Guy Legrand
06 July 2026
En principe insignifiante à quelques jours d’intervalle, la variation entre l’euro et une devise étrangère peut prendre une ampleur considérable après plusieurs années. Un exemple frappant : la lira turque a perdu pas moins de 96% de sa valeur en quinze ans ! On comprend que le rendement ébouriffant offert par les obligations en lira, de l’ordre de 35% à l’heure actuelle, ne constitue pas nécessairement une bonne affaire…
Sans doute ne viendrait-il guère à l’idée d’un investisseur belge d’acheter des obligations dans une telle monnaie, pas plus qu’en peso argentin par exemple. Si des chutes d’une pareille ampleur ne sont pas de mise entre devises de pays plus développés, des écarts sensibles peuvent néanmoins s’observer en peu de temps. Le dollar américain n’a-t-il pas glissé de quelque 12 % face à l’euro l’an dernier, privant l’investisseur européen de l’essentiel de la hausse des actions américaines ?
Une mésaventure restée dans les annales financières concerne le dollar australien. Au début des années 1980, le rendement des obligations en franc belge commençait à fléchir : de 14 % et même un peu plus, il revenait à moins de 13 %. Un drame ! Une grande banque fit alors la promotion des obligations en dollar australien, devise dont le rendement n’avait pas subi le même coup de rabot.
Enorme déception un an plus tard, quand les épargnants touchèrent leur premier coupon : le dollar “kangourou” avait perdu un quart de sa valeur ! Bon nombre revendirent en panique… ratant le joli rebond que la devise afficha ensuite. Pourquoi une telle chute dans le chef d’un pays pourtant bien développé ? L’Australie est un producteur de matières premières, l’Europe un consommateur. Quand leurs cours baissent, nous en profitons, tandis que l’Australie en souffre. Intérêts divergents, évolutions monétaires divergentes.
La différence avec les pays moins développés, c’est que les évolutions s’affichent dans les deux sens : les chutes sont suivies de rebonds. Par-delà quelques cabrioles autour de l’année 2010, le dollar australien se retrouve aujourd’hui presque au même niveau qu’il y a trente-cinq ans.
Un écart monétaire peut, sur une très longue période, prendre une ampleur monstrueuse, même au niveau européen. Le napoléon, la très populaire pièce d’or française de 20 francs, s’inscrit dans le cadre d’une Union latine qui réunissait en 1865 la France, la Belgique, l’Italie et la Suisse. Ces pays émirent des pièces de 20 francs-or ayant par définition la même valeur. Une lire italienne valait donc, à l’époque, autant qu’un franc suisse. La première n’a ensuite cessé de se déprécier face au second, au point qu’au moment de sa disparition en 2000 au profit de l’euro, il fallait en chiffres ronds 1500 lires pour obtenir un franc suisse !