L'Éventail
13 April 2026
Yann Kerlau débuta sa vie professionnelle comme avocat, exerçant successivement à Paris et à New York. Ce premier ancrage dans le droit lui forgea une rigueur intellectuelle qui traverserait toute son œuvre. Il rejoignit ensuite les grandes entreprises françaises, occupant les postes de secrétaire général de TFE (groupe Worms), puis de CEP Communication (groupe Havas), avant de bifurquer vers l’univers qui lui correspondait le mieux : le luxe. Directeur juridique d’Yves Saint Laurent Parfums, il gravit encore les échelons jusqu’à Gucci, où il fut nommé directeur général délégué et membre du comité exécutif, fonctions qu’il occupa de 2000 à 2008.
La vocation littéraire de Yann Kerlau était antérieure à ces responsabilités dirigeantes. Dès 1989, il publiait chez Perrin une biographie de Cromwell, Cromwell, la morale des seigneurs, suivie l’année suivante d’un essai sur les Aga Khans, Saga des chefs spirituels ismaéliens, réédité en 2004. C’est en 2010 qu’il franchit le pas vers le roman avec L’Échiquier de la reine (Plon), ressuscitant la reine Christine de Suède sous la forme d’un journal apocryphe à la première personne, procédé qui lui permettait d’explorer les émotions intimes d’un personnage historique d’une modernité saisissante. L’ouvrage se vendit à plus de dix mille exemplaires. En 2017, il récidivait chez Albin Michel avec L’Insoumise consacré à Jeanne de Castille, dite Jeanne la Folle, dans lequel il prenait résolument le parti de la victime face aux abus du fanatisme religieux et de l’ambition dynastique. Son dernier ouvrage, Léon Battista Alberti, le magicien de la Renaissance (Albin Michel, 2023), rendait hommage à l’un des plus grands humanistes du Quattrocento, philosophe, mathématicien, architecte et poète, injustement tombé dans l’oubli.
© DR
Parallèlement à ses romans, Yann Kerlau s’imposa comme l’un des analystes les plus fins des dynasties du luxe. Ses essais, Les dynasties du luxe, Les secrets de la mode (Perrin, 2013) et Chercheurs d’art (Flammarion, 2014), furent régulièrement cités dans la presse économique internationale. Sa biographie de Pierre Bergé, publiée en 2018 chez Albin Michel, fut la première à paraître après la disparition du redouté associé d’Yves Saint Laurent : Yann Kerlau y peignait le portrait d’un homme exigeant et impitoyable, mais visionnaire, sans lequel la maison n’aurait pu survivre. La plupart de ses livres furent traduits en plusieurs langues.
Yann Kerlau entretenait avec notre pays des liens profonds et durables. Depuis 2014, il était l’une des plumes les plus fidèles de L’Éventail, pour lequel il signait des articles sur les dynasties du luxe et les grandes figures de l’entrepreneuriat, de la lignée des Lauder à Coco Chanel, d’Hippolyte Wouters aux Wendel. Il était également présent dans les cercles culturels bruxellois, conférant, pour L’Éventail, au Cercle Royal Gaulois ainsi qu’au Cercle Royal Artistique et Littéraire de Gand. Critique littéraire pour Culture-Tops, Atlantico et Ouest France, il aura jusqu’au bout exercé ce rare talent qui fut le sien : allier la rigueur documentaire de l’historien à la fluidité narrative du romancier. L’Éventail perd en lui un collaborateur d’exception.
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