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Gwennaëlle Gribaumont

23 February 2022

Arne Quinze dans son atelier à Laethem-Saint-Martin. © DR

Né en 1971, Arne Quinze commence sa carrière dans les années 1980 en tant que graffeur. Du street art à l’art public, il n’y a qu’un pas que l’artiste franchit en livrant dans l’espace urbain de grandes installations. Des structures marquantes qu’il sème aux quatre coins du monde, de Washington à Shanghai, de Paris à Dubaï. Son art, tout entier inspiré des beautés de la nature et des fleurs en particulier, nous interroge autant qu’il nous invite à renouer avec nos racines. À la Brafa, Arne Quinze exposera des peintures de grand format, dont un quadriptyque inspiré de son jardin aux quatre saisons, une série d’œuvres sur papier, une sculpture monumentale, des installations spatiales, sonores et vidéo, sans oublier le dessin du tapis de cette édition.

L'atelier d'Arne Quinze à Laethem-Saint-Martin. © DR

L'atelier d'Arne Quinze à Laethem-Saint-Martin. © DR

C’est dans son studio, niché au cœur du petit village de Laethem-Saint-Martin, berceau de l’Expressionisme flamand, que nous avons eu l’opportunité de le rencontrer. Si au détour de notre interview, il nous confiera vouloir « rester le plus loin possible de l’humain », c’est pourtant avec une générosité contagieuse qu’il nous reçoit. Premiers échanges et un constat immédiat : notre conversation ne cessera de prendre des directions insoupçonnées, entre digressions et réflexions philosophiques. Sur ses initiatives prévues à la Brafa, il restera extrêmement discret, préférant ménager un effet de surprise tout à son honneur. Seule certitude, Arne Quinze se fait une joie d’en être l’artiste invité. « J’en suis heureux pour une raison très simple : 95 % de mes projets artistiques se concrétisent à l’étranger. Je suis donc particulièrement enthousiaste quand je peux participer à un projet en Belgique. J’aime avoir ce partage avec le public. » Un ancrage local partagé par les responsables de la foire, puisque Arne Quinze est aussi le premier artiste belge à jouer ce rôle. « À mes yeux, la Brafa, c’est la même chose que mon jardin. C’est un lieu où règne la diversité. Un Dubuffet, un vase grec, une statue africaine… Toutes ces choses coexistent dans une diversité qui a pour point commun la créativité. » Tout au long de notre rencontre, notre conversation dévie invariablement sur son jardin. Un territoire de fleurs et de plantes sauvages qui entoure son studio, lui servant de laboratoire. C’est en effet l’observation minutieuse et admirative de cet environnement naturel qui irrigue toute l’inspiration de sa démarche plastique.

Le jardin de 25 000 plantes européennes d'Arne Quinze.

Le jardin de 25 000 plantes européennes d'Arne Quinze. © DR

L’Éventail – Vous êtes l’invité d’honneur de la Brafa, sacro-saint rendez-vous des collectionneurs. Est-ce dans votre nature de collectionner des objets ?
Arne Quinze – Je collectionne beaucoup de belles choses, mais ce qui m’intéresse le plus, c’est ma collection de plantes. Quand j’ai acheté cette ancienne écurie, il y a douze ans, j’ai tout enlevé : les parterres bien ordonnés, les haies parfaitement taillées et ce gazon trop bien coupé. À la place, j’ai planté quelque 25 000 plantes européennes. Mon jardin est devenu mon laboratoire. J’y étudie la beauté de la nature, cette diversité de couleurs et de formes qui inspire tout mon travail. La nature est beaucoup plus difficile à collectionner que des montres, des œuvres d’art ou toute autre chose matérielle. Collectionner des plantes implique un engagement : il faut donner du temps, s’y intéresser pour être capable de les soigner. Ce temps que l’on investit, on le gagne en retour. Vivre en harmonie avec la nature nous fait presque rajeunir.

– Quelle serait, à vos yeux, l’œuvre d’art absolue ?
– J’ai la chance d’avoir énormément voyagé avec mes enfants. Nous avons visité les temples birmans, les sites incas ou chinois, des tas de grands musées internationaux… Je pourrais vous parler de tellement de belles choses ! De Rodin, de Baselitz… Mais ce qui nous a le plus profondément touchés, intimement et intensément, c’est un arbre rencontré dans le Sequoia National Park en Californie. Un arbre d’une hauteur de près de 100 mètres. La base du tronc mesure plus de 30 mètres de circonférence ! Face à ce sequoia de plus de 2000 ans qui a vu évoluer le monde, on se sent tout petit. Cette expérience relativise très fort notre position sur cette terre.

Arne Quinze au travail sur l'une de ses sculptures monumentales. © DR

Arne Quinze au travail sur l'une de ses sculptures monumentales. © DR

– Cette grandeur faisait-elle écho à la monumentalité de vos projets ? 
– Comme dans la nature, qui fait coexister une minuscule fleur d’un centimètre et un arbre immense, ma production présente des formats très variés : je produis de toutes petites œuvres, mais également des projets qui peuvent atteindre 150 mètres de long sur 30 mètres de haut. Actuellement, nous finalisons pour la ville de São Paulo une œuvre de 90 mètres, soit deux fois plus haut que la Statue de la Liberté. Avec mon équipe, nous avons eu un itinéraire à contre-courant de la logique qui voudrait que l’on commence petit pour terminer par de grandes choses. Nous avons débuté par des installations monumentales dans l’espace public, avant d’imaginer de petites œuvres que l’on expose en musées ou en galeries. Aujourd’hui, nous avons des sculptures aux quatre coins du monde. Il est très important pour moi que l’art ne soit pas élitiste. Nous n’avons pas besoin de posséder une sculpture. Si la sculpture est dans l’espace public, ça crée un partage. Il est primordial de sortir la sculpture, de la libérer des quatre murs pour ouvrir la discussion avec un plus large public.

– Si vous ne deviez livrer qu’un seul message, mener qu’un seul combat, lequel choisiriez-vous ? 
– Nous devons apprendre à regarder, à embrasser la beauté de la nature. C’est ce que j’essaie de transmettre à travers toutes mes œuvres. La nature est incroyable et nous ne cessons de la détruire. Depuis 1971, année de ma naissance, nous, les humains, avons « réussi » à détruire un tiers de la flore et de la faune qui existaient à cette époque. Il est d’ailleurs effrayant d’observer à quel point nous sommes déconnectés de la nature. Nous en sommes éloignés dès notre naissance. Notre premier contact avec ce monde se fait entre quatre murs blancs, bien stériles. Puis de l’école à la maison, en passant par le travail, nous ne cessons d’évoluer entre des murs de briques ou de béton. Aussi, les différentes crises que nous traversons – qu’elles soient écologiques ou sanitaires – m’apparaissent comme une piqûre de rappel de l’état d’urgence de protéger la nature. C’est aussi un signe de la nature elle-même, nous rappelant qu’au final, c’est elle qui gère !

Informations supplémentaires

Foire

Brafa

Dates

Du 19 au 26 juin 2022

Adresse

Brussels Expo I Heysel
Place de Belgique 1, 1020 Bruxelles

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