de 71 % du total mondial, avec les secteurs financier et technologique largement en tête. L’Europe arrive à moins de 15 %. Outre-Atlantique, ces rachats ont dépassé 1 000 milliards de dollars l’an dernier, soit plus d’une fois et demie le total des dividendes. Une fiscalité plus avantageuse pour les rachats que pour les distributions n’est pas étrangère à cette situation. Surtout couplée à l’explosion des bénéfices dans les secteurs en question !
Le rachat d’actions propres gagne toutefois du terrain au niveau international. Il fut longtemps perçu en Europe comme relevant d’un manque d’ambition, cette dernière devant se traduire par davantage d’investissements. Le souci d’éviter une diversification hasardeuse et de bien rétribuer l’actionnaire a toutefois favorisé le mouvement. Autre argument : en cas de besoin, interrompre un programme de rachat d’actions est moins voyant qu’abaisser un dividende…
Photo de couverture : © Image générée par l’IA