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François Lenglet : « les dividendes du numérique comptent pour l'économie de demain »

  • Rédigé par Corinne Le Brun
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Le journaliste économique François Lenglet Le journaliste économique François Lenglet © Christophe Chevalin

Dans son livre « Quoi qu'il en coût€ », François Lenglet, journaliste économique, se demande qui va vraiment payer. Il analyse les conséquences de la crise de la Covid-19 alors que les dettes des États explosent tous les records.

Eventail.be - Selon vous, la dette est-elle illimitée ?

François Lenglet - Personne ne peut la situer une somme précisément. Les dépenses pour la lutte contre la crise s'élèvent à 15 mille milliards de dollars au niveau mondial, en Europe, un peu moins. Si on se fie à l'histoire, toutes les périodes où on s'est endetté justement sans limite cela a abouti à un crack. Pour le comprendre, il faut pousser le raisonnement jusqu'au bout. Imaginons que la Banque Centrale européenne dit désormais nous allons virer sur le compte bancaire de chacun des 450 millions d'Européens 10 000 euros par mois. Pourquoi pas ? On ne créerait pas plus de richesse. Il y a normalement une adéquation entre la création de richesse et la création de monnaie. Celle-ci doit être le reflet à peu près de la création de richesse. Et là, ce serait le contraire. On entrerait dans une période de désordre profond où les gens étant payés ne travailleraient plus. Du coup, plus rien ne se ferait. Cet argent n'aurait plus véritablement de valeur et, petit à petit, les circuits de distribution se gripperaient. On entrerait dans un autre univers. Cela montre bien qu'il y a une limite. Plus on s'endette plus on s'en rapproche.

 

- Quel serait l'élément déclencheur ?

- Une crise politique, une crise sociale avérée avec une révolte, des grèves... Tant qu'on soutient la demande en indemnisant les victimes de la crise, ce que tous les pays européens font, on évite la crise sociale mais pour combien de temps, personne ne le sait. L'autre élément c'est un désaccord au niveau des états européens. La BCE, c'est une coopérative. Le Français et les Italiens opteraient pour une dette aussi longtemps que possible. Par contre, un jour ou l'autre, les Allemands diront on s'arrête, on reprend le travail, on remet les finances publiques en ordre. Un conflit de ce type au sein de la BCE peut déboucher sur une crise de confiance qui frappe l'Euro et qui du coup fasse que les investisseurs internationaux vendent l'Euro parce qu'ils ne veulent pas détenir une monnaie qui est gérée par des gens qui n'ont pas les mêmes objectifs. C'est aussi une limite.

 

Devant la Banque Centrale Européenne
La Banque Centrale Européenne © DR 

 

- Chaque état membre de l'Union européenne remboursera-t-il la dette ?

- En principe oui. Certains disent que ce n'est pas une dette ordinaire puisqu'on ne l'a pas empruntée auprès des investisseurs ordinaires mais auprès de la BCE qui elle-même a créé cet argent. La BCE nous appartient donc on s'en fout, certains le disent et le souhaitent notamment le gouvernement italien. Si on fait ça, le risque c'est que vis-à-vis de la communauté internationale financière, on passe pour des gens qui rompent nos engagements auprès de la BCE et, demain, auprès des prêteurs privés. Du coup, on provoque la crise de confiance. On fait ça pour la gestion de l'épidémie mais le risque est que, demain, on le fasse pour le climat ou pour l'enseignement... toutes les causes sont bonnes. On entrerait dans une spirale qui nous ramène à l'hypothèse absurde où la BCE finit par tout financer et où on détruit l'économie petit à petit.

 

- Cette dette provoque-t-elle l'inflation ou la déflation ?

- Tout dépend du terme qu'on envisage. À court terme, on est plutôt dans une période déflationniste parce que la croissance n'est pas là, l'épargne est très importante, du coup les prix ne montent pas. Les gens qui vendent ne veulent pas augmenter les prix dans la crainte de dissuader encore davantage les acheteurs. Quand on délie la création d'argent par rapport à la production de richesse, en bonne logique, l'inflation se développe parce que justement l'argent est dans les mains des consommateurs et donc ils achètent beaucoup et cela fait monter les prix à plus long terme. En tout cas, la morale de l'histoire, c'est que l'accumulation de dettes excessives crée des désordres monétaires qu'ils soient déflationnistes ou inflationnistes très perturbants pour la vie économique et pour la préservation de l'épargne. Quand c'est l'inflation, tout le monde paie. Tout l'argent que vous avez dans votre compte en banque, le fruit de votre travail se dévalue. Vous avez travaillé pour obtenir une certaine liberté de pouvoir consommer et vous ne pouvez plus acheter ce que vous avez prévu parce que les prix ont augmenté. Donc on vous spolie et dans ce sens-là c'est vous qui payez la dette indirectement, non pas sous la forme d'un impôt mais sous la forme d'une dévaluation de la monnaie.

