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Quand le train entre en lévitation !

MobilitéNevomoTrain

Robert van Apeldoorn

15 July 2023

© Nevomo

Un train en sustentation sur des lignes ferroviaires existantes, filant à plus de 500 km/heure ? C’est le pari de Nevomo, une start-up qui a convaincu la SNCF à s’intéresser à une technologie capable de nettement accélérer et améliorer les services ferroviaires, et ce sans nouvelle infrastructure.

Elon Musk avait tracé la voie des trains du futur en 2013, en proposant le projet Hyperloop, un véhicule avançant à plus de 1000 km/heure dans un tunnel sous vide, un vrai concurrent à l’avion ! Plusieurs sociétés à travers le monde cherchent à lancer des Hyperloop, mais – sans mauvais jeu de mots – les projets ne décollent pas. Il y a une autre voie. “S’il faut investir dans une infrastructure nouvelle aussi importante, cela coûte une fortune et prend un temps considérable ; il y a d’autres manières d’améliorer le rail bien plus rapidement”, estime Jacques Berrebi, co-fondateur de Teleperformance, premier acteur mondial dans le secteur des centres d’appel, qui possède aussi le magazine L’Éventail. Il a investi dans une start-up polonaise, Nevomo, qui développe des technologies inspirées par l’Hyperloop, notamment par sustentation, pour améliorer de manière astucieuse les réseaux existants.

Jacques et Laurent Berrebi entourant Ben Paczek. © JND

Jacques et Laurent Berrebi entourant Ben Paczek. © JND

Étape importante, la SNCF vient de conclure un accord de collaboration pour examiner comment les technologies de Nevomo, appelée MagRail, pourraient améliorer le trafic. Le groupe français analysera techniquement cette approche jusqu’en 2025, avant d’envisager des tests, puis une mise en service.

Les moteurs linéaires pour accélérer les trains

© Nevomo

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“Nous pensons qu’il y a moyen d’améliorer considérablement les réseaux ferroviaires actuels, avance Ben Paczek, CEO de Nevomo. C’est une nécessité, car les transports aériens et les routes ont des soucis de congestion, de retard. Le rail reste une solution, mais il a besoin d’être amélioré, notamment en matière de capacité et de coûts.” Sa recette consiste à utiliser le principe des moteurs linéaires imaginé pour les trains du futur, dont l’Hyperloop. “Il y a moyen de les utiliser sur des lignes existantes en posant un rail central”, continue Ben Paczek. Ils peuvent apporter deux améliorations. La première est une meilleure performance du matériel existant. “L’une des faiblesses du train est le contact entre la roue et le rail, les accélérations et les freinages sont volontairement limités, pour éviter le patinage. C’est moins efficace qu’entre un pneu et une route. Un moteur linéaire posé sous des voitures pourrait beaucoup améliorer cela, il fonctionne avec le rail central.”

La SNCF est intéressée par le procédé, appelé MagRail Booster, et pourrait ainsi augmenter le nombre de trains RER sur des lignes encombrées comme celles passant par la station Châtelet-Les Halles, donc la capacité. “Il y aurait moyen de réduire les intervalles entre les rames, avec une marge de sécurité”, assure Fabien Letourneaux, chef du département modélisation et expérience voyageur de la SNCF.

Voler sur les rails

© Nevomo

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La seconde amélioration, qui fait rêver, consiste à faire évoluer un train en sustentation (ou lévitation), jusqu’à 550 km/heure en ligne droite, toujours sur une voie existante. “Pour ce type de service, il faut utiliser un matériel spécifique, plus léger”, poursuit Ben Paczek. Outre le rail central à poser, il faut ajouter des structures latérales pour maintenir le véhicule dans le bon axe. Il décolle littéralement vers 60-70 km/heure, survole les rails à quelques centimètres d’altitude. Ces améliorations sont basées sur la technologie du moteur linéaire. Le principe est identique à un moteur électrique traditionnel, sauf qu’il n’est pas circulaire mais construit en longueur. La partie active, le stator, posée au sol (rail central), reçoit le courant électrique. La partie passive, le rotor, est installée sous la voiture ou le wagon. Le stator génère un champ magnétique qui entraîne le mouvement du train par son interaction avec le rotor.

La collaboration avec la SNCF

© Nevomo

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À l’origine, la technologie des trains à sustentation, développée en Europe, exigeait de voies spécifiques, ce qui a entraîné leur abandon au profit des TGV. Les seules lignes en services sont situées en Asie, notamment en Chine. L’Hyperloop a relancé l’intérêt en proposant la technologie adaptée à un tunnel. “Nevomo est un projet orienté vers tous les secteurs du rail : les trains, les métros, l’Hyperloop ou encore le fret automatisé”, explique Jacques Berrebi. À sa création, Nevomo cherchait à développer l’Hyperloop en Pologne mais a voulu une approche plus rapidement utilisable. Outre le RER, la SNCF va l’examiner afin de l’utiliser avec les trains de marchandises, pour en accélérer le mouvement dans les grandes pentes, avec des moteurs linéaires sous les wagons. La technologie pourrait aussi servir à réactiver des lignes secondaires, si possible en conduite autonome. Ou à automatiser la formation de trains de fret en gare de triage : les wagons équipés d’un moteur linéaire pourraient s’assembler sans locomotive ni caténaire.

“Ma fierté, après Teleperformance…”

“Ma fierté, après avoir fait de Teleperformance, en partant de France, un opérateur mondial, coté au CAC40, doublant tous ses compétiteurs à travers le monde, c’est de voir que le démarrage opérationnel de Nevomo se fait dans mon pays… Ceci grâce au partenariat que nous initions aujourd’hui, devant vous, avec la SNCF”, s’est réjouit Jacques Berrebi lors de l’annonce de l’accord, début mars, au Hello Tomorrow Summit. La “SNCF perpétue ainsi sa volonté d’être un précurseur et un acteur majeur, en matière d’innovation et de progrès, dans le domaine des transports”. Nevomo a signé plusieurs accords, notamment avec le réseau ferroviaire italien. Il a construit une ligne test en lévitation magnétique de 750 mètres en Pologne, la plus longue ligne d’essai du genre en Europe…

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