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Quand un flamant rose trompe les détecteurs d’intelligence artificielle

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François Didisheim

03 November 2026

Un vrai cliché primé dans une catégorie IA, une image générée couronnée dans un concours photo : les jurys s’emmêlent. À Bruxelles, galeristes et photographes s’interrogent sur ce que nous achetons vraiment quand nous achetons une image.

En 2023, l’artiste allemand Boris Eldagsen remporte un Sony World Photography Award avec un portrait de deux femmes à l’allure ancienne. Une image saisissante, entièrement générée par intelligence artificielle. L’artiste voulait justement alerter sur la confusion entre photographie et création par IA. Pour tester le détecteur de fumée, il avait apporté la flamme.

En 2023, en recevant le prix Sony World Photography Award pour sa photo “Pseudomnesia : The Electrician”, l’Allemand Boris Eldagsen avouait que cette photographie n’était pas de son fait mais générée par l’IA. © DR

Un an plus tard, le Canadien Miles Astray réalise l’opération inverse. Il présente, dans une catégorie consacrée à l’IA, un flamant rose apparemment sans tête. Il gagne deux prix, avant d’être disqualifié lorsque la supercherie est révélée. Or l’oiseau est parfaitement réel. Il nettoie son plumage, la tête et le cou repliés sous son corps. Voilà donc un animal qui prend la technologie à son propre piège, sans même interrompre sa toilette.

Derrière ces deux histoires se cache une question moins farfelue qu’il n’y paraît. Qu’achetons-nous vraiment quand nous achetons une œuvre ? Une belle image ? Un regard ? Une rencontre avec le réel ou avec l’abstrait ?

Deux visions bruxelloises

À Bruxelles, Alain D’Hooghe, directeur de la Box Galerie, défend son point de vue : la photographie vaut par la manière singulière dont un auteur voit le monde. Commander une image à un logiciel lui paraît bien pauvre en comparaison. Certains courent peut-être après la modernité comme après un tram, mais sans regarder où il va.

ette oeuvre est une réinterprétation générée, par l’IA, qui imite la célèbre photo à grande vitesse prise en 1964 par Harold Eugene Edgerton. Elle a été réalisée par le duo d’artistes allemands Brodbeck & de Barbuat, et elle a été présenté lors de l’exposition “Almagine”. © DR

Au Hangar, sa directrice Delphine Dumont porte un autre regard. Pour comprendre cette révolution, elle a organisé en 2025 AImagine, une exposition réunissant une vingtaine de projets de photographes utilisant l’IA. Elle y a trouvé un véritable propos artistique. Certains créateurs nourrissent les logiciels de leurs propres images. La machine travaille, mais quelqu’un lui donne une direction. Elle rappelle que le numérique devait déjà enterrer l’argentique. Le défunt annoncé se porte pourtant plutôt bien.

Les photographes ne sont pas tous obligés de passer à l’IA. Le Belge Stephan Vanfleteren s’y intéresse, mais préfère poursuivre son travail au contact du réel. Pour photographier la mer, il est même entré dans l’eau. Découvrir les possibilités d’un logiciel ne l’empêche pas d’affronter lui-même les embruns.

Pour le public, difficile de savoir au premier regard si une scène a été photographiée ou générée par ordinateur. D’où l’intérêt de préciser comment l’image a été produite. On peut admirer les deux, mais saisir un instant qui a réellement existé et inventer une scène sur écran ne racontent pas la même chose. Le flamant rose nous le rappelle : la nature n’a pas attendu l’intelligence artificielle pour inventer des images invraisemblables.

Image de couverture : Dans un monde guidé par la suspicion d’utilisation de l’IA, des doutes ont été portés à l’encontre de l’artiste pluridisciplinaire canadien Miles Astray pour son cliché « Flamingo ». Or, il s’agit bien d’une photo réelle d’un flamant rose sur pattes, sans tête ni ailes, certes, mais il s’agit là tout simplement de… sa position pour dormir. © Miles Astray

Sur le même sujet, découvrez le dernier podcast de François Didisheim, CEO de High Level Communication & L’Eventail, sur BXFM Radio :

Article inspiré par la newsletter de Lobby du 30 octobre écrite par Françoise Wallyn et François Didisheim, fondateur de Lobby. Retrouvez la revue des cercles du pouvoir, ici

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