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Dans la Cour des Grands : Albert II Superstar !

Dans la Cour des GrandsGothaMaison de Saxe-Cobourg

Thomas de Bergeyck

06 June 2024

Il était arrivé sur le trône de Belgique sur la pointe des pieds. Le pouvoir ? La couronne ? Les palais ? Peu pour lui. Albert préférait de loin profiter d’une vie dans l’ombre, au service de son frère en représentant la Belgique économique à l’étranger, mais en conservant sa liberté de mouvement et un relatif anonymat. Personnage surprenant, profondément attachant, Albert devenu Albert II a réinventé sa vie pour servir durant 20 ans la Belgique. Et il est aujourd’hui, à 90 Printemps, le doyen de tous nos souverains. Bon anniversaire, Sire !

En près de deux siècles, jamais un roi présent ou passé n’avait atteint son âge. Les deux premiers Léopold avaient 74 ans à leur mort. Le troisième, père d’Albert était âgé de 81 ans. À 90 ans, nous pouvons espérer que cet incroyable roi n’entre pour de bon dans l’immortalité. Quel destin tout de même que celui d’Albert, « frère de », qui a passé sa vie trois pas derrière son aîné à qui l’on avait tout promis. Baudouin régnait, les autres servaient.

Le roi Baudouin, et son frère, Albert, alors prince de Liège, lors de l'inauguration de l'exposition universelle de 1958 © Photo News

Mais l’expérience forme les passions. Les voyages économiques, Albert adorait ça. Vendre la Belgique à l’étranger, faire rayonner notre savoir-faire, servir de point d’achoppement entre des hommes et des femmes désireux de prospérer ensemble. Voilà le rôle de cet homme. Il était un délicieux compagnon de voyage pour tous ces chefs d’entreprise qui gardent de ces périples un souvenir ému. Le temps passe, et Albert avait fini par se forger une certitude : son frère Baudouin allait pulvériser tous les records, lui qui était monté au pouvoir à 21 ans. Le prodige, à l’instar de sa consœur britannique serait l’élu, le messie d’un tout jeune royaume dont l’urgence était de se faire une place dans le grand concert des nations européennes. Il y est parvenu, Baudouin. Son œuvre va durer 42 ans, deux de moins que le recordman Léopold II. Un règne du temps long, qui va laisser à Albert l’occasion de cheminer tranquillement, de plus en plus conscient, au fil du temps, qu’il ne sera qu’un « faiseur de rois », un passeur de témoin. La trajectoire est simple : son frère n’aura manifestement pas d’héritier c’est donc lui, qui en fournira un à la nation.

Trois générations de roi des Belges : Philippe, Baudouin et Albert. © Photo News

Il n’en sera finalement rien. Suite à l’accord secret scellé entre le Roi souffrant et son jeune frère, il sera bien question d’une montée sur le trône pour Albert, afin de laisser encore le temps à Philippe de poursuivre sa formation. Et voilà le second propulsé, à l’âge de la prépension, au-devant de la scène. Deux décennies qui ont profondément modifié le profil de notre pays. Il y a eu les grandes réformes, la crise institutionnelle, la tragédie de l’affaire Dutroux et consorts. Mais aussi la révélation de l’existence de Delphine, quatrième enfant du souverain, née d’une longue relation extra-conjugale dans les années 60 et 70. Ainsi que les divers problèmes de santé du souverain : sciatique, quadruple pontage, fracture du col du fémur, cataracte et cancer de la peau. Le patriarche a payé de sa personne, mais aujourd’hui, il est là et bien là pour fêter ses 90 ans.

© Photo News

© Bert Van Den Broucke/Photonews

Ce roi, en dépit des scandales est parvenu à se faire aimer d’un peuple qui n’avait jamais vraiment appris à le connaître, au point de parvenir à conserver durant des années ce si lourd secret d’une vie conjugale brisée, puis reconstruite et magnifiée, aux côtés de la reine Paola. Par sa personnalité de bon-papa aimant, volontiers bonhomme, pétri d’humour, il a fédéré plus que n’importe quel homme politique ces Belges dont on a beaucoup dit qu’ils étaient de plus en plus nombreux à vouloir couper le pays en deux. L’avenir post-électoral nous le dira. Mais notre roi-superstar, lui, est toujours là. Certes, la famille royale ne montre pas toujours un front uni. Certes, on connait les dissensions internes. On peut lui retoquer qu’en patriarche, il aurait pu faire mieux. Mais lorsque l’homme s’est effacé au profit du chef d’état, il s’est montré d’une grande efficacité dans un pays aux contours si complexes. Puisse-t-il être célébré comme il se doit à l’occasion de son nonantième anniversaire.

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