 

 

La couverture du dernier livre du journaliste économique François Lenglet 

 

 

- La Chine a créé une zone régionale de libre-échange alors qu'en Europe, on tend vers une politique protectionniste...

- La Chine joue beaucoup de ce contraste. Les Chinois sont devenus les avocats du libre-échange et l'occident se referme. Ils sont de mauvaise foi parce que jusqu'ici-cela changera peut-être demain eux-mêmes étaient extrêmement protectionnistes. L'accord (RCEP, ndlr) a eu lieu il y a un mois. On va voir comment il va se mettre en place. Si vous vouliez vendre à une municipalité chinoise, vous n'y parveniez pas. Alors que la municipalité de Bruxelles a l'obligation de présenter un appel d'offre sans discrimination de nationalité parce que ce sont des règles européennes. On est, nous, beaucoup plus ouverts, jusqu'à maintenant. On commence à se rendre compte que cela a contribué à détruire des emplois chez nous et à les exporter en Chine indirectement. Alors que la Chine qui est position de force parce qu'elle a la croissance veut être encore plus forte grâce à ce partenariat économique régional pour constituer une zone autour d'elle de pays qui dépendent d'elle et qui soient un peu tenus en laisse. L'Europe aurait intérêt à être beaucoup plus prudente qu'elle ne l'a été sur les frontières extérieures. Par exemple, à taxer davantage les produits chinois qui sont faits dans des conditions environnementales que nous n'acceptions pas. C'est quand même un paradoxe: on impose à nos entreprises des normes environnementales très strictes qui renchérissent le coût des produits et on accepte l'importation de produits qui ne respectent pas ces normes. Je pense que l'Amérique restera protectionniste avec Joe Biden, peut-être de manière moins agressive qu'avec Trump. Mais c'est quand même l'esprit des temps. Le monde est en train de s'organiser autour de trois zones commerciales relativement fermées, ouvertes à l'intérieur d'elles-mêmes mais fermées les unes aux autres.

 

Un médecin administrant un vaccin pendant la crise sanitaire
© DR 

 

- Peut-on imaginer un impact positif de la pandémie sur notre modèle économique?

- Il y a des choses bonnes : l'utilisation du numérique dans les petites entreprises va donner des gains de productivité importante, soit de vendre davantage soit de permettre aux gens de travailler moins. Ce sont des dividendes qui comptent pour l'économie de demain et qui permettent de voir le futur sous un jour favorable. Le numérique permet d'être en contact avec des gens que vous ne pouviez pas rencontrer auparavant. Les géants sont exemptés d'impôts. Cela va aider à les corriger parce que si on accélère ce processus, la puissance augmente et du coup cette injustice fiscale devient encore plus intolérable. Il y a quand un même un projet au niveau de l'OCDE pour reconstruire les bases d'impôts pour ces grosses entreprises. Au niveau européen, on discute quand même de tous ces sujets maintenant. C'est long, c'est compliqué mais certains états comme la France, il y a un mois, ont cherché à mettre en place leur propre taxe sur les bénéfices des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), prenant ainsi le risque de subir des rétorsions commerciales de la part des Etats-Unis. Une façon de dire vous nous payez ce que vous nous devez en attendant la taxe mondiale sur le numérique. Ces idées sont longues à progresser comme l'a été la mise en place de la TVA, de l'impôt sur le revenu... Ce n'est pas forcément signe que cela ne se fera pas. Globalement, l'Europe a assez bien et vite réagi avec ce système de complément de revenu qui était indispensable même si je m'inquiète un peu pour l'avenir financier. Tout comme la mutualisation des efforts pour les vaccins, chaque état gardant son indépendance. On a une agence européenne du médicament qui va traiter les vaccins. On est dans des politiques coopératives très utiles. Jusqu'ici, la santé n'entrait pas dans le champ politique européen. C'est une bonne chose.

 

- Comment rebooster les secteurs économiques, notamment hospitalier?

- Le secteur hospitalier va profiter un investissement public très important dans les années qui viennent. On ne se laissera plus prendre au débotté par ce type de risque. Tous les pays du monde se rendent compte de la nécessité d'avoir un système hospitalier efficace. Si pas de vaccin, pas de tourisme. En mars, on aura très probablement envie d'aller au restaurant. Il faudra maintenir tous ces secteurs-là sous perfusion dans l'intervalle. On met les aides le temps qu'il faut et le jour où il n'y a plus de problème, spontanément tout repart. Les gens ont plus que jamais envie d'aller au théâtre, au cinéma, de voyager. Plus il y aura de numérique, plus les gens auront envie de se voir. C'est un acte de foi. En moyenne, nous avons quarante interactions sociales physiques par jour. On ne pourra pas se passer de ça.

 

Quoiqu'il en coût€ !
François Lenglet
Ed. Albin Michel
https://www.albin-michel.fr/lenglet/quoiquilencoute

 

Rédigé par Corinne Le Brun